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Comment valoriser le territoire oasien
Entretien avec Karim Anegay, consultant en environnement à l’Agence du Sud

Par L'Economiste | Edition N°:2430 Le 26/12/2006 | Partager

. Agenda 21, diagnostic territorial, charte... Un package. Dans le monde, 150 millions de personnes vivent dans les oasis- L’Economiste: Le Programme Oasis a été lancé il y a 5 mois. L’analyse de l’existant vous a permis de dresser un premier bilan. Quelles en sont les grandes lignes?- Karim Anegay: Un premier diagnostic avait déjà été établi avant de lancer ce programme. Les premiers constats révélaient de grands problèmes relatifs au bayoud dans les oasis, à l’exode, la parcellisation extrême et la mauvaise gestion de la ressource eau. L’Agence du Sud s’emploie à traiter cette problématique de manière holistique, en respectant et valorisant au mieux les spécificités et vocations de chaque site, tout en les intégrant dans une démarche territoriale d’ensemble. Ces cinq premiers mois ont vu l’installation effective des équipes locales du Programme, la mise en place d’un dispositif de conventions avec plusieurs partenaires, la mobilisation de fonds additionnels, et le démarrage des premières actions de terrain, notamment le nettoiement de palmeraires, l’agroécologie, une étude régionale de tourisme oasien.- Quels sont les principaux axes du Programme Oasis et les attentes?- Justement, les enjeux du Programme Oasis ont été déclinés en plusieurs axes. Le premier volet porte sur l’optimisation de la gestion de l’eau dans les oasis. Optimisation ne veut pas forcément et exclusivement dire limitation des quantités d’eau. Ici, on cherche plutôt à éviter le gaspillage en introduisant de simples techniques d’irrigation, par exemple réduire les seguias bétonnées ou instituer des systèmes économiseurs d’eau. L’Agence du Sud veut toutefois aller plus loin en menant des études complémentaires - ô combien nécessaires dans un contexte de déficit et gaspillage de la ressource eau - de potentialité de tous les bassins versants de la région pour jauger des possibilités réelles de valorisation. Le deuxième axe porte sur des actions d’agroécologie et d’agrobiologie. En fait, nous ne réinventons pas la roue. Ce sont des activités qui ont toujours existé, mais nous pensons à des techniques plus affinées, de manière à réapprendre à la population locale, notamment l’utilisation du compostage biologique ou encore le recyclage des sous-produits de la palmeraie. Il s’agit aussi de travailler la restructuration de l’oasis, qui, contrairement à l’image d’Epinal, n’est pas uniquement un espace de production de dattes. C’est un lieu de vie avec des possibilités agricoles à travers trois strates. Un niveau supérieur de palmiers, un étage intermédiaire d’arbres fruitiers, et la partie basse de maraîchage, fourrage, céréaliculture. Parallèlement, il existe un volet lié au renforcement des capacités dans les oasis. De façon générale, les enseignements du nouveau concept de développement durable réorientent la démarche. On ne travaille plus de façon sectorielle. On considère tout un ensemble avec sa population, les traditions et la notion de terroir dans le respect des spécificités locales. Le tout dans un esprit de vision synoptique et de synergie avec les associations locales. C’est pourquoi l’on utilise un package d’outils, l’Agenda 21, des diagnostics territoriaux, jusqu’à arriver à établir une «démarche pays», ce qui sera une première au Maroc. - Il y a plusieurs programmes lancés simultanément dans la région. Comment faire jouer la synergie entre les différentes actions?- Ce sont des actions parallèles et quasi jumelles. L’oasis, en particulier pour Tata, Assa-Zag et Guelmim, constitue l’âme de ces provinces. Tout se fait autour de l’oasis et par l’oasis. Le programme Oasis fonctionne donc comme un catalyseur de projets pour le programme Initiative pour la promotion de l’emploi et le développement (Iped). Ce dernier ne fonctionne pas comme un tiroir-caisse automatique mais constitue un appui à la mise en place de dynamiques de développement local. Evidemment, quand on vit dans un pays d’oasis, beaucoup d’idées émergent du terroir oasien. Le Programme Oasis formalise donc une force de propositions et remonte des idées à l’Iped, qui, en retour, soutient le Programme dans ses thématiques et démarches novatrices. - Comment réagit la population locale à ces différentes actions?- Franchement, il est un peu tôt pour le savoir. Mais les premiers échos ont été plutôt favorables. Disons que nous avons créé de l’attente. Mais, globalement, ces attentes sont plus ou moins fortes d’une Province à l’autre, parce que les caractéristiques ne sont pas les mêmes. Certaines zones sont plus sceptiques vis-à-vis du Programme, car ses populations n’y vivent plus vraiment et directement de l’oasis. Ce dernier est, dans certains cas, juste un espace de verdure hérité. Dans ces endroits, il faudra travailler un peu plus l’identitaire.


Cactus

Pour ce consultant en environnement, la population mondiale des oasis peut être estimée à environ 150 millions d’habitants. Selon lui, l’articulation des oasis sur la carte du Maroc s’apparente à une grosse ceinture: «La carte du Maroc ressemble à un profil bedonnant qui s’avance vers l’Atlantique, et dont le ventre rebondit de Rabat à Agadir. Le ruban des oasis longe l’Anti-Atlas, de Guelmim à Figuig, qui correspondrait au bas de la colonne vertébrale.Parallèlement à la réhabilitation des oasis, l’Agence du Sud concocte un vaste programme de valorisation du secteur primaire dans les Provinces du Sud, par le biais du cactus Opuntia ficus indica. Cette plante d’origine mexicaine est plantée au Maroc depuis 3 ou 4 siècles. L’avantage de ce figuier de barbarie, par rapport à d’autres espèces du désert, est qu’il s’agit d’une plante très facile à multiplier, qui produit très vite et dont les usages sont multiples, avec des itinéraires techniques bien maîtrisés. Au Maroc, on l’utilise principalement pour la production de fruits frais ou en tant que clôture. Dans les Provinces du Sud en particulier, s’y ajoute l’utilisation ancestrale comme fourrage, notamment pour l’espèce cameline. Dans un autre registre, il y a la recherche de pointe. Le cactus sert aussi à la production d’huile à haute valeur ajoutée et contient des molécules servant à la lutte contre le cholestérol ou encore comme sédatif contre les douleurs de certains cancers, ou comme traitement de certains maux de prostate. Le cactus est aussi utilisé dans des pharmacopées traditionnelles comme diurétique, antidiarrhéique, cicatrisant. Bref, il existe un éventail très large de possibilités d’utilisation. La conception de ce programme cactus est à son b.a.ba au Maroc. La vision de l’Agence du Sud ne se limite pas à mener des plantations tous azimuts, mais vise à mettre en place des filières qui puissent profiter à la population locale en amenant emplois et revenus au plus grand nombre possible.Le Programme Oasis nécessitera un budget global de 32 millions de dirhams, financé par l’Agence du Sud, le Conseil régional et le Pnud. Des bailleurs de fonds supplémentaires, tels que la Coopération belge et un don finlandais, viennent compléter ce tableau.Propos recueillis par Amin RBOUB

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