Politique

Que se passe-t-il entre Rabat et Riyad?

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5450 Le 11/02/2019 | Partager
Aucune position officielle ne confirme une crise
La lutte pour le pouvoir en Arabie saoudite rejaillit sur l’extérieur
Le projet de société du prince Mohamed Ben Salmane ne fait pas l’unanimité

Le couple Maroc-Arabie saoudite traverse une tempête. A l’heure où nous mettons sous presse, tout ce qui a été avancé sur la dégradation des relations bilatérales entre les deux pays n’a pas encore été officiellement confirmée. Encore moins, le rappel de l’ambassadeur du Maroc en Arabie saoudite Mustapha Mansouri.

En tout cas, la diffusion par la chaîne de télévision Al Arabiya d’un documentaire mettant en doute la marocanité du Sahara marocain a mis le feu aux poudres. Cette ligne rouge, qui vient d’être franchie, a provoqué un tollé dont les retentissements ne sont pas encore rendus publics. Aujourd’hui, la question importante est de savoir si ce précédent grave dénote d’un changement radical de la politique de l’Arabie saoudite dans ce dossier prioritaire pour les Marocains.

Officiellement, rien n’a encore acté cette hypothèse. Riyad a toujours été et reste aux côtés du Maroc. Dans ce dossier, même la procédure en cas de crise entre deux pays n’a pas été engagée. Car, les règles diplomatiques auraient poussé Nasser Bourita à convoquer l’ambassadeur d’Arabie saoudite pour exiger des explications et lui exprimer la colère du Maroc face à cette attitude jugée inadmissible.

De même, «il aurait ordonné à Mustapha Mansouri de demander une audience au ministre saoudien des Affaires étrangères pour lui exprimer le refus catégorique de cette politique hostile aux intérêts du Maroc», pour reprendre l’expression d’un diplomate. Or, tout cela n’a pas été instruit. Ce qui crédite l’idée que ce qui s’est produit résulte d’une situation interne à l’Arabie saoudite où la lutte des clans pour le pouvoir provoque des effets collatéraux.

Le Pr. Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales et doyen de la faculté de Tétouan, partage cet avis. Selon lui, il s’agit d’une «période de transition entre les héritiers de Abdelaziz et les héritiers de Salmane, qui sera dépassée». En apparence, le désaccord porte sur la manière par laquelle Riyad conduit la guerre au Yémen, le vote de l’Arabie saoudite contre le dossier marocain dans le dossier de la candidature au Mondial de 2026.

Tout cela a été alimenté par un autre malentendu après l’assassinat du journaliste saoudien dans le consultat de son pays à Istanbul. En effet, le prince héritier Mohamed Ben Salmane devait se rendre au Maroc, dans le cadre d’une visite éclair dans les trois pays du Maghreb avant son envol au Canada pour le G20.

«Cela n’a pas été possible en raison de l’agenda royal sachant que les visites officielles se préparent à l’avance», a souligné Nasser Bourita. De plus, le Maroc devait être distingué des autres pays, compte tenu de l’ampleur des relations qui le lient à l’Arabie saoudite.

En réalité, dans les coulisses, d’autres dossiers plus importants sont traités mais restent dans la boîte noire du régime saoudien, rappelle le Pr. Boukhobza. La bataille pour le pouvoir à Riyad fait rage. Le projet du prince Mohamed Ben Salmane pour insuffler un changement de société ne suscite pas l’unanimité dans différents cercles du pouvoir.

Pour le mettre en échec, la résistance s’organise. En outre, des divergences dans la méthodologie suivie, pour la mise en œuvre de ce projet de société, se sont apparues. En effet, l’arrestation de princes et d’hommes d’affaires, retenus dans un grand hôtel pendant plusieurs semaines en 2018, divise jusque dans le pré carré du régime.

Dans ce différend, il n’est pas exclu que des pays adversaires du Maroc et jaloux de la solidité des relations entre les deux soufflent sur les braises. Ils veulent augmenter l’intensité des tensions entre les deux capitales. Sauf qu’il faut davantage pour ébranler des liens solides et complexes entre les deux monarchies.

Ces liens ne sont pas basés sur un seul dossier ou un autre, mais ont une profondeur qui dépasse de loin les relations institutionnelles d’Etat à Etat. Entre les deux, des connexions familiales et personnelles, ancrées dans l’histoire, défient les conjonctures.

En plus, il n’est pas question d’oublier le rôle de l’Arabie saoudite dans l’affaire du Sahara, sa médiation entre le Maroc et l’Algérie, les aides matérielles, les préférences commerciales dans le cadre des échanges économiques,… autant de facteurs qui cimentent la force de cette relation.

Neutralité

La sortie de Nasser Bourita sur la chaîne Al Jazeera aurait-elle provoqué les Saoudiens? Ses propos concernant l’évolution de la position marocaine sur la guerre au Yémen auraient-ils embarrassé Riyad? Une évaluation de la situation politique a poussé Rabat à lever le pied. Le Maroc ne participe plus aux réunions ministérielles. Il a rappelé ses F16 même s’il en a perdu un qui s’était écrasé, avec la perte d’un jeune pilote. De plus, le Maroc considère que les partenaires yéménites doivent être impliqués dans l’élaboration d’une solution qui garantit la stabilité de la région.
Cependant, ce changement n’impacte pas la position officielle du Maroc. Ses fondamentaux n’ont pas changé: soutien à la légalité au Yémen, condamnation de toute menace contre l’Arabie saoudite et les Emirats à partir du territoire yéménite.
Par ailleurs, dans la crise qui oppose l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar, le Maroc, refusant de s’aligner derrière une partie a clairement choisi la neutralité. Cette position lui permet  de jouer la carte de médiation pour rapprocher les points de vue dès le début du conflit. L’objectif est que les deux parties puissent trouver un terrain d’entente pour une solution de crise et une fin de l’embargo.

M. C.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc