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International

OMC: Le plan d’attaque du candidat mexicain

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5833 Le 01/09/2020 | Partager
Jesus Seade décline sa vision pour l’apaisement des relations avec les Etats-Unis et la Chine
Des propositions pour dépasser le blocage de l’Organe d’appel
Des pistes pour permettre aux pays en voie de développement de peser dans les discussions
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«Si je suis élu, ça ne sera pas une perte pour l’Afrique. Je nommerai une directrice générale adjointe africaine, et j’améliorerai la représentativité du continent dans le secrétariat de l’OMC», a promis le candidat mexicain à la tête de l’OMC Jesus Seade (Ph. AFP)

Dernière ligne droite pour l’élection du nouveau directeur général de l’OMC. Plusieurs candidats sont en course pour succéder à Roberto Azevedo, ayant quitté son poste avant la fin de son mandat. Dr Jesus Seade, candidat mexicain, ancien directeur général adjoint de l’OMC, ayant fait ses preuves dans d’autres institutions internationales comme la Banque mondiale et le FMI, est également dans les starting-blocks. Il promet de remettre cette Organisation sur les rails. Bras de fer avec les Etats-Unis, blocage de l’organe d’appel de règlement des différends, statut de la Chine… autant de dossiers à prendre en charge par le prochain patron de cette instance. Décryptage.

- L’Economiste: Quelles sont les répercussions de la pandémie du Coronavirus sur le commerce mondial?
- Jesus Seade: C’est un problème sanitaire, mais avec des implications très dures sur le commerce et l’économie. Je pense que l’OMC doit s’impliquer dans ce dossier de deux manières. D’abord, en donnant plus de visibilité aux différents pays après le début de la levée des contrôles stricts sur les échanges commerciaux. La question pour les producteurs concerne la capacité de disposer de tous les intrants à la date prévue pour la reprise et si leurs produits pourront être exportés. C’est valable pour tous les pays. Dans ce sens, l’idée est d’inviter tous les pays membres de l’OMC à déposer leurs plans de réouverture. Il s’agit d’une base d’informations ouverte à tous les pays membres. C’est la première chose à faire. Ensuite, il faudra développer des bonnes pratiques qui permettront aux pays, en cas d’apparition d’une nouvelle pandémie, d’être en mesure de prendre des actions organisées et collectives.

- L’OMC souffre de plusieurs difficultés au point de la comparer à un navire sans capitaine qui coule. Quel est votre plan pour remettre cette institution sur les rails?
- Les difficultés de l’OMC sont diverses. Mais nous devons d’abord nous attaquer aux deux problèmes les plus compliqués. D’abord, le fait que nous n’avons pas eu suffisamment de résultats dans les négociations depuis 26 ans. Pourtant elles sont au cœur du système commercial international. D’où l’importance de pousser les négociations en cours pour aboutir à des résultats le plus tôt possible. Cela concerne les secteurs de la pêche, du commerce électronique, de la facilitation des investissements et de la régulation domestique des services. L’année prochaine connaîtra aussi la tenue de la conférence interministérielle, durant laquelle il faudra lancer de nouvelles négociations. Elles devront porter notamment sur le secteur de l’agriculture. Je crois qu’il y a aussi un intérêt des pays pour engager les négociations dans trois domaines importants: les investissements, la politique de concurrence et l’économie verte.

- L’organe d’appel de règlement des différends est également en situation de blocage…
- Il y a eu beaucoup de discussions sur ce sujet. Mais les Etats-Unis, qui ont pris les mesures les plus dures pour forcer son point de vue, n’ont jamais identifié aucune question qui nécessite de revoir les accords. Ils critiquent essentiellement la conduite de l’organe d’appel et non pas ses règles de fonctionnement. Pour moi, la solution serait de développer un système de supervision de l’organe d’appel. En vertu des accords, le Conseil général est le superviseur de l’organe d’appel. Mais nous n’avons jamais créé un mécanisme pour que ça soit effectif. Celui-ci pourrait se traduire, par exemple, par la création d’un comité de supervision, composé de 5 ambassadeurs et 3 experts indépendants. Leur mission sera de vérifier la conformité des résolutions de l’organe d’appel aux accords de l’OMC.

- Les relations sont également tendues avec les Etats-Unis qui ont menacé de quitter l’OMC… Si vous êtes élu, comment comptez-vous gérer ce dossier?
- Je dois préciser que je viens de terminer une négociation extrêmement dure avec les Etats-Unis, en tant que ministre délégué à l’Amérique du Nord. Donc je suis en mesure de bien négocier avec les Etats-Unis. Surtout que le négociateur principal pour l’Accord de libre échange (Alena) est aussi en charge des discussions avec l’OMC. Concrètement, les Etats-Unis ont plusieurs problèmes avec l’OMC. Cela ne se limite pas à l’administration actuelle. Par exemple, sous le mandat du président Obama, Washington avait introduit plusieurs plaintes. Aujourd’hui, il est important de les engager. Il faut voir avec eux ce qui peut être fait pour corriger les aspects qu’ils considèrent comme des dysfonctionnements. Mais cela doit se faire d’une façon acceptable pour les autres pays. Si nous arrivons à cela, je suis certain que les Etats-Unis vont rester dans le système. Parce qu’un monde sans OMC serait une perte considérable pour tous les pays. Pour Washington, le grand problème s’appelle Chine. Mais il faut trouver comment s’en occuper, à travers une OMC forte et inclusive, qui peut jouer le rôle de pont pour rapprocher les points de vue.

- Justement, la classification de la Chine en tant que pays en voie de développement fait jaser plusieurs pays…
- C’est clair que la Chine, le Mexique, le Brésil, la Turquie et d’autres pays qui ont beaucoup avancé ces dernières années, ne peuvent pas avoir les mêmes flexibilités que l’Angola ou le Sénégal. Mais en même temps, si nous commençons à essayer à reclassifier les pays, ça ne va pas être accepté. L’OMC fonctionne selon un système de consensus. Donc il faut trouver une solution qui puisse être acceptable par tous les pays. Une telle reclassification risque de prendre plus d’années que le cycle de Doha. Je pense que la manière la plus pragmatique de procéder pour les pays en développement les plus avancés serait à l’image de ce qui a été fait  pour les négociations pour la facilitation du commerce. Dans l’accord TFA, la question du développement a été abordée au cas par cas, pour chaque dossier, pour chaque flexibilité… Tout a été négocié, sans passer par une reclassification des pays.

- Les pays africains ne sont pas assez audibles au sein de l’OMC. Comment inverser cette tendance?
- Je constate que l’attention de l’OMC est concentrée sur les problèmes entre les grands Etats comme les Etats-Unis, la Chine, l’Europe. Certes, c’est important pour des pays comme le Maroc ou le Mexique de participer à ces rounds. Mais ça ne doit pas être toute l’histoire. On ne doit pas laisser hors des discussions les problèmes spécifiques aux pays moins développés. Il ne faut pas attendre les problèmes pour chercher des solutions. Nous avons besoin d’un dialogue permanent. A côté des négociations principales, il faut avoir d’autres cadres pour discuter de façon régulière des problèmes des pays les moins avancés, des Etats vulnérables…

Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

 

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