Economie

Risque de crédit en Europe: Les entreprises marocaines n’y échapperont pas

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5456 Le 19/02/2019 | Partager
Celles tournées vers l’export ou opérant dans le tourisme… en première ligne
Les tensions commerciales qui pèseront sur l’automobile à surveiller
Le Maroc toujours résilient face aux chocs extérieurs
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Ruben Nizard,  responsable de l’analyse risque pays pour l’Afrique chez Coface: «Le passage à des produits d'exportation à plus forte valeur ajoutée opérée ces dernières années, notamment dans le secteur de l’automobile, doit néanmoins permettre d’améliorer la résistance de l’économie marocaine aux chocs extérieurs»  (Ph. Coface)

Montée du risque politique, forte volatilité des cours des matières premières, contraintes d’offre… Plusieurs facteurs ont contribué au ralentissement de la croissance mondiale en 2018, au point d’assombrir les perspectives de 2019 (3% en 2019, après 3,2% en 2018 et 2017).

Coface (voir aussi notre édition N° 5447 du 06/02/2019, «Les gros risques qui pèsent sur le Maroc») anticipe que le nombre de défaillances d’entreprises augmentera dans 20 pays européens (sur 26 analysés) pour atteindre +1,2% en zone euro et +6,5% en Europe centrale. Ce risque de crédit accru pour les entreprises trouve son origine dans le ralentissement cyclique et les incertitudes politiques persistantes.

Le Maroc, qui demeure dépendant de l’Europe pour ses exportations, peut être entraîné dans le tourbillon, comme le prédisent de nombreux experts. Ruben Nizard,  responsable de l’analyse risque pays pour l’Afrique chez Coface, revient dans cet entretien sur les effets de contagion en premier lieu à travers les flux commerciaux.

- L’Economiste: Vous tablez sur un risque de crédit accru pour les entreprises européennes. Quel est le degré de fragilité des firmes marocaines?
- Ruben Nizard:
Les entreprises marocaines pourraient effectivement souffrir du ralentissement économique et du risque de crédit accru en Europe. La zone euro est non seulement le principal marché d’exportations pour le Maroc (elle représentait 60% des exportations en 2017), mais il s’agit également de la principale source de recettes touristiques, d’investissements directs étrangers et d’envois de fonds. Aussi, les entreprises opérant dans le secteur du tourisme et celles tournées vers l’export (la zone euro représentait plus de 60% des exportations marocaines en 2017) sont notamment en première ligne de ce risque accru en Europe. Outre le tourisme, les secteurs les plus exposés seront l’automobile, les phosphates, l’agriculture et le textile. Le passage à des produits d'exportation à plus forte valeur ajoutée opérée ces dernières années, notamment dans le secteur de l’automobile, doit néanmoins permettre d’améliorer la résistance de l’économie marocaine aux chocs extérieurs.

-  Le secteur de l’automobile est particulièrement affecté. Faut-il émettre des craintes quant à la sous-traitance locale tournée vers l'export?
- La détérioration des perspectives économiques des grandes économies de la zone euro (Allemagne, France et Italie) ainsi que l'incertitude politique au Royaume-Uni devraient peser sur la croissance des ventes de véhicules en Europe. L’activité des entreprises implantées au Maroc qui dépendent largement de la demande européenne pourraient ainsi en souffrir. Une éventuelle escalade des tensions commerciales qui toucheraient le secteur automobile est également un risque à surveiller. Néanmoins, ces difficultés ne devraient pas remettre en cause le développement de sous-traitance dans le secteur tournée vers l’export à moyen terme. Malgré les premiers signes de ralentissement européen au second semestre, les exportations du secteur de l’automobile ont doublé depuis 2012 et surpassent désormais celles de phosphate. De plus, les perspectives à moyen terme restent favorables, alors que plusieurs projets sont en cours de réalisation, à l’image de la nouvelle ligne de production inaugurée par PSA Peugeot-Citroën en juillet dernier.

-  Quels sont les risques qui pèsent sur l'économie marocaine?
- Outre le ralentissement européen, un environnement extérieur globalement moins porteur en Chine et aux Etats-Unis pourrait peser sur l’économie marocaine. De plus, celle-ci reste vulnérable à l’évolution d’un secteur agricole encore exposé à des conditions climatiques imprévisibles. Il existe également un risque social à ne pas négliger, comme l’ont illustré les mouvements de boycott visant certaines entreprises.

Parcours

Ruben Nizard a rejoint Coface à la direction de la recherche économique en 2016. Titulaire d’un Master en économie et Business de Sciences Po Paris, il est responsable de l’analyse risque pays pour l’Afrique.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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