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Maroc-France: «Le pire aurait été de nous endormir sur nos lauriers»
Entretien avec Fathallah Sijilmassi,ambassadeur du Maroc en France

Par L'Economiste | Edition N°:2420 Le 12/12/2006 | Partager

. La rencontre de Paris: Un bel exercice intergouvernemental. Nos forces et faiblesses «évaluées et mises sur la table sans tabous»C’est une réunion de haut niveau qui se tient depuis hier à Paris entre le Maroc et la France. «Un véritable Conseil de gouvernement mixte», selon l’expression de l’ambassadeur du Maroc, Fathallah Sijilmassi. Au-delà de cette importante rencontre, l’ambassadeur trace les grandes lignes du travail du groupe d’impulsion économique et donne un panorama global sur les relations entre les deux pays et le travail de terrain accompli par la diplomatie économique. . L’Economiste: Depuis hier se tient la 8e édition du séminaire intergouvernemental à Paris. Quels en sont les enjeux pour le Maroc?- Fathallah Sijilmassi: Il est utile de rappeler que les rencontres intergouvernementales maroco-françaises sont une formule originale qui témoigne de la densité et de l’intensité des relations bilatérales entre les deux pays. Il s’agit d’un véritable Conseil de gouvernement mixte qui se réunit autour d’une thématique déterminée et qui adopte un programme de travail annuel. C’est une formule originale que la France et le Maroc ont instaurée avec un nombre très limité de pays. Nous en sommes à la 8e édition. Cela démontre la régularité de l’exercice, au-delà même des alternances de gouvernements qui peuvent avoir lieu dans un pays ou dans un autre.Au titre de cette année, nous avons retenu une thématique adaptée aux attentes des deux pays. Tant au Maroc qu’en France, nous avons ressenti le besoin de pouvoir nous orienter vers un partenariat gagnant-gagnant entre les deux pays, selon une approche qui soit humainement et socialement responsable. Je rappelle qu’au Maroc la dynamique de l’INDH, impulsée et soutenue par Sa Majesté le Roi, vise précisément à faire coïncider le développement économique avec le développement social. En France également, la question de l’emploi est au cœur des politiques déployées par le gouvernement. A travers cette thématique, le partenariat maroco-français franchit une nouvelle étape qualitative. Cette thématique est un axe structurant de la coopération et permet aux deux gouvernements de travailler en synergie avec les opérateurs économiques, les établissements publics, les collectivités locales et les représentants de la société civile. C’est la première fois que la délégation marocaine est aussi ouverte et diversifiée. Je suis très heureux de voir, par exemple, que mon ami Nouredine Ayouch en fait partie et qu’un accord (10 millions d’euros) a été signé entre l’AFD et la Fondation Zakoura. C’est exactement le genre d’action qui démontre la nouvelle valeur ajoutée et la nature de cet exercice intergouvernemental.. Le groupe d’impulsion économique vient de boucler son travail. Quelles sont ses conclusions?-Lors de la dernière rencontre intergouvernementale maroco-française, qui avait eu lieu au Maroc en septembre 2005, la décision avait été prise de constituer un groupe d’opérateurs économiques chargé de formuler des propositions concrètes aux gouvernements afin de renforcer davantage les relations économiques entre les deux pays. Jean René Fourtou, président du Conseil de surveillance de Vivendi et Mustapha Bakkouri, directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion, ont été chargés de coprésider ce groupe. Je dois dire qu’ils ont réalisé un travail tout à fait remarquable et je voudrais leur rendre hommage. Le groupe s’est réuni en plénière, à plusieurs reprises, de part et d’autre, au cours de l’année qui s’est écoulée et s’est constitué en plusieurs sous-groupes sectoriels ou thématiques qui ont eux même mis en place leur propre agenda de travail. Ainsi, je peux affirmer qu’il ne s’est pas passé une seule semaine, depuis septembre 2005, sans qu’il y ait eu une activité du GIEMF.Ce groupe a ainsi réuni et mobilisé un nombre important de grands patrons des deux pays et a indiscutablement créé une dynamique. Sa réussite est telle que de nombreux pays tentent de faire, aujourd’hui, la même chose avec la France. Le ministre français du Commerce extérieur, Mme Christine Lagarde, qui a fortement soutenu ce projet maroco-français, réfléchit avec le Maroc sur une dynamique similaire au niveau de la région euroméditerranéenne.Le groupe doit aujourd’hui poursuivre ses travaux car un certain nombre de chantiers ont été ouverts et méritent approfondissement. Ses initiatives ont permis d’atteindre plusieurs résultats concrets. Le premier est de mieux faire connaître les hommes d’affaires des deux pays. Une nouvelle génération d’hommes d’affaires a émergé au Maroc sous le règne de Sa Majesté Mohammed VI. En France également, un certain nombre de nouvelles réalités existent. Il fallait donc impérativement «dépasser» les anciens réseaux, désormais désuets et «ouvrir le jeu» pour s’adapter aux nouvelles réalités et être en phase avec son temps pour être plus efficace. Le deuxième résultat est de permettre aux hommes d’affaires marocains de présenter aux Français les nouvelles réalités et potentialités de l’économie marocaine avec ses plans stratégiques, sa dynamique interne et d’identifier, ainsi, et de façon concrète, les domaines dans lesquels le partenariat maroco-français pourrait se développer qualitativement. Les résultats ont été très positifs puisque nous avons identifié des projets d’investissements dans le tourisme, l’offshoring, la sous-traitance industrielle (automobile, aéronautique notamment) et ouvert de nouveaux chantiers dans des secteurs plus traditionnels, mais à fort potentiel, tels que le textile, l’agroalimentaire et l’artisanat. Par ailleurs, le GIEMF a également travaillé sur un certain nombre de thématiques dans le cadre d’un groupe transversal. La question de l’arbitrage commercial, par exemple, fait l’objet d’une réflexion soutenue.La très forte interaction de l’ambassade du Maroc en France avec le GIEMF démontre également que nous sommes, aujourd’hui, dans une logique de véritable synergie public-privé. Au-delà de nos fonctions et profils, nous sommes tous mobilisés au service des intérêts de nos pays et des résultats.. Si l’Hexagone demeure le premier partenaire commercial du Maroc, sa part de marché est toutefois en baisse. Comment convaincre aujourd’hui les entreprises françaises à venir ou revenir au Maroc?- Quand on a l’historique de la France avec le Maroc, il faut toujours relativiser la notion de «baisse des parts de marché». En 1956, la France était notre seul partenaire commercial avec plus de 95% de parts de marché. Peut-on pour autant conclure hâtivement à une baisse des parts de marché sur cinquante ans? Alors même que jamais le partenariat économique n’a été aussi dense entre les deux pays!Je crois qu’il faut replacer les choses dans leur contexte et comparer le comparable. La France est, de loin, le premier partenaire économique du Maroc avec entre 25 et 30% de notre commerce extérieur. 38 entreprises du CAC 40 sont présentes au Maroc. De plus, près de 1.000 entreprises et filiales françaises de tailles différentes sont installées au Maroc. Les Français sont les premiers touristes au Maroc. Un nombre important de Français réside au Maroc. Près d’un million de Marocains vivent en France. Il y a aujourd’hui près de 100 vols par jour entre différentes villes françaises et marocaines, toutes compagnies aériennes confondues. Voilà la réalité des relations entre les deux pays à laquelle il faut rajouter, bien entendu, la proximité culturelle.L’enjeu aujourd’hui est de maintenir le développement de la relation économique entre le Maroc et la France dans la dynamique des évolutions des économies des deux pays et du monde. Le pire qui aurait pu nous arriver aurait été de nous contenter des chiffres que je viens d’énoncer et de «dormir sur nos lauriers». Il y a deux ans, au moment où je prenais mes fonctions en France, les deux chefs d’Etat, Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le président Jacques Chirac, ont décidé de donner une nouvelle impulsion aux relations économiques entre les deux pays précisément pour les maintenir en phase avec les évolutions de l’environnement dans lequel elles évoluent. Je crois qu’aujourd’hui on peut dresser un bilan positif du mandat qui nous a été donné collectivement par les chefs d’Etat. La dynamique du partenariat entre la France et le Maroc est bel et bien sur sa lancée! . Depuis votre arrivée à Paris, vous avez rencontré un grand nombre de chefs d’entreprises. Qu’avez-vous perçu comme attentes et besoins? - Il est vrai que j’ai donné une dimension économique importante à mon action en France. Je crois qu’il est dans l’intérêt supérieur de notre pays de développer des intérêts économiques croisés avec notre principal partenaire. Je suis heureux de voir que, sur les deux dernières années, plusieurs actions concrètes ont permis de consolider cela: une grande banque française prestigieuse, la Caisse d’Epargne, a investi au Maroc avec une prise de participation importante dans le CIH, de nombreux grands noms français des technologies de l’information s’installent au Maroc (CapGemini, Atos Origin, Steria,…), de même dans le tourisme (Pierre et Vacances, Groupe Lucien Barrière,…). Les travaux du GIEMF, la tournée de l’ambassade en province dans le cadre de l’opération Maroc Hexagone, ainsi que la récente visite très réussie de la CGEM à Paris, en novembre dernier, sont venus consolider cette dynamique. Je voudrais, à cette occasion, rendre hommage à Moulay Hafid El Alami, le nouveau président de la CGEM, et toute son équipe pour leur dynamisme!. Comment le Maroc est-il perçu économiquement?- Aujourd’hui, il existe en France une vraie attente et demande du Maroc. Notre pays intéresse les entreprises. Que ce soit pour des opérations commerciales ou d’investissement, il y a un réel intérêt. Les opérateurs économiques français sont séduits par la nouvelle image du Maroc avec les différentes réformes engagées par Sa Majesté le Roi sur les plans politique, économique et social. Ils sont également très intéressés par les différents plans stratégiques qui ont été élaborés: plan Emergence pour l’industrie, plan Azur pour le tourisme, INDH pour le développement humain… Ils sentent qu’au Maroc, nous adoptons aujourd’hui une nouvelle attitude. Celle d’abord d’une grande lucidité: les forces et faiblesses sont évaluées et mises sur la table, sans tabous. Par exemple, le rapport sur 50 ans d’indépendance du Maroc a été très bien accueilli en France, souvent avec admiration, notamment au niveau de la démarche. Ensuite, celle d’une vision claire sur les projections d’avenir. Enfin, celle d’une ambition basée sur un volontarisme et du travail. Les entrepreneurs français ont bien ressenti ce changement et sont séduits et sécurisés par la visibilité qui existe. Je pense que nous devons continuer à travailler dans ce sens.


Aller plus loin

Pour Fathallah Sijilmassi, c’est une tendance à la hausse qu’affichent les exportations marocaines vers la France. Il en est de même pour les investissements français au Maroc. A ce niveau, il rappelle brièvement les chiffres qui «parlent d’eux-mêmes»: les exportations marocaines vers la France ont atteint 17 milliards de dirhams, au terme du premier semestre 2006. A titre de comparaison, les exportations marocaines pour l’année 2005 étaient de 30 milliard de dirhams. «Mais, je souhaite aller plus loin encore. C’est la raison pour laquelle l’ambassade a travaillé avec la Fédération des entreprises et des entrepreneurs français (FEEF) pour l’organisation d’un voyage pour plus de 350 entreprises acheteuses au Maroc», précise l’ambassadeur.Selon lui, pour de meilleures synergies au niveau de l’action globale et compte tenu de l’importance de la délégation française, une articulation a été faite avec le groupe d’impulsion économique et deux réunions ont eu lieu à Marrakech avec une concentration particulièrement sur le textile, l’agroalimentaire et la grande distribution. «Nous avons présenté aux entreprises exportatrices marocaines plus de 300 acheteurs français! Sur la base des nombreux contacts qui ont été établis, j’espère un résultat positif pour le développement des exportations marocaines».


«Maroc Hexagone»: L’autre travail de proximité

. Une initiative de l’ambassade, en partenariat avec la direction des investissements. Objectif de l’opération: Visiter 10 régions françaises en dix moisL’idée et la démarche sont originales. Si amener les investisseurs français à venir au Maroc fait partie du travail «normal», notamment de la diplomatie, une autre idée a émergé: celle de faire de la proximité auprès des entreprises françaises installées en province. Et «qui n’ont pas nécessairement l’occasion de se tenir au courant de toutes les nouvelles réalités et potentialités de l’économie marocaine», explique Fathallah Sijilmassi, ambassadeur du Maroc en France. A partir de là, tout un travail de diagnostic démarre. Et suite à une étude élaborée au sein de l’ambassade, il a été décidé, en partenariat avec la direction des investissements, de lancer l’opération «Maroc Hexagone» qui visait à visiter 10 régions françaises en dix mois.«C’est-à-dire, lorsque l’on exclut les mois de vacances de l’été, c’est une visite par mois tout au long de l’année». Ainsi, au cours de cette année, plusieurs villes ont été visitées. Il s’agit de Bordeaux, Nantes, Rennes, Troyes, Marseille, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Lille et Paris. Et ce, avec l’appui de nombreux partenaires français et marocains, notamment les Chambres de commerce et d’industrie, le Medef, la CGPME, quelques associations professionnelles en France et au Maroc, les CRI marocains, la Chambre française du commerce et d’industrie de Casablanca, le ministère du Commerce extérieur, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Mise à niveau de l’économie, le ministère de l’Equipement et des Transports... Pour Sijilmassi, «Maroc Hexagone a été une grande réussite. Les résultats ont été au-delà de ce que l’on espérait». Selon lui, à travers cette opération, quatre objectifs ont pu être atteints. Le premier a été de pouvoir présenter aux nombreuses entreprises présentes (une moyenne de 100 par étape) les potentialités d’affaires au Maroc et d’identifier, ainsi, des opérations de partenariat. «On peut dire que de façon très concrète, une dizaine d’opérations en moyenne ont été identifiées à chaque étape et l’ambassade a mis en place une cellule de suivi pour ces projets, en collaboration avec les Chambres de commerce et d’industries locales», précise l’ambassadeur. Approfondir les discussions avec les élus locaux et les autorités locales «qui sont souvent très influentes» a été le deuxième objectif. Quant au troisième, il a permis de rencontrer la presse locale et la société civile. «Je rappelle qu’en France les plus grands tirages viennent de la presse écrite locale et régionale. Il était important de faire parler positivement du Maroc dans ces différents supports médiatiques», Le quatrième et dernier objectif, la rencontre avec la communauté marocaine, notamment «ceux parmi cette communauté qui souhaitent investir dans leur pays d’origine ou contribuer d’une manière ou d’une autre au développement de leur pays». A ce niveau, avance Fathallah Sijilmassi, «je suis en admiration devant les formidables potentialités qui existent au sein de la communauté marocaine en France à qui je veux vraiment rendre hommage pour sa vitalité, son dynamisme, sa créativité et son patriotisme». Après un an de travail et face au succès rencontré, tous les partenaires ont décidé de reconduire cette opération pour 2007 dont un projet de programme est d’ores et déjà établi. M.O.

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