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Sur la piste des derniers transhumants

Par L'Economiste | Edition N°:2430 Le 26/12/2006 | Partager

. Des familles vivent dans des grottes. Un projet de réhabilitation de ce mode de vie dans la région d’OuarzazateAU Maroc du XXIe siècle, des familles vivent encore dans des grottes! Aux frontières du désert et au milieu des montagnes du versant sud de l’Anti-Atlas, dans la région de Ouarzazate, vivent des transhumants dans des conditions extrêmes. Entre les Imghrane, Aït Sedrate et M’goune, «ils sont quelque 1.200 foyers d’agro-pasteurs, près de 200.000 personnes dans un périmètre de 700.000 hectares», précise Aziz Rahhou, coordonnateur national d’un projet de transhumance et biodiversité. Coupées du monde, des familles entières évoluent dans des contrées enclavées, un milieu austère et désertique, avec leur bétail. Un mode de vie qui n’est pas de tout repos. Mais ce choix se respecte. De l’intérieur, leurs grottes sont noirâtres, pleines de cendres de bois et de suif et d’ustensiles souillés. Souvent, enfants en bas âge, parents et proches vivent au milieu de leur cheptel dans la même caverne.Eux, ce sont des bergers de père en fils, des éleveurs contraints à l’errance. Ils disent avoir un pacte avec la nature via un système coutumier. L’hiver, ils se déplacent vers les plaines du Saghro, d’un pâturage à un autre en quête des points d’eau, de la couverture végétale et du fourrage devenu de plus en plus rare. Les troupeaux font de longs déplacements avant de pouvoir s’abreuver: «Parfois, il nous faut une journée de marche pour accéder à l’eau. Et même lorsqu’elle existe, elle est parfois de qualité douteuse», souligne un jeune berger. Les près se font rares, les points d’eau tarrissent et la pression sur la nappe augmente. Dans ces contrées arides du Sud, l’impact des cycles récurrents des années de sécheresse se reflète clairement sur la végétation. La région compte 146 variétés de plantes, dont 64% sont en voie d’extinction. La survie de la faune y est également menacée. D’année en année, la forêt cède place au désert et les ressources en eau se dégradent. Dans cette région, plus la sécheresse s’accentue, plus difficile devient la quête du pâturage pour la survie des troupeaux. Ici, la vie est ajustée au rythme d’une population bergère. «Nous pouvons facilement nous sédentariser, mais le bétail, lui, doit se déplacer obligatoirement», témoigne un éleveur-transhumant dont les mouvements sont dictés au gré de la succession des saisons. «L’été, nous revenons vers les hautes altitudes», précise-t-il, à plus de 3.000 mètres. Ici, comme au Rif visiblement, ce sont les femmes qui travaillent. Elles sont chargées de couper le bois de feu et des herbes pour la cuisson en plus d’autres activités ménagères. Autre particularité insolite, plus les jeunes filles coupent de bois, plus elles en transportent sur le dos et en stockent devant la grotte, plus elles gagnent en admiration, reconnaissance et respect. C’est même le critère déterminant avant le mariage. Le statut de la futur épouse dépend de sa capacité à travailler. Evidemment, au-delà du physique, les plus dégourdies sont les plus sollicitées. Mais ce petit détail social a de nombreux effets pervers sur la végétation. La diversité biologique en pâtit considérablement. La sédentarisation tous azimuts motivée par le statut d’ayant-droit, les aléas climatiques, le manque d’eau et le tarrissement des puits, la coupe et surexploitation du pâturage et du bois de feu (cuisson, chauffage)… sont autant de facteurs qui exercent une forte pression sur l’environnement. Le schéma classique de l’espace pastoral est perturbé par le rétrécissement des zones de pâturage, et les actions de défrichement des terres. . «Naviguer à contre-courant»Face à cette situation, un projet de relance de la transhumance et de conservation de la biodiversité a été lancé dans la région de Ouarzazate. Une expérience-pilote est menée par les pouvoirs publics en partenariat avec le Pnud et avec l’appui du Fonds de l’environnement mondial. «Notre objectif est d’organiser le mode transhumant, évaluer le potentiel de la biodiversité pour une meilleure conservation des ressources naturelles», précise Aziz Rahhou, coordonnateur de cette expérience-pilote. Selon ce dernier, aujourd’hui la sédentarisation dans cette région n’est pas compatible avec une vision durable de l’écosystème. Il a été démontré scientifiquement, ajoute-t-il, qu’un pâturage à utilisation modérée permet une meilleure regénération de l’espace de vie, de la ressource naturelle et de la végétation dans sa diversité (faune et flore): «une période de repos végétatif». . La femme, élément-clé de la transhumanceConscients de la complexité de leur démarche, les concepteurs de ce projet reconnaissent qu’ils «naviguent à contre-courant». Car sur le terrain, ce n’est pas toujours évident de convaincre une population par nature itinérante, marginalisée et qui a ses propres spécificités: pas de notion de territorialité, aucun attachement au lieu, une forte dépendance au cheptel… Un héritage lourd à gérer! «C’est un travail de fourmi dont on ne voit pas les résultats facilement sur le terrain», insiste une jeune vétérinaire qui encadre les transhumantes. Pour intervenir, plusieurs études de terrain ont été effectuées avec l’aide d’experts. A cet effet, le projet «Transhumance et biodiversité» a axé sa démarche sur les bergers en créant des associations agro-pastorales, en réhabilitant des points d’eau. La femme, élément-clé du système transhumant, joue un rôle primordial dans l’organisation pastorale. Elle occupe donc une place de choix dans cette stratégie de préservation du milieu et du développement local. L’enjeu est de concilier entre la conservation des ressources naturelles et des impératifs de développement local. «C’est une approche participative et pluridisciplinaire qui intègre l’ensemble des parties prenantes par la mise en œuvre de plans intégrés de conservation de la biodiversité et de la gestion durable», insistent des animateurs locaux. Autrement dit, tout commence par la sensibilisation de la formation cible et le renforcement des capacités. Mais «sensibiliser uniquement finit par décrédibiliser les projets. Il faut aussi donner des alternatives via des actions soft»: c’est le credo du projet Transhumance. L’alternative réside dans la création de nouveaux concepts générateurs de revenus: de petits ateliers, des coopératives de tissage, production et commercialisation de câpres, élevage du poulet fermier (beldi), apiculture… en plus de centres informels de décision où s’enracinent des concepts basés sur la biodiversité. Des activités aux spécificités naturelles qui ont pour finalité la conciliation entre les besoins de la population, la conservation de la biodiversité et des impératifs de développement socioéconomique. Des activités de valorisation de ce savoir-faire et des produits de terroir commencent à donner leurs premiers fruits (commercialisation d’un label de câpres dans les supermarchés de Ouarzazate, produits d’apiculture, tapis labellisés, draps, broderies…). «Nous incrustons un embryon de marketing sans pour autant choquer les artisans ni dénaturer le produit local», résume Aziz Rahhou.Des fonds d’aide renouvelables sont octroyés aux populations cibles. Ils servent de fonds de roulement pour l’incubation de projets et afin de pérenniser ce type d’activités. De l’avis de femmes bénéficiaires, cette dynamique procure une indépendance et un statut dans le processus de prise de décision. Autre alternative générée par ces activités, l’acquisition de bonbonnes de gaz. Ici, la bonbonne incarne toute une symbolique. C’est perçu comme un «luxe» qui démontre que la femme a coupé le cordon avec des pratiques ancestrales telles que la coupe de bois de feu pour la cuisson. Un crédit a été mis en place pour l’acquisition du kit-bonbonne. Objectif: limiter la pression sur les parcours et les ressources naturelles. Amin RBOUB

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