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    Dossier Spécial

    Face à l’ouragan Trump, l’économie mondiale résiste

    Par Franck FAGNON | Edition N°:5401 Le 29/11/2018 | Partager
    3,1% de croissance prévue en 2019
    «Les leçons de la crise de 2008 ont été tirées, mais pas de place à la complaisance»
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    Le Wilfried Verstraete, président du directoire du groupe Euler Hermes: «La performance de l’économie mondiale est d’autant plus convaincante que nous nous trouvons à l’heure actuelle face à un véritable ouragan d’ordre économique et financier venant des Etats-Unis» (Ph. EH)

    - L’Economiste: Entre l’imprévisibilité des décisions de l’administration américaine, la dette des émergents... les facteurs d’instabilité se multiplient. Quels effets voyez-vous sur la croissance mondiale?
    - Wilfried Verstraete:
    Pour l’instant, l’économie mondiale a les reins assez solides pour relever les multiples défis auxquels elle fait face. Nous attendons 3,1% de croissance du PIB mondial en 2019 en comparaison avec 3,2% en 2017 et 2018. Cette performance est d’autant plus convaincante que nous nous trouvons à l’heure actuelle face à un véritable ouragan d’ordre économique et financier venant des Etats-Unis. Tout d’abord, la politique commerciale de la Maison-Blanche, à la suite d’une série de mesures protectionnistes sur l’acier, l’aluminium et divers types d’importations en provenance de Chine, a opéré un retour au début des années 80 en termes de droit de douane moyen. Ce dernier a augmenté aux Etats-Unis de 3,5% à 5,2%. Ce choc s’accompagne d’un niveau d’incertitude considérable car le président américain a proféré de nouvelles menaces protectionnistes, ce qui pourrait mettre à mal la stabilité du commerce international dans son ensemble.
    La deuxième onde de choc américaine concerne la politique fiscale. Nous attendons un déficit de 4,5% du PIB aux Etats-Unis en 2019, du fait d’une réduction massive des taxes sur les profits des entreprises et des individus. La dette américaine ne se trouve pas à l’heure actuelle sur une trajectoire qui pourrait assurer sa soutenabilité à long terme. Avec le rééquilibrage des forces au sein du Congrès après les élections de mi-mandat, nous anticipons des négociations beaucoup plus chaotiques quant au budget. Les menaces de «government shut down» vont réapparaître, ce qui ades conditions monétaires et financières, avec une correction probable sur le marché des actions.
    Une autre source de perturbation d’origine américaine a trait à la politique monétaire. Nous anticipons une nouvelle hausse de taux en décembre 2018 puis deux autres en 2019. La Fed va continuer sur sa lancée car nous sommes dans une situation proche de la surchauffe économique. Ces hausses de taux sont l’une des principales causes d’assèchement des liquidités au niveau international et représentent l’élément le plus déstabilisant du point de vue des pays émergents.

    - Dix ans après, a-t-on tiré toutes les leçons de la crise de 2008?
    - Nous considérons que les leçons de la crise de 2008 ont en effet été tirées. Les acteurs bancaires et financiers sont d’ores et déjà beaucoup plus solides à plusieurs égards. Du point de vue de la liquidité, les banques ont progressivement délaissé le modèle qui les rendait extrêmement dépendantes des sources de financement de court terme (sur le marché monétaire). Au niveau de la régulation et de la surveillance des activités financières, d’immenses progrès ont été également accomplis avec Bâle III. Les acteurs bancaires et financiers disposent aujourd’hui de capacités d’amortissement des chocs sans commune mesure avec la période qui a précédé la crise de 2008. Le ratio de capital tier 1 des banques des pays développés est ainsi passé de 10% avant la crise de 2008 à 17% aujourd’hui. Enfin, le comportement des ménages a changé et ils sont beaucoup mieux protégés contre les divers acteurs financiers les incitant à accroître leur niveau d’endettement. L’appétence au risque a aussi évolué à la suite de la crise dite des «subprimes».
    Néanmoins, ces constats ne devraient pas inciter à la complaisance. Les Etats-Unis et d’autres pays sont entrés dans une nouvelle phase de dérégulation financière tandis que le «shadow banking» progresse très vite au niveau mondial. L’accroissement spectaculaire de la dette des entreprises, qui atteint désormais plus de 250% du PIB mondial dans les pays développés, contre moins de 200% au début des années 2000, représente une source importante de risques.

    - D’où provient le ralentissement de votre activité et que traduit-il de l’évolution du commerce mondial et du comportement de paiement des entreprises?
    - L’activité d’un assureur crédit est corrélée avec la santé du commerce mondial. Cependant, d’autres considérations doivent être prises en compte, par exemple la perception du risque par les acteurs économiques. Il faut souligner que nous nous situons actuellement dans une phase tardive du cycle économique mondial. Ce dernier montre des signes d’essoufflement dans un contexte de taux et d’incertitude plus élevés. Cela signifie que le pic d’activité est probablement derrière nous, avec néanmoins une demande croissante de protection du fait d’une hausse probable des taux de défaut. La résurgence du risque politique représente également un facteur important, contribuant à maintenir la demande d’assurance-crédit à un niveau élevé.

    - Le modèle sur lequel Euler Hermes s’est développé sera-t-il encore viable avec les mutations qui touchent l’économie?
    - L’activité d’assurance-crédit vise à stabiliser les flux de paiements aux entreprises et jouer ainsi un rôle de facilitateur des échanges et de promoteur de l’investissement. Dans une certaine mesure, les assureurs crédit contribuent à offrir une forme de bien public permettant le développement du commerce international. Or l’époque actuelle, marquée par un tournant politique majeur aux Etats-Unis, se caractérise par une raréfaction des biens publics globaux (protectionnisme, critique des organisations internationales, détérioration de la coordination des politiques économiques, montée du populisme). Notre rôle va donc devenir de plus en plus important et même central du point de vue de la promotion des échanges, mais aussi pour mettre en place un système de surveillance du risque au niveau international.
    Quant aux mutations actuelles de l’économie, elles concernent avant tout le processus de digitalisation. Nous sommes pleinement engagés dans cette transformation, ce qui nous permet d’envisager avec sérénité les évolutions des besoins de nos clients.

                                                                     

    Les soubassements de la montée du populisme

    Les craintes relatives à la montée des populismes sont fondées. Premièrement, les gouvernements et organisations internationales n’ont pas réussi à réduire les inégalités. Leur accroissement représente un des principaux facteurs explicatifs de la montée actuelle des populismes.

    Deuxièmement, nous constatons une baisse de l’offre de biens publics globaux de la part des Etats-Unis. De quoi s’agit-il? Nous définissons par biens publics globaux l’ensemble des initiatives gouvernementales ou intergouvernementales qui visent à offrir des biens, des services ou politiques œuvrant dans le sens d’une amélioration du bien-être global et non pas uniquement national.

    Les Etats-Unis ont été les principaux pourvoyeurs de biens publics globaux depuis la fin de la Première Guerre mondiale à plusieurs titres: offre de protection militaire, promotion du commerce international, contribution essentielle au financement des organisations internationales. Depuis l’arrivée du président Trump, les Etats-Unis ont choisi de donner la priorité à leurs objectifs de politique intérieure au détriment de leur engagement en faveur du multilatéralisme. Tout cela contribue à accentuer l’instabilité politique globale et à nourrir le populisme.

    Troisièmement, l’innovation et la digitalisation de l’économie mondiale sont en train de transformer les chaînes de production à un rythme accéléré, avec des conséquences sur les inégalités et la formation des opinions publiques. De nombreux secteurs économiques vont connaître de profonds bouleversements, créant, probablement à tort, un climat d’incertitude propice à la montée des extrêmes. En parallèle, les opinions publiques se forment au gré de stratégies de communication de plus en plus décentralisées, spontanées et sujettes à la manipulation.

    Propos recueillis par Franck FAGNON

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