×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Affaires

JPMorgan confirme ses ambitions pour le Maroc
Entretien avec Isabelle Seillier, présidente de JPMorgan France

Par L'Economiste | Edition N°:3416 Le 02/12/2010 | Partager

. La banque d’affaires très attachée au pays. Marchés des capitaux: il y a un appétit pour les pays émergents. Des opportunités pour les entreprises marocaines aussiJPMorgan accompagne l’Etat et les entreprises marocaines depuis une dizaine d’années. La banque d’affaires a été mandatée, dernièrement, en partenariat avec CFG Group pour l’opération de cession des 8% de Maroc Telecom. Profitant de son passage au Maroc, Isabelle Seillier, présidente de JPMorgan et seule femme patronne de banque, analyse les enjeux de la régulation du système bancaire, de la conjoncture internationale et des relations qu’entretient la banque d’affaires avec le Maroc. - L’Economiste: Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale?- Isabelle Seillier: Nous ne croyons pas à un effondrement de l’économie mondiale ni même au scénario du «Double Dip» (forte rechute de l’activité économique). Les récents indicateurs économiques nous permettent d’être plus optimistes. En revanche, nous pensons qu’il y aura probablement une croissance assez molle. Les grands problèmes, liés au chômage ou à l’immobilier, ne sont pas encore totalement résolus. Néanmoins, de bonnes nouvelles nous parviennent en particulier des Etats-Unis de la part des grandes entreprises et des PME clientes de JPMorgan. Elles peuvent tirer vers le haut l’ensemble du pays. - On parle d’une croissance de 3% aux Etats-Unis.- Tout à fait, nous prévoyons une croissance américaine de 2,8% en 2010 et 2,6% en 2011. Mais c’est ce que nous appelons une croissance molle puisqu’elle ne permet pas de créer assez d’emplois. Le taux de chômage américain, actuellement à 9,6%, reste trop élevé. Aujourd’hui, il y a deux moteurs de croissance économique mondiale, celui de la consommation américaine et celui des grands pays émergents. Il est vrai, tout de même, que le monde a du mal à croître sans le moteur américain. Le système de consommation américain est actuellement en train de se «deleverager», c’est-à-dire qu’il réduit quelque peu le recours à l’emprunt. D’ailleurs, le consommateur américain a rétabli un niveau d’épargne de 6%. Il était nul, voire négatif avant la crise. A l’inverse, les entreprises ont largement réduit leurs stocks. Ce qui a pour conséquence de recréer une production manufacturière pour les reconstituer. Ces indicateurs expliquent notre optimisme relatif sur l’économie américaine. - Et vos prévisions pour l’Europe?- C’est une autre histoire. En effet, l’Europe vit des réalités très différentes notamment dans la maîtrise des déficits budgétaires et des ratios d’endettement par les Etats. Les pays européens sont de plus en plus différenciés mais les risques de contagion sont réels. L’Irlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal souffrent énormément. Nous avons des programmes de relance, mais nous avons du mal avec les mesures de restriction budgétaire et les efforts demandés pour réduire les déficits budgétaires. Un retour à une croissance forte en Europe nous semble improbable. De plus, nous avons un effet euro/dollar qui est fondamental. D’ailleurs, dix centimes de mouvement sur l’euro/dollar, représente 1,5 point de croissance pour la France et 2,5 points pour l’Allemagne. Pour rappel, après s’être renforcée suite aux interventions de la Banque centrale américaine, la monnaie européenne souffre ces dernières semaines de l’incertitude au niveau des Etats souverains. Je crois, surtout, que nous restons dans une période caractérisée par peu de visibilité et une grande volatilité sur l’ensemble des monnaies. Cela ne va pas faciliter les choses. On prévoit une croissance entre 1 et 2% en Europe dans un scénario optimiste, la marge d’erreur est donc très faible. - Il est beaucoup question des grands pays émergents en ce moment.- En effet, la Chine, l’Inde, le Brésil et même la Russie ont un potentiel formidable avec des taux de croissance absolument phénoménaux. Mais il ne faut surtout pas omettre la seconde vague des pays émergents asiatiques, avec l’Indonésie, le Vietnam, la Malaisie par exemple ou certains pays d’Amérique latine. Je crois qu’il y a un vrai ressort dans les pays émergents. Mais, pour l’équilibre mondial, nous avons besoin d’une reprise aux Etats-Unis pour supporter toutes ces économies. - Le Maroc fait-il, à votre avis, partie de cette vague émergente?- D’abord, je souhaite rappeler que l’intérêt de JPMorgan pour le Royaume n’est pas récent dans la mesure où nous avons commencé à travailler avec l’Etat et quelques grandes entreprises depuis une dizaine d’années. Il s’agit d’un pays qui est très cher au cœur de JPMorgan. Nous sommes aujourd’hui très attachés à cette relation avec l’Etat, et nous concentrons nos efforts pour développer nos activités dans le pays avec une logique de long terme, qui est une des marques de fabrique de JPMorgan. Nous voyons qu’il y a des transformations extraordinaires dans ce pays. Le Maroc dispose d’un rating «Investment Grade», de fondamentaux solides et d’une dynamique formidable; lorsque l’on compare avec d’autres pays de la zone Euro, nous pensons qu’il y a une opportunité non négligeable pour le Maroc sur les grands marchés de capitaux, que ce soit pour l’Etat ou pour les grandes entreprises marocaines. La demande des investisseurs internationaux pour la très belle émission obligataire récente du Maroc en est la meilleure preuve. Une demande interne très forte a permis au pays de résister à la crise. S’ajoute à cela, l’investissement de l’État et la forte dynamique des projets de développement qui font du Maroc une véritable référence sur certains métiers et attirent des flux d’investissements étrangers.Par ailleurs, le Maroc bénéficie d’un système bancaire globalement très solide. D’ailleurs, à la différence de plusieurs autres banques mondiales, les établissements de crédit marocains ont été bien gérés en restant à l’écart de certains produits de marché. Cette bonne gestion permet aujourd’hui au système financier de continuer de contribuer aux grands projets de développement du pays. - JPMorgan a accompagné le Maroc, lors de son émission à l’international en 2007, quelle comparaison pouvez-vous faire avec sa récente sortie?- Le niveau de demande sur l’émission de septembre 2010 dénote un mouvement de réallocation des fonds des marchés de capitaux internationaux des pays développés vers les émergents. Dans les années 80 et 90, si nous schématisons, un pays émergent c’était plus de risque et plus de retour en comparaison avec à un pays développé. Aujourd’hui, c’est un risque sensiblement proche mais beaucoup plus de retour. La pyramide est complètement inversée. Il est, actuellement, plus risqué d’investir dans des obligations d’Etat européennes que celles de certains pays émergents. Le Maroc a bénéficié de cette tendance de fond, mais le montant et le coupon obtenus reflètent également l’amélioration continue de l’histoire du crédit du Maroc, la résilience de l’économie marocaine pendant la crise internationale et la confiance des investisseurs internationaux dans la signature du Royaume. Ce succès est également le fruit d’un choix judicieux du timing et d’un travail de préparation et de marketing de qualité menés par le Trésor. Nous invitons d’ailleurs les grandes entreprises et institutions financières marocaines à tirer profit de la signature du souverain et de l’appétit des marchés des capitaux mondiaux pour les émergents pour diversifier leurs sources de financement à l’international.


Bâle III

Plusieurs nouvelles réglementations seront prochainement mises en place. Seillier juge important d’avoir une réglementation aux Etats-Unis, mais «celle-ci est constituée de 2.300 pages et réclame 284 décrets d’application». Cela ne sera donc pas aussi simple de la faire aboutir. Bâle III aura plusieurs conséquences lors de son entrée en vigueur. En effet, «les activités dites à risque, en particulier celles de banque d’investissement et de marché, vont nécessiter un besoin de capitaux très important, une prise en compte des risques plus conséquente et également des contraintes sur les ratios de liquidité», observe-t-elle. D’un autre côté, la discussion sur le ratio «Tier One» concernant les capitaux propres n’est pas encore terminée. Il est question de rajouter 2% additionnels à un ratio de minimal de 7% pour les banques qui présentent un risque dit systémique. Pour beaucoup de banques, «cela va se traduire par un choix à faire sur le maintien ou non de certaines activités». Il va falloir plus de fonds propres pour faire les mêmes activités et, ainsi, un moins bon retour sur capital. «Afin de continuer à attirer les investisseurs, les banques devront, malheureusement, être plus sélectives avec la clientèle», souligne la présidente. Par exemple, certaines activités comme le financement des collectivités locales risquent d’être réduites à cause de nouvelles contraintes de capital sous Bâle III. «Nous sommes inquiets sur la rentabilité future des activités bancaires mais surtout sur la capacité des banques à continuer à jouer leur rôle dans le fonctionnement de l’économie réelle», souligne-t-elle. Et d’ajouter: «la régulation est absolument nécessaire pour ne pas retomber dans les excès qui ont provoqué la crise financière internationale». L’excès de régulation serait à long terme mauvais pour l’économie mondiale.


Parcours
Après avoir décroché le diplôme de Sciences-Po Paris en économie-finance en 1985 ainsi qu’une maîtrise de droit des affaires, Isabelle Seillier a débuté dans la division options de la Société Générale à Paris en 1987. Elle a, ensuite, occupé la position de responsable des équipes de vente pour les produits options en Europe, jusqu’en 1993. Puis elle rejoint JPMorgan Paris en qualité de responsable de l’équipe de vente de produits dérivés en France pour les groupes industriels. En 1997, elle s’oriente vers les activités de banque d’affaires de JPMorgan & Cie SA en tant que banquier conseil responsable pour la couverture de grands clients industriels. En mars 2005, Seillier a été nommée coresponsable de l’activité de banque d’affaires, poste qu’elle assume seule depuis juin 2006. Elle est, enfin, nommée président de JPMorgan pour la France, en septembre 2008, tout en conservant la direction de la banque d’affaires pour la France et le Maghreb.Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc