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Economie

L’Union pour la Méditerranée n’est pas remise en cause
Entretien avec Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat français à la Défense et aux anciens combattants

Par L'Economiste | Edition N°:2984 Le 18/03/2009 | Partager

Jean-Marie Bockel préside dès demain avec son homologue marocain chargé des anciens combattants les travaux de la Commission mixte. Dans cet entretien le ministre français analyse les enjeux des différents chantiers en cours qu’il s’agisse de la mémoire partagée, de l’UPM, ou encore du retour de la France à l’Otan.- L’Economiste: Quel bilan pour la loi sur la décristallisation?- Jean-Marie Bockel: Mise en œuvre à partir d’avril 2007, la décristallisation des prestations du feu a été effectuée dans d’excellentes conditions par la Trésorerie de l’ambassade de France au Maroc. Cette dernière s’est appuyée pour ce faire sur le réseau du Trésor et de La Poste marocaine, afin d’en assurer la mise en paiement. Je me réjouis, à cet égard, que les médias marocains en aient rendu compte de façon objective et que les Marocains soient convaincus de l’attachement de la France aux différentes générations du feu marocaines qui, par leur sacrifice et leur action, ont participé glorieusement aux différentes batailles sur le sol de France. 37.000 Marocains ont ainsi combattu au sein de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, contribuant activement aux succès des armées françaises sur les fronts orientaux - en Bulgarie, en Albanie, en Macédoine et en Serbie, ainsi que sur le front de l’Ouest. A l’appel du Sultan Mohammed ben Youssef, futur Mohammed V, ce sont aussi plus de 85.000 combattants marocains qui partirent combattre, au cours de la campagne de France, dans l’armée d’Afrique, au sein de la France Libre, pour la reconquête de la liberté pendant la Deuxième Guerre mondiale. La France, reconnaissante envers ces générations du feu successives a reversé, toutes pensions confondues, en 2007, près de 41,7 millions d’euros (ndlr: 463,3 millions de dirhams). En ce qui concerne, plus précisément la décristallisation des pensions, ce sont ainsi 35 millions d’euros (ndlr: 387,1 millions de dirhams) qui en 2008 ont été reversés, en vue du paiement de 22.500 pensionnés, qu’il s’agisse de retraites du combattant, de pensions militaires d’invalidité ou de reversions aux veuves. Je rappelle que c’est quatre fois plus que les années précédentes et qu’en moyenne les prestations ont été multipliées par huit. C’est sur la base de ce bilan tout à fait exceptionnel, et en tenant compte de l’enveloppe de 100 millions d’euros prévue pour l’année 2009, qu’il convient de continuer à travailler, afin de rappeler combien il importe de valoriser et honorer les hommes et les femmes de cette histoire partagée entre la France et le Maroc. - Que reste-t-il à faire pour le devoir de mémoire dû aux anciens combattants marocains et français?- La mémoire partagée est l’un des plus solides liens entre nos deux pays. Beaucoup a déjà été fait en ce domaine. La loi sur la décristallisation n’en étant qu’un aspect. Il convient également de mentionner le rapatriement progressif de milliers de dépouilles des soldats français morts au Maroc. Autrefois réunis dans 328 cimetières militaires français, sept demeurent (ndlr: Agadir, Casablanca, Fès, Kénitra, Meknès et Rabat) qui abritent encore près de 20.000 dépouilles de soldats morts pour la France, notamment celui de Ben M’Sick de Casablanca. Ce dernier devrait d’ailleurs faire l’objet, cette année, d’une importante réfection, tout comme ceux de Rabat, Meknès et Kénitra. Je me réjouis, par ailleurs, de l’excellence des liens existant entre les services de mon ministère et ceux de la Fondation Hassan II pour les œuvres sociales des anciens militaires et anciens combattants (OSAMAC) présidée par son Altesse Royale la princesse Lalla Meryem. Une convention entre le ministère de la défense français et la Fondation Hassan II pour les Osamac relative à l’appareillage des personnes handicapées physiques va ainsi venir renforcer ces liens (ndlr : voir aussi en encadré). - Le projet de l’UPM semble en «stand-by» depuis quelque temps. Comment accélérer le processus et éviter les facteurs de blocage?- Lancé à l’occasion du Sommet de Paris du 13 juillet 2008, le projet de l’UPM est entré en effet aujourd’hui dans une phase marquée par la prise en compte d’un certain nombre de difficultés. Elles sont pour l’essentiel dues au contexte particulier de la crise financière et du conflit à Gaza. Cela ne remet néanmoins nullement en cause ni la pertinence, ni la légitimité du projet voulu et porté par le président de la République. Ce sont, en effet, les déséquilibres structurels qui séparent les deux rives qui sont le plus souvent mis en avant comme facteurs légitimant le projet: différence de perception des intérêts sécuritaires et déséquilibres économiques empêchant toute construction de solidarités «transméditerranéennes». Bien que le récent conflit à Gaza ait abouti à l’annulation de réunions multilatérales prévues de longue date, l’Union pour la Méditerranée, «Union de projets» continue, malgré tout, à asseoir sa légitimité. Son secrétariat général est désormais situé à Barcelone. Par ailleurs, le principe de la désignation d’un secrétaire général et de cinq SG adjoints a été validé. Un comité permanent conjoint est désormais établi à Bruxelles, pour aider les réunions de hauts fonctionnaires chargés de traiter tous les aspects de l’initiative. Je rappelle également que c’est à l’initiative de la médiation française et égyptienne (toutes deux coprésidentes de l’UPM) que le cessez-le-feu à Gaza a été rendu effectif. Enfin, une délégation interministérielle -sous l’égide d’Henri Guaino- est effective et suit la mise en œuvre des «thématiques générales et prioritaires» définies comme telles à Marseille, les 3 et 4 novembre derniers (ndlr: dépollution de la Méditerranée, autoroutes de la mer, programme commun de protection civile, Plan solaire, espace euroméditerranéen de l’enseignement supérieur scientifique, de la recherche et de la formation ainsi que l’initiative méditerranéenne de développement des entreprises). Ces «solidarités concrètes» devraient ainsi offrir des réponses pérennes aux problèmes communs qui affectent -en premier lieu- la sécurité du quotidien des Méditerranéens, qu’il s’agisse des frustrations liées à la démographie et à la criminalité transfrontalière, à la menace du terrorisme ou encore des crises économiques et environnementales. Nous devons rester optimiste pour l’aboutissement de ce projet d’envergure.- Ne craignez-vous pas que la décision de retour à l’Otan dilue le positionnement «équilibré» et la visibilité internationale de la France, notamment au sein du monde arabe?- Le renforcement de notre dispositif au sein des structures de l’Alliance ne signifie aucunement une modification de notre politique étrangère. Il n’affecte en rien non plus notre détermination à assumer les responsabilités que nous confère notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Au contraire il nous permet de mieux peser au sein du processus décisionnel de l’Otan. Pour la France, une Otan rénovée est complémentaire avec une «Europe de la défense» renforcée, une Otan plus souple, plus flexible, dont les moyens militaires puissent être mobilisés par l’Union européenne. La France peut et doit rénover ses relations avec l’Otan en étant un allié indépendant et un partenaire libre. Il fallait, pour le démontrer, qu’au préalable, nous ayons relancé la «défense européenne». C’est ce qui a été fait durant la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE). Le président de la République le répète souvent: «Alliés ne veut pas dire alignés». Si la France a choisi de reprendre toute sa place au sein de l’Alliance, c’est avant tout pour faire progresser l’Otan et l’UE, deux organisations complémentaires et indispensables à notre sécurité collective. La décision de déclencher et de prendre part à des opérations de gestion de crise ou à des actions de défense collective est avant tout politique et n’est en rien liée à notre niveau de participation au sein de la structure militaire de l’Alliance. La pleine participation de la France aux structures militaires de l’Otan ne va donc en rien modifier le processus décisionnel. En effet, la décision de déclencher une nouvelle opération sera toujours prise selon la règle du consensus, donc à l’unanimité, ce qui garantit à chaque allié la possibilité de bloquer une décision qu’il jugerait inacceptable. Enfin, dans les opérations de gestion de crise, une fois le principe de l’opération accepté unanimement, la décision de participation et le niveau d’engagement reste du seul ressort des nations, sur la base du volontariat. Quant à l’image et au rôle de la France dans le monde arabe au regard de son «plein retour» au sein du commandement militaire intégré, il n’en sera que plus prégnant. Nous soutenons déjà activement les cadres formels multilatéraux que sont le «Dialogue méditerranéen» ou encore «l’Initiative de Coopération d’Istanbul».L’Otan développe ainsi déjà des relations avec de nombreux pays du Maghreb et du Moyen-Orient visant à contribuer concrètement à la sécurité et la stabilité de cette région périphérique de l’Europe, centrale pour la stabilité planétaire.- Que venez-vous discuter avec vos homologues marocains?- Cette visite est marquée d’abord du sceau de l’amitié entre nos deux pays. Elle vise à approfondir et conforter la relation exceptionnelle qui nous unit et qui s’inscrit dans l’histoire. Nous allons conduire, avec le haut-commissaire aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de Libération (HCAR), les travaux de la Commission mixte du 19 mars 2009, afin d’évaluer le bilan des actions menées conjointement par la France et le Maroc en 2008 qu’il s’agisse de l’action sociale ou de la mémoire partagée. Je rencontrerai également un certain nombre de hauts responsables politiques marocains. J’aurai aussi l’occasion de me rendre au cimetière militaire européen de Ben M’Sick, en présence notamment du haut-commissaire aux anciens résistants, pour un dépôt de gerbe. C’est un lieu de mémoire essentiel qui constitue la plus importante nécropole de Casablanca avec 13.025 sépultures. Ce cimetière regroupe des tombes françaises, britanniques auxquelles s’ajoute un monument américain. Ce lieu de mémoire permet de retracer certains épisodes douloureux des deux guerres mondiales et d’une histoire commune à la France et au Maroc. Mais au-delà de ses enjeux mémoriels, cette visite tient compte du contexte international marqué par les incidences de la crise économique qui concerne l’ensemble du monde méditerranéen. Nous ne pouvons pas passer sous silence les conséquences douloureuses de l’affaire de Gaza pour la région, ni l’arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama, dans un moment où l’économie américaine entre en récession. Ma venue au Maroc s’inscrit ainsi dans une série de déplacements au Maghreb. Il s’agit, à cet effet, de témoigner et de renforcer amitié et coopération, dans un contexte où le projet de l’Union pour la Méditerranée demeure, en dépit de difficultés passagères, un enjeu décisif.


Les combattants marocains à l’honneur

Plusieurs projets et conventions seront abordés à l’occasion de la visite de Bockel. Il est question notamment d’un projet de convention permettant au centre d’appareillage d’assurer le suivi technique et médical des mutilés pris en charge par la Fondation Hassan II pour les Osamac. Un autre chantier doit cibler le Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de Libération (HCAR). Dans le domaine de la muséographie, tout d’abord, une session de formation va concerner, à Paris, des cadres et responsables de musées du HCAR. Par ailleurs, il est prévu de créer au sein du musée national de la résistance, d’un espace spécifiquement dédié aux combattants marocains de la Seconde Guerre mondiale.La France entend en outre poursuivre les missions de recherches et de mise en œuvre du programme de duplication des archives datant de la période du Protectorat (ndlr: 1912-1956).


La France «n’a jamais quitté l’Otan»

En termes budgétaire et d’effectifs, la France est aujourd’hui le 4e contributeur au budget de l’Otan. La France paye et met des hommes à disposition, mais elle ne siège pas au conseil d’administration. Paris prend bien soin de préciser qu’elle «n’a jamais quitté l’Otan dont elle est membre fondateur depuis 1949 mais seulement son commandement intégré». Cette décision a été prise par le général de Gaulle en 1966 car il ne voulait pas, dans le contexte de la guerre froide, de troupes étrangères stationnées en France qui ne soient pas sous commandement français. En 1992, avec Mitterrand, des officiers ont recommencé à assister au comité militaire dans le cadre des opérations en Bosnie. Avec Chirac, la France a réinséré des militaires français dans la structure intégrée en 2004. Elle dispose d’ailleurs de 3 états-majors à Lille, Lyon et Toulon, certifiés pour les opérations alliées. Sur le terrain, les troupes militaires françaises sont engagées avec l’Otan en Afghanistan et au Kosovo.Propos recueillis par Mohamed BENABID

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