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L'Edito

Caution

Par L'Economiste| Edition N°:3670 Le 05/12/2011 | Partager

Les derniers troubles en Tunisie charrient des rebondissements inquiétants. Jusque-là, la victoire du parti religieux Ennahda n’avait provoqué qu’un séisme politique. Aujourd’hui, l’onde commence à se ressentir au sein de la société tunisienne. Le plus grave n’est pas dans les manifs, à Tunis, entre groupes islamistes et laïques. Il est plutôt dans ces incidents qui émaillent la vie quotidienne et que raconte notre correspondant sur place (voir aussi en pages 42 & 43). Ici, un groupe tente de forcer l’inscription dans une fac d’une étudiante portant le niqab, là, des lycéens agressent des enseignantes au motif qu’elles ne portent pas le voile…
Le changement de la situation politique a sans doute donné un prétexte à ce genre de comportements où une faction de la société tente d’imposer son point de vue, et surtout ces choix de vie, sur d’autres composantes de la même société. Il s’agit incontestablement d’une grave dérive qui semble marquer la fin de la période de grâce pour le pays de Bourguiba. Du moins pour une transition démocratique idéalisée jusque-là.
Le Maroc n’est certes pas la Tunisie. Benkirane a rassuré à plusieurs reprises sur sa volonté de ne pas attaquer les digues que le Maroc a construites pour préserver les libertés individuelles. En tout cas, depuis la victoire du PJD et sa nomination en tant que chef du gouvernement, il semble avoir dépassé la dialectique religieuse et identitaire pour promettre de traiter surtout les vrais problèmes du Maroc: économie, social, bonne gouvernance.
On ne peut pas douter de sa bonne foi, bien entendu.
Et pourtant, l’on ferait bien de méditer le laboratoire tunisien par principe de précaution. Il faut être extrêmement vigilant sur les comportements «déviants» qui risquent de proliférer dans l’arrière-cour de l’électrochoc PJD. Ils peuvent receler un potentiel extrémiste qui peut se prévaloir d’une caution idéologique.

Mohamed Benabid

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