International

BRI: Attention au piège de l’endettement

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5357 Le 25/09/2018 | Partager
La dette mondiale totale bien plus importante qu’avant la crise
Les marchés émergents secoués par un dollar fort
L’analyse de la banque des banques centrales

Les responsables des politiques publiques et les intervenants du marché devraient se préparer à une «convalescence longue et mouvementée». C’est ce qu’a annoncé Claudio Borio, chef du Département monétaire et économique de la BRI (Banque des règlements internationaux), en présentant le rapport trimestriel (le 23 septembre 2018).

Sur le front financier, la situation paraît plutôt fragile. Les marchés des économies avancées affichent encore des valorisations excessives et les conditions financières demeurent trop souples. D’ailleurs, le Comité monétaire de la Fed (FOMC) doit se réunir les 25 et 26 septembre 2018 et les investisseurs tablant sur un nouveau tour de vis sur ses taux. Rapportée au PIB, la dette mondiale totale (publique et privée) est bien plus importante aujourd’hui qu’avant la crise (l’endettement mondial pourrait être sous-évalué de quelque 13.000 milliards de dollars, chiffres publiés en 2017).

Selon le FMI, la dette mondiale a atteint un nouveau sommet historique de 164.000 milliards de dollars en 2016, soit l’équivalent de 225% du PIB mondial (cf. notre édition N° 5257 du 23/04/2018). «L’ironie veut que l’excès de dette (qui avait été au coeur de la crise) est encore supérieur aujourd’hui même si les banques ont entretemps réduit leur levier grâce aux réformes financières», souligne Claudio Borio. Les taux d’intérêt demeurant inhabituellement faibles et les bilans des banques, enflés comme jamais. En outre, le mouvement de rejet politique et social de la mondialisation et du multilatéralisme aggrave la situation.

Ce sont les économies de marché émergentes (EME) qui ont occupé le devant de la scène. Les signaux d’alerte qui étaient apparus lorsque le dollar avait commencé à s’apprécier plus tôt cette année ont clignoté de plus en plus fort. Les prêts en dollar aux résidents non bancaires des marchés émergents ont plus que doublé depuis la Grande crise financière, pour atteindre environ 3.700 milliards de dollars.

Ce chiffre n’inclut pas les emprunts en dollar à l’aide de swaps cambistes, dont l’ampleur pourrait facilement être du même ordre. Les turbulences dans plusieurs pays (cas de l’Argentine, du Brésil ou encore de la Turquie…) ont reflété la convergence de trois forces, selon la BRI. La première, déjà mentionnée, a été l’association du resserrement de la politique monétaire aux États-Unis et de l’appréciation du dollar.

La deuxième a été la montée des tensions commerciales. Si, dans les économies avancées, les prix des actifs se sont rapidement repris après l’annonce de chaque mauvaise nouvelle, les actifs des pays émergents n’ont pas réussi à rebondir. La troisième force, qui n’est pas totalement sans rapport, a été la réapparition de signes d’un potentiel affaiblissement de l’économie chinoise.

La contagion limitée

Heureusement, les turbulences dans les pays émergents ne se sont pas largement répandues, note Claudio Borio, chef du Département monétaire et économique de la BRI. La contagion est restée limitée et les investisseurs sont restés largement sélectifs: «au fait il n’y a pas eu de panique chez les gérants de portefeuilles». Pour autant, toutes les économies avancées ne s’en sont pas tirées à bon compte. Les répercussions ont atteint jusqu’à la zone euro, en particulier sa périphérie. L’Italie a été la plus malmenée. Les incertitudes politiques avaient déjà ébranlé les marchés en mai et les banques croulent sous le poids des prêts non productifs. Par ailleurs, l’interdépendance entre les banques et les emprunteurs souverains, que la crise de la dette de la zone euro avait mis au grand jour, n’a fait que s’accroître depuis.

                                                                         

Guerre commerciale ravivée, pétrole au plus haut…

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine renforce les craintes sur la croissance. Elle s’est aggravée lundi 24 septembre 2018 avec l’entrée en vigueur de nouvelles taxes douanières américaines sur 200 milliards de dollars de biens chinois. La dernière salve lancée contre Pékin par Donald Trump porte à plus de 250 milliards les marchandises chinoises frappées (soit environ la moitié des exportations chinoises vers les Etats-Unis).

La Chine devait rétorquer immédiatement avec l’imposition de nouveaux droits de douane punitifs de 5 ou 10% sur des biens américains représentant 60 milliards de dollars d’importations annuelles en Chine. Avant la publication début octobre de ses prévisions de croissance mondiale, le FMI a prévenu que le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis pourrait avoir un «impact significatif» sur l’économie des deux premières puissances mondiales et bien au-delà.

L’expansion mondiale est d’autant plus menacée que Donald Trump a engagé un bras de fer commercial avec tous les principaux partenaires des Etats-Unis. Pour l’heure, il a signé un armistice fragile avec l’UE et le Mexique, mais son administration mène de délicates négociations avec le Canada. En outre, le Japon, avec lequel les Etats-Unis accusent un déficit commercial de 56,6 milliards de dollars, semble être désormais dans le viseur du locataire de la Maison-Blanche.

De son côté, le prix du baril de pétrole Brent a atteint lundi 24 septembre en fin de matinée son niveau le plus élevé depuis novembre 2014, à près de 81 dollars. Et ce, après la décision de l’Opep et ses partenaires de ne pas augmenter la production malgré les pressions de Donald Trump. Les prix du brut ont grimpé ces derniers mois, notamment en raison des sanctions américaines contre l’Iran.

 

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