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    Economie

    Produits pétroliers: Pourquoi Daoudi veut plafonner les prix

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5415 Le 19/12/2018 | Partager
    La mesure ne pouvait être lancée en l’absence du Conseil de la concurrence
    Les sociétés d’hydrocarbures n’ont pas joué le jeu, selon Daoudi
    Subvention du solaire pour éliminer l’usage du gaz butane dans l’agriculture
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    Dans un exercice qui fera appel à la fois à la carotte et au bâton,  le plafonnement des prix des produits pétroliers sera un véritable test pour le bilan de Daoudi (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Les pétroliers ne sont pas favorables au plafonnement des prix. Qu’en dites-vous?

    - Lahcen Daoudi: Personne ne veut voir ses bénéfices limités. C’est la règle d’or. Le gouvernement doit ménager les consommateurs. Je veux bien que les sociétés pétrolières investissent, fassent des bénéfices et paient les impôts. Mais si les usagers se voient subtiliser leurs moyens, cela n’est pas normal. L’idée est donc de ménager les deux. Chez certaines compagnies, les marges ont atteint presque 2,13 DH par litre alors qu’elles étaient à 70 centimes auparavant. C’est exorbitant.

    - Depuis le temps que vous parlez du plafonnement, il n’est toujours pas appliqué. Pourquoi?
    - Nous ne pouvions rien faire dans la mesure où le plafonnement est conditionné par l’avis du Conseil de la concurrence. Aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses, le Conseil est en place et le gouvernement doit sévir. J’ai usé de tous mes moyens pour initier un processus et arriver à un accord pour limiter ces marges et les rendre pérennes. Maintenant, je vais plafonner mais, j’engage juste après un dialogue avec les compagnies. Si nous arrivons à un compromis, je l’applique tout de suite et je n’aurai pas besoin de terminer la période de 6 mois. Dans ce cas, tout le monde doit se soumettre au consensus.

    - Vous avez demandé dernièrement une baisse de 60 centimes. Qui n’a pas suivi?
    - Je n’ai pas besoin de donner des noms. En tout cas, c’est erratique. Certaines ont suivi, d’autres pas. Même au niveau géographique, c’est irrégulier. Les sociétés pétrolières et les stations se rejettent la balle. Je ne peux continuer à être balancé entre les uns et les autres. Le compromis auquel nous aspirons doit permettre au consommateur comme aux sociétés de distribution de réaliser qu’il existe des règles à respecter.

    - Vous avez saisi le nouveau président du Conseil de la concurrence. Vous-a-t-il répondu?
    - Non pas encore, j’attends la réponse. Maintenant que les membres sont nommés, le Conseil n’a pas de problème à répondre à notre sollicitation. Sa première réunion a lieu aujourd’hui mercredi. Selon l’article 4 de la loi sur la concurrence, le gouvernement peut fixer les prix durant une période de 6 mois, renouvelable une seule fois, après consultation du Conseil de la concurrence. Je ne veux pas en arriver là. Je préfère le compromis. Il faut cultiver la culture des négociations, comme ce qui se passe en Allemagne où les entreprises et le personnel se mettent d’accord. Chez nous, il est anormal de faire des arbitrages extrêmes pour voir les lois appliquées.

    - Pourquoi vous n’arrivez pas à obtenir ce consensus?
    - Ce n’est pas la faute du ministre, à moins de changer de ministre.

    - C’est la faute à qui?
    - Des sociétés qui n’ont pas joué le jeu. Elles savent que Daoudi est favorable au dialogue. Mais je pense qu’il y a une maturité maintenant. Nous allons nous soumettre à la loi et la sanction sera très lourde. L’amende peut aller jusqu’à 300.000 DH. S’il y a récidive, il faudra encore payer. Le niveau local est mobilisé puisque c'est le gouverneur, après consultation du ministère de tutelle, qui prendra les choses en main.

    - Les révélations de la mission parlementaire sur les hydrocarbures avaient provoqué un tollé,  des marges bénéficiaires des sociétés de l’ordre de 17 milliards de DH. Qu’en est-il réellement?
    - Boum et plouf. Après la libéralisation de 2015, presque la totalité des compagnies ont augmenté d’au moins 1 DH par rapport à ce qui était pratiqué avant cette date. Nous avions donné aux députés des chiffres de la consommation annuelle de carburants. Ils ont multiplié ce dirham par le nombre de litres consommées au Maroc. Le total a été multiplié par trois (ans), ce qui a donné 17 milliards de DH de profit. J’ai dit attention, le profit est un concept qui a une définition claire. C’est le bénéfice sur lequel les entreprises paient des impôts. En effet, celles-ci n’ont pas réalisé 17 milliards de DH de profit puisque cette somme était répartie entre les sociétés et les stations service. Certaines d’entre elles ont augmenté les salaires du personnel, inscrit les salariés à la CNSS, d’autres ont investi dans de belles stations et ainsi de suite.

    - La libéralisation devait aboutir à la baisse des prix. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Pourquoi?
    - Les sociétés n’ont pas joué le jeu. Les manuels d’économie vous apprennent que la concurrence se traduit normalement par une baisse des prix. Là il n’y avait ni monopole ni oligopole, et curieusement les prix ont augmenté.

    - Faut-il remettre en cause la libéralisation?
    - Non. Avant libéralisation, les charges de la Caisse de compensation avaient atteint 57 milliards de DH, ne l’oublions pas. Le gouvernement n’avait pas d’argent au point d’en arriver à couper les dépenses d’investissement de 15 milliards de DH. Le feu était dans la maison et il fallait sauver les meubles. Maintenant que la stabilité est retrouvée, nous pouvons philosopher. L’histoire, c’est comme un cadavre, on peut lui faire dire ce qu’on veut.

    - Quid des capacités de stockage?
    - Nous sommes à un mois maintenant. Il faut passer à 2 mois. Le problème est que les frais de stockage augmentent, avec une répercussion à la pompe.

    - Quel est le calendrier de la décompensation du sucre et du gaz butane?
    - En 2019, le Registre social unique sera prêt. Quant au Registre national de la population, il est destiné à rassembler et à s'assurer de la fiabilité des données. Fin 2019-2020, le test sera mené dans la région de Rabat. Par la suite, il sera généralisé. Nous n’allons pas demander aux citoyens combien ils gagnent mais faire des recoupements pour vérifier combien ils dépensent. Le classement sera fait pour chaque programme afin de fixer combien nous allons lui accorder. La généralisation prendra du temps. Pour remplir un questionnaire, un fonctionnaire prendra en charge 15 personnes par jour, à raison d’une demi-heure pour chacun. Ce n’est pas le cas de l’expérience dans la région de Rabat qui va durer entre 4 à 5 mois. Cette solution a très bien marché en Inde.

    - Une manière de refiler la décompensation du gaz butane au gouvernement suivant?
    - Non, c’est le Maroc qui ne peut plus supporter cette pauvreté. En 2019, je vais mettre en place la subvention du solaire pour les paysans afin de supprimer l’utilisation de la bombonne de gaz dans l’agriculture. Certains en utilisent jusqu’à 100 unités par jour. A 50 DH de subvention de la bombonne, ils gagnent 5.000 DH par jour. Sur une année, leurs gains peuvent aller jusqu’à 600.000 DH. Nous allons recenser les agriculteurs qui utilisent les puits. J’ai déjà une fiche technique sur les superficies. Nous allons nous réunir avec le ministère de l’Agriculture pour lier la subvention du solaire à celle de l’irrigation au goutte-à-goutte.  Les montants ne sont pas encore arrêtés mais le système doit s’étaler sur une période de 3 ans. En pratique, nous allons subventionner l’installation du système solaire comme celle du goutte-à-goutte. Je me demande pourquoi cela n’a pas été fait auparavant. Ils avaient focalisé le gaz butane sur la cocotte-minute. Ce n’est pas cela qui consomme le plus. C’est de la folie, les gros se cachent derrière les petits et leurs cocottes-minutes.

    Des écarts qui tuent!

    «Ce gouvernement fait un travail énorme mais ne communique pas suffisamment. Sur le plan social, il n’y a aucune comparaison avec les mandats passés», affirme Lahcen Daoudi. Pour convaincre, il cite le programme Tayssir qui passera l’année prochaine à 2,1 millions de bénéficiaires contre 700.000 auparavant. Pour les postes budgétaires, «le gouvernement de Driss Jettou avait créé 40.000, celui Abbès El Fassi en 4 ans, 71.000, celui Abdelilah Benkirane 116.000. Nous, en l’espace de 3 ans, nous sommes à 138.000 postes budgétaires», rappelle le ministre des Affaires générales et de la gouvernance. L’effort est également fourni dans l’enseignement du préscolaire, où «la moitié des enfants des marocains n’y vont pas. Nous consacrons autour de 3 milliards de DH par an pour ce système. Nous sommes en train d’accélérer la cadence pour corriger les écarts. Ce qui tue les Marocains, ce n’est pas la pauvreté, mais les écarts». 

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                                           

    Brut ou raffiné?

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    «Les marocains surveillent les prix du pétrole sur internet. Dès qu’il y a une baisse, ils veulent qu’elle soit répercutée à la pompe. Dire cela est une erreur. C’était valable quand la raffinerie Samir était opérationnelle. On importait du pétrole brut et on le raffinait au Maroc. Une corrélation directe entre le prix du brut et le raffiné fonctionnait. Ce n’est plus le cas maintenant», a indiqué le ministre. Car l’offre en brut peut être abondante mais le raffiné pourrait se faire rare en cas par exemple de tempêtes qui causent l’arrêt de toutes les raffineries. Le prix du raffiné augmente plus que le brut. «En règle générale, quand le brut est à 400 dollars la tonne, le raffiné est autour de 600, c’est erratique et cela augmente en fonction des aléas du raffinage», dit-il.

     

     

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