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Société

L’hépatite C tue 5.000 Marocains par an

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5813 Le 28/07/2020 | Partager
Seule une minorité arrive à accéder aux soins en raison du coût élevé
400.000 personnes vivent avec la maladie
Elaboré en 2016, le plan stratégique pour lutter contre les hépatites virales toujours attendu

Alors que nous fêtons aujourd’hui la journée mondiale de la lutte contre les hépatites, le Maroc affiche de mauvais résultats. Ce ne sont pas moins de 400.000 Marocains qui vivent avec la maladie dont 5.000 meurent tous les ans. Face à l’ampleur de ces pertes,  l’Association de lutte contre le Sida (ALCS) via son président Mehdi Karkouri demande notamment la mise en œuvre du plan stratégique national de lutte contre les hépatites virales.

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Pr Mehdi Karkouri, président de l’ALCS: «Seule une minorité de Marocains a la possibilité de s’offrir le traitement de l’hépatite C qui coûte 13.000 DH environ. La majorité se laisse mourir…» (Ph. ALCS)

- L’Economiste: Aujourd’hui, nous commémorons la journée mondiale contre l'hépatite. Quels constats pour le Maroc?
- Mehdi Karkouri
: Pour le Maroc, le constat est affligeant à tous les niveaux! En termes épidémiologiques, 400.000 Marocains vivent avec le virus de l’hépatite C et 5.000 en meurent chaque année. L’industrie pharmaceutique marocaine produit et commercialise le traitement mais les trois ministres de la Santé qui se sont succédés ces quatre dernières années ne semblent pas en faire leur priorité. En effet, le ministère de la Santé a élaboré en 2016 un plan stratégique détaillé pour lutter contre les hépatites virales… Ce plan stratégique n’a toujours pas été mis en œuvre à ce jour… Résultat: une minorité de Marocains a la possibilité de s’offrir le traitement qui coïte 13.000 DH environ. La majorité se laisse mourir.

- Et si le traitement était disponible?
- Grâce à notre affiliation à Coalition Plus, nous avons pu mener une étude sur le coût de l’inaction et dont les conclusions sont sans appel. L’accès au traitement du VHC au Maroc permettrait de sauver plus de 71.000 vies, de prévenir 140.000 nouvelles infections, la survenue de cancer chez 37.375 Marocains et la cirrhose décompensée chez 29.814 Marocains d’ici 2050. Cela permettrait également d’épargner 20% des coûts totaux relatifs à la prise en charge médicale et soulager le budget de l’Etat et des citoyens en évitant un coût relatif à la prise en charge de l’infection et de ses complications estimées entre 44 à 52% du produit national brut. 

- Quelles sont vos doléances?
- Nous attendons depuis 2016 que le plan stratégique de lutte contre les hépatites virales soit mis en œuvre. C’est là la priorité. Ce plan stratégique a été élaboré par le ministère de la Santé pour les années 2016-2021 par une approche participative multisectorielle. Ce plan souligne les principes et les éléments d’orientation pour restructurer la réponse nationale aux hépatites virales, les résultats attendus dans les six prochaines années ainsi que les stratégies à même de garantir des services de prévention de dépistage et de prise en charge des hépatites virales accessibles à la population pour la période 2016-2021. Dès lors que le plan sera lancé, il sera possible de prendre en charge les personnes atteintes.

- Qu’est-ce que vous préconisez?
- Il faut lancer en urgence le plan stratégique national qui sommeille dans les tiroirs du ministère de la Santé depuis 2016. Ensuite, lancer l’appel d’offre d’achat du traitement, procéder à la baisse du coût du diagnostic et des médicaments génériques, s’assurer de la prise en charge du diagnostic et du traitement par le Ramed et sa généralisation aux populations vulnérables. De plus, il apparaît important de permettre aux médecins généralistes de suivre les personnes nouvellement infectées par le virus de l’hépatite C ne présentant aucun signe de complication ou de comorbidité. Grâce à l’implication des médecins généralistes, le processus de prise en charge des personnes affectées par le VHC sera accéléré.

- En quoi l’ALCS est-elle concernée par les hépatites virales?
- C’est en raison de nombreuses similitudes entre le VIH et les virus de l’hépatite virale que les associations de lutte contre le sida, de par le monde, se sont intéressées également à la lutte contre les hépatites virales. L’ALCS n’est pas une exception et mène depuis 2014 plusieurs actions visant l’accès universel aux soins de l’hépatite C au Maroc, actions qui ont été structurées à partir de septembre 2016 dans le cadre de son programme de plaidoyer. Dès lors, une accélération du processus d’inclusion des hépatites dans les programmes de l’ALCS a été induite. Les associations de lutte contre le sida peuvent mettre à disposition de la lutte contre le sida leur expertise, en termes de dépistage, orientation, soutien et prise en charge des personnes concernées.

- Les personnes vivant avec une hépatite virale courent-elles un risque plus important que les autres de contracter l’infection à coronavirus?
- Les personnes qui vivent avec une hépatite virale sont exposées et fragilisées en cas d’infection au Sars-Cov-2. Ces personnes devront donc être encore plus prudentes que les autres et respecter scrupuleusement toutes les mesures barrières pour se protéger: confinement, port de masque, lavage des mains, distanciation physique...


Il faut dépister à grande échelle du VHC

Depuis 2014, l’offre de dépistage démédicalisé du VIH a marqué un tournant dans les services offerts par l’ALCS et a révélé une forte implication des pairs éducateurs auprès de leurs communautés. Utilisant des tests rapides, ce service a permis d’atteindre des personnes jamais testées auparavant et de compléter la forme médicalisée d’offre de dépistage. Forts de notre expérience dans le domaine du dépistage communautaire du VIH, nous participons déjà au développement de la connaissance du statut sérologique du VHC en particulier pour les populations clés. Grâce aux dons de nos partenaires et du soutien de bailleurs internationaux, nous procédons déjà au dépistage VHC des populations les plus vulnérables, notamment les personnes usagères de drogue dans la région du nord du pays. C’est en effet dans cette région que la prévalence est la plus importante et c’est là que nos efforts sont concentrés. Il ne s’agit pas uniquement de tester mais il est indispensable de traiter pour arrêter l’hémorragie! Le traitement existe au Maroc, il est produit localement mais il n’est accessible qu’à une frange minoritaire des Marocains à cause de son coût. 

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

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