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Opinions & Débats

De Hiroshima à Beyrouth, partageons Camus

Par Dr Mustapha SAHA | Edition N°:5821 Le 11/08/2020 | Partager

Le Dr Mustapha Saha est sociologue spécialiste des problématiques des minorités urbaines, migratoires ou de la révolution numérique. Il aime explorer les plausibilités miraculeuses de la culture, furète les subtilités nébuleuses de l’écriture. Son travail philosophique, poétique, artistique, reflète les paradoxalités complétives de son appétence créative. Il est le cofondateur du Mouvement du 23 mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de mai 68. Le présent texte n’est pas intégralement reproduit ici. On peut le trouver sur le blog du chercheur (Ph. Privée)

Le monde, en totale disruption, en dérive algorithmique, à la merci de l’intelligence artificielle qui le vide de sa raison naturelle et de son essence humaine, est orphelin de ses philosophes. Bernard Stiegler, le dernier penseur socratique des réalités virtualisées et des virtualités réalisées, l’implacable critique des paradoxales technologiques, l’intrépide analyseur de l’ignorantisme technocratique, s’est éclipsé ce 6 août 2020 à l’âge de soixante-huit ans, sans tambour ni trompette. Beyrouth explose dans le tintamarre médiatique. Réveille-toi Albert Camus, la planète a besoin de tes mots.

L’éditorial du journal Combat,
par Albert Camus:

«Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier (NDLR: 7 août 1945) grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.
«On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase: la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.
«En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.

 

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La première page du journal où figure l’éditorial d’Albert Camus:  contre «la rage de destruction (…) le seul combat qui mérite d’être mené est celui de la Paix» (Archives du journal communiste français L’Humanité)

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

 

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Avec Mustapha Saha, Albert Camus. Portrait, peint par l’auteur. (Peinture sur toile; 100 x 81 cm)

«Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuters annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
«Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
«Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison».

Albert Camus. Journal Combat du 8 Août 1945.

                                                                              

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Enfant brûlé portant sa petite sœur morte (Source: Bulletin of Atomic Scientist)

Il y a 75 ans, le 6 août puis le 9 août 1945 les Américains ont lâché deux bombes nucléaires, les premières de l’histoire de l’Humanité, sur deux villes japonaises, Hiroshima puis Nagasaki. Tout a été brûlé, humains compris dans un rayon de 3 km. La température du point d’impact a été estimée à 7.000 degrés. Plus de 200.000 personnes sont mortes sur le coup, 60.000 plus tard, à cause des rayons et des centaines de milliers ont souffert tout le reste de leur vie.

 

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