Competences & rh

Education dans les pays arabes: La Banque mondiale monte un programme pour le Maroc

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5409 Le 11/12/2018 | Partager
Petite enfance, formation des profs et gouvernance, les priorités
Un financement de près de 3 milliards de DH prévu
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Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des Opérations, département Maghreb et Malte, à la Banque mondiale: «Le développement du capital humain est un chantier de long terme, nous ne prétendons pas apporter des résultats spectaculaires en une année. Mais il est important de s’y concentrer sur la durée» (Ph. Banque mondiale)

- L’Economiste: Le Maroc fait partie des pays dits «pionniers» du programme de la Banque mondiale pour le capital humain. Où en est ce projet?

- Marie Françoise Marie-Nelly: Effectivement, le Maroc fait partie des 28 pays pionniers ayant présenté leur plan d’action en octobre dernier à Bali. Il a donc construit un programme avec les différents départements concernés, à savoir l’Education nationale, la Santé et les Affaires sociales. Maintenant, nous passons à la phase de mise en œuvre. Il s’agit de donner une impulsion aux initiatives déjà en place. En ce qui nous concerne, nous sommes en train de monter un programme sur l’éducation, qui mettra précisément l’accent sur la petite enfance. Pour nous, il ne s’agit pas simplement de créer un certain nombre de classes, mais de travailler sur le type de contenus, le profil d’enseignants, l’éveil des enfants… Le deuxième aspect concerne l’amélioration de la formation des enseignants, et le troisième, la question de la gouvernance. L’idée est véritablement de redonner le pouvoir aux directeurs des écoles, enseignants et parents, afin de mettre en place une sorte de pacte entre les différents acteurs, et accélérer ainsi le changement.

- Il y a également la question de la santé du capital humain…
- Pour moi, l’aspect sur lequel le Maroc doit porter une grande attention est celui de la malnutrition, dont le taux est de 15%. Il existe des disparités régionales et il faut donc apporter des réponses différenciées. Par ailleurs, ce qui relie la santé et l’éducation, c’est le système de protection sociale. Le gouvernement est en train de revoir son mode de ciblage, avec une meilleure connaissance de la population défavorisée. Le Maroc met beaucoup d’argent dans la protection sociale, néanmoins, une bonne partie des personnes censées en bénéficier n’en profitent pas. Avec le registre national de la population et le registre social, d’ici quelques années le pays disposera d’une plateforme permettant d’optimiser et de simplifier son système de protection sociale. Il est important de repenser ce dispositif, d’autant plus que la plupart des nouveaux métiers s’opèrent en dehors du modèle traditionnel.

- Quelle est pour vous la principale difficulté?
- C’est le multisectoriel. Il faut faire en sorte que les trois départements impliqués avancent ensemble et non chacun de son côté. Notre nouvelle stratégie d’appui au Maroc, relevant du nouveau cadre de partenariat stratégique qui sera soumis à notre conseil d’administration en février prochain, comprend tout un pilier centré sur le capital humain. Le programme est là et les acteurs sont connus. Il faut maintenant se retrousser les manches et se mettre tous sur les starting-blocks.

- Un financement est-il prévu?
- Oui, sur l’éducation, nous venons avec un programme de l’ordre de 300 millions de dollars. Par rapport au budget de l’éducation du pays, le montant n’est pas important en soi. Ce qui compte vraiment, c’est le levier de changement que nous apportons. Une meilleure gouvernance, et de nouvelles méthodes pédagogiques nécessitent des ressources supplémentaires. Pour l’instant, l’essentiel du budget est alloué aux salaires, et il ne reste que peu de marge pour travailler sur l’innovation et les contenus pédagogiques.

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La malnutrition chronique des enfants entraîne chez eux des retards de croissance. 15% des petits de moins de 5 ans en souffrent au Maroc. Cette part culmine à 20,5% en milieu rural

                                                                              

Les Etats doivent se préparer à l’ère des «adaptable workers»

Les nouvelles technologies vont fondamentalement modifier la nature de l’emploi. Les contrats à long terme se réduiront, et les travailleurs seront amenés à se former tout au long de leur vie pour pouvoir s’adapter en permanence aux changements. «A l’avenir, nous aurons besoin de plus de flexibilité et d’adaptable workers», souligne Federica Saliola, économiste principale et co-directrice du rapport sur le développement dans le monde 2019 de la Banque mondiale.

Les systèmes d’enseignement et de formation devront en tenir compte. Les Etats sont appelés à agir dès la petite enfance, puisque tout se joue durant les 5 premières années de la vie, à la fois au niveau des apprentissages, de la nutrition et de la santé.

Hélas, les enfants de la région sont privés de près de la moitié de leur potentiel en compétences, en raison des carences en matière d’éducation et de la santé. Il sera aussi question pour les Etats d’assurer une protection sociale renforcée pour tous, d’adapter la réglementation du travail, d’accroître leurs recettes et de garantir un revenu universel, afin de permettre aux travailleurs de libérer leur potentiel dans un monde d’incertitudes.

Toutefois, de nombreuses contraintes existent. Près des deux tiers des travailleurs de la région, par exemple, exercent dans l’informel. En outre, l’accès aux opportunités des technologies de l’information reste tributaire de la connectivité internet, aujourd’hui très faible.

Dans la région, seuls 10 abonnés sur dix disposent d’une connexion à haut débit. Pour sa part, le revenu universel coûte cher, soit 5,5% du PIB en moyenne pour couvrir la tranche des adultes, et 9,9% pour atteindre toute la population.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH  

 

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