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L’UM6SS se mobilise pour l’innovation en chirurgie

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6037 Le 22/06/2021 | Partager
L’université, à travers sa nouvelle école, EPAC, fédère les talents du secteur
Conventions avec plusieurs sociétés savantes
Organisation de la 2e édition de la Junior Surgery Master Class

L’Ecole panafricaine de chirurgie (EPAC), dernier-né des établissements de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS), fait ses premiers pas. L’EPAC, dont le modèle est inédit au Maroc, vient d’organiser, vendredi dernier, la 2e édition de la Junior Surgery Master Class, en partenariat avec le Centre international de simulation médicale de l’université, le plus grand au Maroc (voir page ci-contre).

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Des ateliers pratiques ont été organisés au profit des étudiants lors de la Junior Surgery Master Class, animés par des chirurgiens cardiovasculaires chevronnés, dont Pr. Drissi Boumzebra (Ph. Jarfi)

La journée a été placée sous le thème de «l’Innovation en chirurgie cardiovasculaire». Des ateliers pratiques ont été organisés au profit des étudiants, en présence de praticiens chevronnés. Parmi eux, une sommité dans le secteur, Pr. Ahmed Wajih Maâzouzi, auquel un vibrant hommage a été rendu.

Maâzouzi est à l’origine de nombreuses innovations en chirurgie cardiovasculaire. Il compte à son actif plusieurs brevets d’invention, dont certains ont donné lieu à une exploitation industrielle, notamment en Allemagne.

«Au moins deux procédés ont été commercialisés, dont l’Aortic Plasty Sizer, un appareil capable de fabriquer, in extenso et extemporané, une valve biologique à partir du péricarde du patient lui-même. Le dispositif a été fabriqué par les laboratoires Geister en Allemagne. Le deuxième, également conçu en Allemagne, est l’anneau mitral qui sert à réaliser une plastie mitrale lorsque la valve est malade mais ne nécessite pas d’être remplacée», confie Ahmed Wajih Maâzouzi.

Le médecin ingénieux, ex-directeur du centre hospitalier Ibn Sina de Rabat, est en outre derrière le premier projet de prototype de cœur artificiel 100% marocain. En septembre 1995, il a dirigé la première transplantation cardiaque marocaine.  

L’évènement a aussi associé la Société marocaine de chirurgie cardiovasculaire, avec laquelle une convention a été signée. Un atout considérable pour l’école, sachant qu’il n’existe qu’une quarantaine de chirurgiens cardiovasculaires pour tout le Maroc. «Grâce à ce partenariat, l’EPAC bénéficiera des compétences et expertises des membres de notre société savante. De notre côté, nous pourrions profiter de la dimension africaine de l’école, pour un rayonnement régional et continental», relève Mohamed Laâroussi, président.

L’EPAC, qui s’est donnée pour mission la formation continue et la recherche au service de l’innovation médico-chirurgicale, s’est alliée à d’autres sociétés savantes dans plusieurs spécialités.

Ahlam NAZIH

                                                                   

«Les médecins ne sont pas formés pour être créatifs»

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Ahmed Wajih Maâzouzi, chirurgien cardiovasculaire, inventeur, à l’origine du premier projet de cœur artificiel 100% marocain (Ph. Jarfi)

- L’Economiste: Que pensez-vous de l’innovation en médecine au Maroc?  
- Ahmed Wajih Maâzouzi:
Elle n’existe pratiquement pas, elle est parcellaire et très rare. Un médecin n’est pas formé pour avoir un esprit créatif. Pareil pour les enseignants-chercheurs dans les autres disciplines. L’essentiel des efforts va à la pédagogie. Quand des projets de recherche existent, ils ne sont pas toujours orientés vers les priorités du Maroc.

- N’est-ce pas une question de moyens aussi?
- En effet, toutefois, les moyens, nous pouvons les créer. Quand j’ai démarré mon activité, nous manquions d’infirmiers pour la chirurgie cardiovasculaire. Le profiling d’une trentaine d’aides-soignants du Croissant-Rouge nous a permis, après formation, d’en retenir une vingtaine. Au final, 15 sont restés. Ils sont devenus au moins aussi experts que les auxiliaires et les diplômés polyvalents.

- Pour votre projet de cœur artificiel, avez-vous pu obtenir des financements?
- Après plusieurs tentatives, seul l’OCP nous a accordé une chance, conscient que le dispositif serait une fierté pour le Maroc. C’est également une chance d’accès aux soins pour les malades dont le cœur est à bout de souffle. Malheureusement, le projet manque de moyens. Le prototype n’est pas encore finalisé.  

- De nombreuses inventions du monde académique ne sont jamais industrialisées. Comment créer un lien avec l’industrie?
 - Une joint-venture doit être réalisée entre la science, le savoir, la recherche et, à l’autre bout, la R&D qui doit imprégner le tissu industriel. L’université et les établissements publics ont un rôle important à jouer dans ce schéma. Mais tout commence chez l’enfant. L’école actuelle propose une pédagogie conformiste n’aidant pas l’enfant à choisir et à s’épanouir. Plus tard, très peu, 10 à 12% optent pour des filières scientifiques et techniques. En Europe, il existe des cités des sciences permettant d’insuffler un esprit créatif auprès des enfants. Une idée originale serait la création auprès de chaque région d’une cité numérique des sciences offrant découvertes et expérimentations… Aussi, quelques heures supplémentaires dans chaque école en option, l’école après l’école, pour des enfants amoureux des sciences, avec des laboratoires, des cours spéciaux… Cela permettrait également de dépister les talents.

- Quel regard portez-vous sur la recherche au Maroc?       
- Nous avons un comité interministériel pour la recherche qui, malheureusement, ne se réunit qu’exceptionnellement. En fait, il n’y a pas de chef d’orchestre, chacun joue sa musique seul. Dans mon livre «Plan Marshall pour l’université marocaine», j’ai mis en évidence que la problématique de la recherche scientifique comptait pour plus de 60% dans celle de l’université. Nous sommes l’une des usines éducatives les moins productives des pays émergents. Pourtant, quand une usine n’est pas productive, que doit-on en attendre?…
Concernant les enseignants-chercheurs, nous risquons d’évoluer vers une espèce en voie de disparition.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

 

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