Economie

Déchets des plages: Le «tsunami» du plastique

Par Nadia DREF | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Partager
L’Association Zero Zbel sonne l’alerte
Selon les résultats d’audits, 85% des résidus jetés sont en plastique
Education du consommateur, sensibilisation des industriels, implication de la société civile… Les leviers
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Cette opération de collecte de déchets jetés dans les plages, menée par l’ONG Zero Zbel, vise à connaître la nature de ces détritus mais aussi leur origine industrielle pour sensibiliser les producteurs (Ph. Zero Zbel)

Nous sommes encore loin des objectifs fixés en matière de développement durable. Le Maroc croule sous les déchets surtout plastiques qui mettent entre 100 et 500 ans à se dégrader. Même les plages ne sont pas épargnées.

Pour démontrer l’ampleur de cette catastrophe naturelle, l’association Zero Zbel en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll vient de dévoiler les résultats d’une analyse des déchets collectés dans 26 plages. Le timing n’est pas fortuit, il coïncide avec la célébration de la journée mondiale pour le nettoyage des plages (le 15 septembre).

Chaque m² de plage contient 35 déchets et plus de
180 micro-déchets

Le constat est alarmant. Selon les résultats des audits effectués, cette opération a permis de collecter au total 36.280 déchets. En moyenne, chaque m² de plage contient 35 déchets et plus de 180 micro-déchets qui sont répertoriés. Sur ce total, 85% des résidus sont en plastique.

Les cinq principaux types de déchets les plus présents sont les bouteilles de soda, eau, jus et leurs bouchons en plastique (18%), les cordes et filets de pêche (13%), les bâtonnets de sucette et de coton-tige (10%), les sacs plastiques «Mika» (9%), ou encore les packagings plastiques (6%) et même des pinces à linge 2%! Ont aussi été collectés des granulés de matière première plastique (utilisés par les usines de plasturgie).

«48% des déchets sur lesquels nous avons pu identifier un logo sont issus de marques commerciales appartenant à trois entreprises  qui sont des acteurs majeurs des secteurs de la boisson gazeuse, de l’eau en bouteille et des produits laitiers», précise l’association.

Les 25% restants des déchets collectés représentent les résidus en verre, en carton/papier, organiques, en métal, textile et d’autres. Les mégots de cigarettes constituent 3% des déchets collectés. Au total, 422 marques commerciales ont été identifiées sur les déchets dont 56% issus de produits commercialisés par une poignée de grandes entreprises industrielles.

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La pollution plastique des océans est considérée comme l’un des défis environnementaux majeurs du siècle. A travers son action, l’ONG Zero Zbel veut contribuer à faire évoluer le cadre réglementaire en la matière (Ph. Zero Zbel)

«Cette approche diffère des nettoyages de plage classiques car notre but premier est d’acquérir une connaissance approfondie des déchets qui polluent nos côtes. Cela, pour ensuite pouvoir identifier des solutions en amont qui peuvent avoir un impact positif majeur sur la réduction de la pollution des plages», souligne Mamoun Ghallab, président de l’association Zero Zbel.

Les résultats des audits confirment que la pollution plastique des plages est très étendue. Une problématique qui dure depuis longtemps d’ailleurs. Pour la seule année 2015, le Maroc a été désigné parmi les 20 pays au monde qui rejettent le plus de plastique dans les océans.

«Il est urgent de mettre en place des solutions permettant de réduire notre consommation de plastique et ses impacts sur la nature. Il faut un mix de solutions. Nous devons agir au niveau de la réglementation, de la sensibilisation des industriels et de la société civile ou encore de l’éducation du consommateur», précise Mamoun Ghallab.

Pour sensibiliser le public, l’association organisera au cours des prochains mois une série d’ateliers de réflexion pour présenter en détail les résultats de ces audits de déchets. Objectif: recueillir l’avis de différentes parties prenantes (associations, entreprises, élus locaux, société civile...) et explorer les mesures à entreprendre. Ces ateliers donneront lieu à la publication d’un recueil détaillé de recommandations.

Ces solutions et recommandations devront intervenir à tous les niveaux de la chaîne de valeur: de la réglementation, aux pratiques de production et de distribution, aux habitudes de consommation, jusqu’au système de gestion des déchets. Mamoun Ghallab dévoile, d’ores et déjà, quelques pistes. Selon ce militant, il faudrait interdire les bâtonnets en plastique pour les sucettes. Les fabricants doivent trouver une autre alternative.

«Il faut changer la loi pour  obliger les industriels à prendre de telles mesures en amont», tient à préciser le président de Zero Zbel. Autre recommandation: pour éviter que des pinces à linge ou des cotons tiges polluent les plages, un effort doit être fait au niveau de la filtration et du traitement des eaux usées.

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A quand une filière tri-valorisation?

La mise en place d’une filière tri-valorisation des déchets plastiques tarde à venir. Depuis le mandat de Hakima El Haite, les producteurs maintiennent la pression pour revoir, voire même supprimer l’écotaxe sur la vente sortie usine et à l’importation des matières plastiques et des ouvrages finis. Une requête qui laisse perplexe sachant qu’elle va à l’encontre du principe de la responsabilité et de l’obligation de procéder, à la réparation des dommages causés à l’environnement, instauré par la loi cadre portant la Charte nationale de l’environnement et du développement durable. 

Sont taxés les produits finis importés sur toutes les chaînes de valeur de leur production (matière première, travail, transport, valeur ajoutée...). En revanche, les produits fabriqués localement sont taxés uniquement au niveau de la matière première utilisée. «L’accès aux déchets plastiques constitue un facteur de compétitivité car il permettrait de réduire le coût des matières premières», précise la tutelle. Et pour cause, le prix de revient de la matière première à recycler est évalué de 3 à 4 fois moins cher que le coût de la matière première vierge.

Cette écotaxe a pour objectif de financer l’émergence et le développement de la filière de recyclage du plastique et l’intégration du secteur informel existant. Le taux fixé s’élève à 1,5% ad valorem. Les recettes sont estimées à près de 157 millions de DH annuellement.

Elles alimentent le Fonds National de l’Environnement, qui est un compte d’affectation spécial, dédié à l’initiation de projets pour la protection et la mise en valeur de l’environnement. Ces recettes contribueront au financement des projets visant le développement de la filière de recyclage qui est en cours de mise en place. Les premiers projets devront être financés dès 2019 alors qu’ils étaient attendus en 2015!

                                                                     

Méthodologie

LES audits menés par l’ONG Zero Zbel se sont déroulés de mars à août derniers par 40 volontaires et 6 associations partenaires (Horizons - Mohammedia, Bahri - Casablanca, Zero Waste - Skhirat, AESVT - Tétouan,  Association Annahda – Boujdour, Etudiants citoyens – Rabat ou encore Surfrider Foundation – Agadir).

Ces opérations consistaient à choisir une zone représentative de l’état moyen de la plage et délimiter une surface de 400 m² qui servira d’échantillon. Sont intervenus ensuite le ramassage de tous les déchets et leur tri y compris les micro-déchets (>5mm) sur des échantillons de 1 m² de sable. Intervient ensuite le compte des déchets et leurs caractéristiques ainsi que la compilation de tous les résultats dans une base de données afin de les analyser.

 

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