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Culture

Cheb Khaled: «Maroc, Algérie, Tunisie… Un seul peuple séparé par l’histoire»

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5852 Le 28/09/2020 | Partager
Le chanteur caresse l’espoir d’un «Maghreb uni»
Il prépare son comeback avec un nouvel album en 2021

Il est le Roi de la musique Rai et une icône dans le monde entier depuis plus de 40 ans. Cheb Khaled a fait un «Break» pendant près de 8 ans pour s’occuper de sa famille et de ses 5 enfants. Aujourd’hui, il prépare un nouvel album qui verra le jour à l’horizon 2021. Celui-ci réunira plusieurs chanteurs maghrébins et arabes qui chanteront à l’unisson pour des valeurs de paix, d’amour et de partage. En attendant, le chanteur de «Aicha» et de «C’est la vie» dédie sa nouvelle chanson «Beyrouth» au peuple libanais, suite à la tragédie qui a touché le pays du cèdre. Il lance, également,  un single avec une chanteuse palestinienne, «Elyanna», en octobre. Cheb Khaled livre à L’Economiste une interview exclusive.  

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Cheb Khaled: «Je chante pour donner du bonheur aux gens, c’est le principe de la musique Rai en Algérie, comme pour la musique populaire Chaabi au Maroc. Notre philosophie commune repose sur la fête, la danse et la joie de vivre» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Que pensez-vous de cette situation liée au Covid-19, et surtout, comment la vivez-vous?
- Cheb Khaled:
Pour ceux qui en doutent, ce virus existe bel et bien et il tue. Nous avons vécu des moments d’une extrême intensité depuis plusieurs mois, et il faut dire que nous ne sommes pas encore sortis de cette phase de tension. C’est une situation inédite, malgré cela, il faut garder le moral et avoir foi en l’avenir. Nous n’avons pas le droit de nous plaindre, il y a des gens qui ont perdu des proches. J’ai la chance d’avoir ma famille à mes côtés, et nous nous serrons les coudes pour affronter ensemble cette crise sanitaire sans précédent. Je suis allé voir ma mère que je n’avais pas vue depuis plusieurs mois à Paris, je l’ai serrée fort dans mes bras et je l’ai embrassée partout sur le visage, car elle m’a manqué terriblement. Je n’ai pas pu m’empêcher de le faire. Il faut se protéger, certes, en respectant les gestes barrières, néanmoins, il ne faut pas arrêter de vivre, d’aimer, de rire… L’avenir est incertain, mais il faut garder la foi, car elle seule peut nous aider à traverser l’horreur et les moments pénibles.

- Les artistes aussi ont été fragilisés par cette pandémie… Comment promouvoir l’art en ces temps difficiles et incertains?
- Avant le confinement, j’étais aux Etats-Unis pour réaliser un album avec French Montana, ainsi que d’autres artistes arabes et maghrébins. Cette collaboration à été ralentie avec la crise sanitaire, comme beaucoup d’autres projets, et comme pour d’autres artistes également. Cependant, nous allons bientôt reprendre le travail. Je reste optimiste quant à l’évolution des événements. Il y a des personnes fabuleuses qui travaillent dans l’ombre pour nous sortir de cette pandémie qui a figé le monde. Mes fans que j’appelle mes soldats, sont derrière moi et ils me portent et me donnent la force d’aller de l’avant. Je chante pour donner du bonheur aux gens, c’est le principe de la musique Rai en Algérie, comme pour la musique populaire Chaabi au Maroc. Notre philosophie commune repose sur la fête, la danse et la joie de vivre.

- Vous êtes le seul artiste maghrébin à avoir pris les devants pour réaliser un clip, le 18 août 2020, en faveur du Liban. Avez-vous sollicité d’autres artistes pour ce projet?
- En tant que Maghrébin, Africain et citoyen du monde, il me paraissait essentiel de réagir par rapport à cette tragédie qui a touché nos frères libanais. Je connais bien le Liban, je me suis rendu dans ce merveilleux pays à de nombreuses reprises, et j’ai toujours été frappé par cette joie de vivre, cette gaieté et cet amour du peuple libanais pour leur pays, qui a connu plusieurs moments difficiles, et qui a  toujours su faire face aux épreuves, malgré tout. A travers cette chanson «Beyrouth», que j’ai réalisé en 4 jours avec le Disc-Jokey «Rodge», je souhaitais leur prouver à ma manière que j’étais présent dans ce douloureux moment pour les aider à traverser cette tragédie. Suite à la sortie de cette chanson, d’autres artistes arabes ont réalisé des compositions musicales et je suis fier du mouvement qui a suivi. Le plus important à mon sens est de créer une musique «joyeuse», «optimiste» et remplie d’espoir pour avancer. Il faut renouveler la musique arabe qui est souvent triste et mélancolique pour la peindre d’amour, de vie et de bonne humeur. En 40 ans de carrière, j’ai toujours prôné ces valeurs positives qui me sont chères. Tous les bénéfices de ce titre iront à la Croix Rouge pour aider le Liban et les Libanais, que j’aime profondément, à se remettre sur pied et retrouver leur superbe.

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Au festival Gnaoua et musiques du monde à Marrakech en 2009, en compagnie du maître gnaoui, Hamid El Kasri. Khaled est un habitué des grandes scènes marocaines (Ph. Jarfi)

- Dans votre clip «Beyrouth», un drapeau marocain apparaît. Vous avez également obtenu la nationalité marocaine en 2013, ce qui a pu heurter certains de vos compatriotes algériens...
- Depuis que j’ai débuté dans ce métier, il y a toujours eu des personnes qui critiquent, mais elles sont minoritaires, je suis aguerri à ces attaques depuis plusieurs années. Je suis originaire de la ville d’Oran, nous sommes à une heure trente de route de la ville de Oujda, et nous avons avec les Oujdis plusieurs points communs, dont la culture. Au Maghreb, il y a quelques siècles, il n’y avait pas de frontières. Ma ville de naissance est africaine et andalouse, comme Tanger. Ma mère parle couramment l’Espagnol et nous sommes des maghrébins, une même famille qui a été séparée au fil du temps. Il faut dire qu’il y a des marocains dans ma famille, ma tante était mariée avec un berbère du Maroc, donc j’ai grandi avec des marocains qui ont vécu en Algérie. Aussi, il y a des chanteurs marocains en Algérie comme Cheba Zahouania, dont la situation avait été régularisée en même temps que plusieurs marocains qui vivent en Algérie depuis toujours.

- Pour vous, les frontières n’ont pas lieu d’être…
- Je me bats pour un «Maghreb Uni», je suis un artiste qui représente cette partie de l’Afrique dans le monde entier. Aux Pays-Bas, quand un tueur d’origine marocaine a commis un crime odieux en assassinant l’arrière petit neveu de Van Gogh en 2004, les hollandais venaient me voir et je leur expliquais que l’acte d’un seul homme ne pouvait pas condamner tout un peuple. Je l’ai fait pour le Maroc, je l’aurais fait pour l’Algérie ou la Tunisie, nous ne sommes qu’un seul peuple séparé par l’histoire. J’ai été invité en Egypte pour un concert en faveur de la jeunesse égyptienne, ils m’ont expliqué que s’ils avaient beaucoup de chanteurs talentueux qui parlaient aux égyptiens, ils savaient qu’à travers moi leur message serait délivré au monde entier. Je suis heureux que ma musique soit écoutée aussi bien par les rabbins, que par les imams. Cela prouve que la musique peut réaliser ce que les politiques n’ont pas réussi à accomplir. Je suis ravie que cela se fasse à travers ma musique,  c’est une bénédiction.

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«Je suis intimement convaincu que l’union fait la force, il faut ouvrir les barrages, casser les murs, abolir les frontières et permettre ainsi aux maghrébins de travailler et de vivre» (Ph. Bziouat)

- Vous militez donc pour un «Maghreb uni». Comment envisagez-vous cette union?
- Je me battrai toute ma vie, jusqu’à ma mort, pour casser les frontières entre le Maroc et l’Algérie. Il faut laisser les politiques faire leur travail, qui est loin d’être facile, mais j’ai foi en l’avenir. C’est des sujets que nous avons évoqué avec le Roi Mohammed VI. Les Algériens aiment profondément leurs voisins et ils attendent l’ouverture des frontières pour rassembler des peuples frères. Nous avons décidé avec mon épouse cette année de créer ma propre société de production, afin de pouvoir réaliser des projets tels qu’un «we are the world», une initiative maghrébine avec des artistes de tous bords, de toutes origines pour montrer au monde que nous sommes un seul peuple, uni, et que nous ne sommes pas en guerre.

- Vous êtes un monument de la musique Rai, pourtant, vous vous êtes écarté de la scène musicale depuis plusieurs années. Pour quelle raison? Quels sont vos projets?
- Je travaille actuellement sur mon prochain album. Il y a des projets qui ont été retardés avec cette crise sanitaire, mais les choses se profilent doucement et sûrement. Je souhaiterais m’engager davantage dans l’humanitaire, j’ai eu l’occasion de voyager au Soudan où il y a des graves inondations, ils vivent une situation très difficile avec l’Embargo et il ne faut pas les oublier. Quand je vois ce qui se passe dans le monde, je me dis qu’il y a tant à faire, et la conjoncture actuelle va davantage creuser les inégalités sociales. En octobre, je sors un single avec une chanteuse palestinienne «Elyanna», suite à notre rencontre aux USA, en attendant la sortie de mon album en 2021. Depuis «c’est la vie», je me suis occupé de la mienne et de mes 5 enfants que j’ai vu grandir ainsi que ma famille. Je veux donner de la joie à la jeune génération et lui insuffler l’espoir, car c’est grâce à l’espoir que tout est possible, c’est grâce à lui que la vie continue.

                                                                

Idir, ce grand artiste

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(Ph. L'Economiste)

- Ces dernières années, de grands chanteurs algériens, tels que Idir, Rachid Taha, Cheb Akil … ont tiré leur révérence. Idir disait de vous, et de Cheb Mami, que vous étiez les «Grands enfants naïfs du Rai». Quels sont vos souvenirs avec ces artistes?
- J’ai beaucoup de respect pour «Idir» qui était un grand artiste. J’ai repris sa chanson «El harba Ouine», qui était en Amazigh, et je l’ai chantée en arabe. Depuis, la situation en Algérie entre Amazigh et Arabe s’est améliorée. J’ai même eu le privilège d’aller chanter à Tizi Ouzou. Cette chanson est dédiée aux jeunes qui risquent leur vie pour aller en Europe. Alors que les mères pleurent la disparition de leurs enfants, ces jeunes traversent la mer avec l’illusion d’un eldorado, mais ils n’ont pas idée de ce qui les attend de l’autre côté. J’ai visité le monde entier, et il n’y a pas plus bel endroit que le Maghreb. Nous avons des richesses insoupçonnables que beaucoup nous envient. Nous avons un paradis, et ces jeunes ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont de vivre dans cette magnifique région du monde.

                                                                

«Je voue une grande admiration au Roi Mohammed VI»

- Vous êtes ami avec le Roi Mohammed VI depuis l’époque où il était prince héritier. Vous aviez déclaré en 2018: «Quand le prince héritier est devenu Roi, il ne m’a pas tourné le dos». Comment décririez-vous votre relation?
- Le Roi du Maroc Mohammed VI est une personne exceptionnelle avec un grand cœur et d’une grande générosité. Nous avons des relations d’amitié, de respect et de confiance. Il a fait des choses merveilleuses pour son pays, et il a consacré sa vie pour son peuple et sa patrie. Que Dieu lui apporte le succès, la santé et la prospérité. Nous avons une relation protocolaire depuis plusieurs années, je demande souvent de ses nouvelles et nous avons l’occasion d’échanger de temps en temps. Je voue une grande admiration à sa Majesté, qui me donne aussi son avis sur des sujets qui me concernent. La politique n’est pas facile, il y a des choses dont on n’a pas conscience. Ce n’est pas donné à tout le monde d’en faire, que le créateur l’accompagne dans sa mission qui est grande, noble et pure.

Propos recueillis par Ghizlaine BADRI

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