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La France et l’Otan, de la rupture à la continuité
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2984 Le 18/03/2009 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004)Officialisé hier à Paris par un vote de l’Assemblée nationale, le retour de la France dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan), quarante-trois ans après avoir quitté cette structure militaire, ne change pas grand-chose à l’Alliance atlantique. Celle-ci est une association politique d’Etats, libres et égaux en droit, à laquelle, jamais, la France n’a cessé d’appartenir. Passons sur les critiques internes. Les socialistes et une partie des centristes condamnent cette réintégration alors qu’ils s’étaient montrés naguère acharnés à combattre la décision du président de Gaulle de ne plus appartenir à l’organisation militaire intégrée. François Mitterrand avait alors accusé le Général de «nationalisme étroit» et d’une «incroyable désinvolture». Rien que cela!Cette fois, c’est de l’étranger que viennent les compliments. Le secrétaire général de l’Otan, «secrétaire plus que général», Jaap de Hoop Scheffer, a «salué chaleureusement le choix du président français». Les Etats-Unis ont déclaré être «ravis»(1) de cette décision. Les autres membres ont félicité Paris. Berlin s’est dit «satisfait». Javier Solana, haut représentant de l’Union européenne (UE) pour la Politique étrangère et de sécurité, a parlé «d’un retour fondamental pour la défense européenne». La Russie, elle, ne s’est pas prononcée. Son silence ne signifie pas forcément qu’elle soit mécontente.Les arrière-pensées, sans doute, sont nombreuses. Pourtant la décision française n’est au fond que la suite logique d’une politique engagée par le Général lui-même, dès son retour aux affaires, en 1958. Peut-on parler d’ailleurs d’un «retour dans l’Otan»? La formulation est hasardeuse. Comme l’écrit Maurice Vaïsse, dans son ouvrage sur «La France dans le monde depuis 1958», la France, en 1966, reste membre «non seulement de l’Alliance atlantique proprement dite, mais aussi de l’Otan. Elle ne sort que de la structure militaire intégrée de l’Organisation»(2). Ce retrait n’en posa pas moins à l’Otan des problèmes financiers, stratégiques et logistiques. «Il rend difficiles les communications et les plans militaires, et réduit le territoire nécessaire à l’exécution de sa stratégie de défense»(3). Aussi a-t-il fallu organiser les rapports entre des Alliés qui n’avaient nullement cessé de l’être. Dès août 1967, un échange de lettres prévoyait la coopération des forces françaises, agissant sous commandement national, sans engagement automatique, avec celles de l’Otan. Ce furent les accords Ailleret-Lemnitzer. Depuis, la France n’a pas manqué de remplir ses obligations vis-à-vis d’une Alliance atlantique qu’elle avait appelée de ses vœux, contribué à créer et qu’elle ne reniait en aucune manière. Puis la disparition de la menace soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie ont tout transformé. La France ne risquait plus d’être entraînée dans une guerre qu’elle n’aurait pas voulue et qui ne serait pas la sienne(4). Dès lors que le pays participe tout aussi librement que les autres membres aux opérations de l’Otan, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, mieux vaut tenir la place qui lui revient là où se prennent les décisions, où la planification s’effectue, où la manœuvre est conduite. Loin d’être une doctrine, le «gaullisme» est une aptitude hautement revendiquée d’adaptation aux circonstances. Cela se nomme «pragmatisme». Les circonstances ayant changé, nul ne peut dire si le Général n’aurait pas voulu, lui aussi, en revenir à une libre et active participation du «cher et vieux pays» au fonctionnement militaire de l’Alliance. L’indépendance n’est pas la neutralité; ce n’est pas l’abdiquer que de décider souverainement le détachement à l’Otan d’hommes destinés à remplir des missions de paix. Sur un plan stratégique, la décision française n’est pas insignifiante.Ce retour intervient, non sans paradoxe, au moment où l’Organisation atlantique n’est plus structurante, où elle n’est plus l’organisatrice du monde libre par opposition à celui de la dictature(5). L’Otan est désormais affaiblie, privée de cette légitimité que lui conférait la simple protection de l’Europe occidentale. Devenue hégémonique, l’Otan risque de perdre en efficacité. Au moins, le retour de la France pourra-t-il aider à tempérer ce qui reste des ardeurs conquérantes américaines apparues sous la présidence Bush. Aujourd’hui, le leadership français en Europe est menacé par une Allemagne unifiée qui tient une place considérable. Certes, Berlin n’aura plus à devoir choisir entre Washington et Paris. L’Allemagne a salué le «pas décisif» accompli par le président Sarkozy dont Angela Merkel a célébré la «décision courageuse». Elle ne doit pas cependant s’en réjouir. L’Allemagne ne sera plus la seule grande puissance militaire du Vieux continent à siéger dans les plus hautes instances de l’Organisation. Elle devra partager postes et influence avec son vieux rival d’outre-Rhin dont l’armée professionnelle vaut bien la britannique.Et les Russes? Ils pourraient être contents. En mars 1966, le départ français de l’Otan équivalait pour l’URSS à une victoire sans combat contre le camp occidental; aujourd’hui, la Russie ne devrait pas redouter cette réintégration. Historiquement, Paris a souvent privilégié la «belle et bonne alliance», franco-russe puis franco-soviétique. Cette époque n’est pas forcément révolue. La France va constituer à l’Otan un utile contrepoids à ces pays d’Europe de l’Est tellement hostiles à Moscou qu’ils en apparaissent «totalement aux ordres de Washington»(6). Plus compliquées, les relations franco-russes n’en devraient pas moins être fructueuses.Paris ne constituera plus cet intermédiaire parfois commode entre certains Etats du tiers-monde et Washington. Mais là aussi, le monde a changé. L’expression «tiers-monde», naguère bienvenue, n’a plus lieu d’être, comme n’existe plus le groupe des «non-alignés» avec lequel Paris se plaisait à entretenir des amitiés particulières. Mais quoi? On peut regretter les lampes à huile, celles-ci n’en demeurent pas moins inadaptées aux exigences du temps. Que la France rejoigne les organismes intégrés de l’Otan est au fond secondaire. L’essentiel est ailleurs. Quelle place et quel rôle pour une Europe de la défense? A quoi sert l’Otan? Faut-il la conserver? Comment la réformer? S’il s’agit d’en discuter, être présent dans ses structures est non seulement logique mais nécessaire.Depuis la fin de la guerre froide, l’Otan s’est transformée sans trop le dire en une police internationale. Toute police démocratique doit être politiquement neutre et œuvrer à la protection des citoyens sans trop considérer la couleur de l’équipe au pouvoir. Hélas, l’impartialité d’une force de sécurité issue de l’Otan ne saurait être garantie.La seule police universelle imaginable reste celle qui dépendrait des Nations unies. En attendant son très hypothétique avènement, rien n’interdit aux pays membres de l’Alliance atlantique de veiller à leur sécurité. A condition que l’Otan ne serve pas de bras armé à certaine puissance hégémonique. Pour éviter pareille dérive, agir de l’intérieur peut être plus efficace que l’inverse.------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Delighted en anglais!(2) Maurice Vaïsse, «La puissance ou l’influence? La France dans le monde depuis 1958», Paris, Fayard, janvier 2009, 649 p., pp 180 et suivantes.(3) Maurice Vaïsse, op. cit.(4) Comme l’avait déclaré le général de Gaulle à l’Institut des Hautes Etudes de Défense nationale: «Si la France fait la guerre, il faut que ce soit sa guerre…»(5) Voir à cet égard Dominique David, «De l’Alliance à l’Alliance ou la métamorphose incertaine», in La Revue internationale et stratégique, «Quel avenir pour l’Otan?, n° 32, hiver 1998-1999.(6) Du moins est-ce là l’opinion de Dmitri Rogozine, délégué permanent de la Russie à l’Otan, «La France dans l’Otan? Pourquoi pas?», Le Nouvel Observateur, n° 2314, 12-18 mars 2009.


Clé de voûte

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord a été créée en 1949 pour dissuader l’Union soviétique et ses alliés d’envahir l’Europe occidentale. La France est l’un des douze pays fondateurs. La clé de voûte de l’alliance militaire est l’article V: il prévoit qu’«une attaque armée contre l’une ou plusieurs des parties sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties», avec comme résultat l’invocation de la légitime défense et le recours à la force armée.


Les choix de réintégration

La France a toujours gardé son siège au Conseil de l’Atlantique Nord, autorité politique de l’Alliance où toutes les décisions importantes sont prises par consensus. Sur le terrain, aujourd’hui, Paris s’implique en Afghanistan et au Kosovo jusqu’à devenir le quatrième contributeur en hommes et en argent. Mais entre ces deux niveaux, politique et opérationnel, la France reste quasi absente des quartiers généraux permanents et laisse à d’autres le soin de concevoir les missions qui lui sont confiées. Le président Sarkozy veut réintégrer le comité des plans de défense et deux instances subordonnées, le comité militaire et l’état-major international. Paris, en revanche, n’envisage pas de siéger dans le groupe de planification nucléaire pour cause d’autonomie de la force nationale de dissuasion.

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