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Tribune

«Comment se préparer pour l’après-Covid?»

Par Yacine BELHAJ-BOUABDALLAH | Edition N°:5750 Le 28/04/2020 | Partager

Yacine Belhaj-Bouabdallah est Master en développement international du King’s College de Londres, auteur de «Saving Ourselves: Interviews with World Leaders on the Sustainable Transition» (Ph. Privée)

Alors que l’épidémie continue de se propager dans de nombreuses régions du monde, le Maroc s’en sort bien. En comparaison avec les régions voisines, le peuple marocain a été relativement épargné avec un faible taux de mortalité du virus. Tandis que le déconfinement progressif s’annonce proche, le gouvernement fait face à de nombreux défis relatifs à l’après-Covid. Relance de l’économie, du tourisme, des voyages interurbains et internationaux, de la restauration, et des commerces - ces sujets et d’autres liés au monde «d’après» mobilisent nos institutions. Tandis que l’urgence de répondre à ces problématiques occupe les esprits, il est important de ne pas ignorer les problématiques à long terme qui menacent le Royaume. 

Dans les prochaines décennies, le Maroc fera face à trois défis principaux - les conséquences d’une pauvreté qui persiste malgré de nombreux efforts, l’impact du changement climatique sur l’agriculture, et les effets de l’automatisation sur les emplois dans les secteurs de l’industrie.

Ces problèmes ne se posent pas uniquement au Maroc et il existe des solutions communes pour y répondre. Comme pour combattre la pandémie, nous devons prendre exemple sur les pratiques les plus efficaces du reste de monde.  Il faut répondre aux défis du XXIe siècle avec des solutions adaptées non seulement pour le long terme mais aussi pour faire face à nos soucis immédiats. Par exemple, à court terme, une forte hausse du taux de chômage est attendu suite aux conséquences de la pandémie. A moyen terme, l’automatisation risque d’avoir un effet similaire sur le marché du travail.

Les solutions pour ces problèmes sont donc communes: une mise en avant de la formation technique et professionnelle, et d’un environnement commercial favorable pour les nouvelles technologies et pour la création de startups.  Nous ne devons pas oublier l’importance qu’il y a d’attirer de l’investissement dans des secteurs émergents. C’est le cas de Singapour qui a créé un centre d’essai pour tester les voitures autonomes en conditions réelles. C’est aussi le cas du Rwanda qui a permis aux startups spécialisées de tester leurs services de livraison par drone pour réapprovisionner les hôpitaux ruraux. Ces stratégies nationales ont permis de promouvoir de l’investissement et de la création d’emplois dans des secteurs émergents - tout deux essentiels à long terme pour aider la population et l’économie nationale.  Ainsi, le Costa Rica fut parmi les premiers pays dans les années 80 à enseigner la programmation informatique dans les écoles primaires et secondaires avec l’aide de la société civile et de l’université de MIT.

Aujourd’hui, grâce à cette vision technologique, le secteur informatique représente 6% du PIB et plus de 100.000 emplois dans un pays de seulement 5 millions d’habitants.  De manière similaire, Malte commença à la fin des années 90 a encourager les startups travaillant dans des secteurs émergents à se relocaliser en créant une règlementation adaptée aux nouvelles technologies. Il n’existait aucune différentiation entre les sociétés de jeu en ligne et les casinos, de la même manière qu’aujourd’hui la plupart des pays ne différencient pas entre une banque et une société créant une monnaie digitale (crypto-monnaie).

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Publié en 2016 (et disponible sur Amazon), l’ouvrage  de Yacine Belhaj-Bouabdallah s’intéresse à travers des entretiens avec 90 dirigeants mondiaux, aux enjeux de la lutte contre le changement climatique et la mobilisation pour des sociétés durables. La liste des personnes interviewées comporte un casting relevé dont notamment un certain Justin Trudeau, Premier ministre du Canada,  Michelle Bachelet, présidente du Chili, Sheikh Hasina,  Premier ministre du Bangladesh, ou encore deux prix Nobel…

En adaptant, et en simplifiant, les procédures administratives pour les compagnies digitales, le pays attira de nombreuses entreprises en ligne, notamment dans le secteur du jeu en ligne. Celui-ci représente maintenant 12% du PIB et 700 millions d’euros de revenus annuels. Malte compte maintenant recréer les mêmes conditions favorables pour les startups spécialisées dans les paiements mobiles et les monnaies digitales. Ce que ces politiques publiques ont en commun est qu’elles ont réglementé les nouvelles technologies de manière à attirer des entreprises spécialisées et créer des emplois dans ces secteurs émergents. Les drones, les voitures autonomes, les paiements mobiles - tous font partis de secteurs émergents avec un grand avenir, notamment en Afrique. En effet, en facilitant le développement de ces technologies au Maroc, le pays sera le mieux placé pour en tirer les bénéfices aux niveaux nationaux et régionaux.

Tout ceci nécessite une adaptation des institutions pour prendre exemple sur les meilleures pratiques du reste du monde, comme Singapour a su le faire. Lee Kuan Yew, le Premier ministre fondateur de Singapour, disait qu’il avait pu transformer Singapour en pays développé car aucun problème n’était unique à son pays. Et donc, il envoyait des équipes étudier les meilleures solutions d’autres pays pour les adapter au sien.  Dans ce cadre, nous ferions bien de prendre exemple sur Singapour et de tirer les leçons des meilleures pratiques en matière de développement. Ceci impliquerait la création d’une structure institutionnelle avec une légitimité qui permettrait au Maroc de mieux s’adapter aux défis imprévisibles de notre temps. Tandis qu’il est important de se préparer pour l’après-Covid, il est encore plus impératif d’être prêt a affronter la prochaine crise qui pourrait frapper. Prendre exemple sur les meilleures pratiques du reste du monde nous permettrait ainsi donc d’être plus résilient dans les années à venir.

                                                                                  

Les enjeux de la formation professionnelle

Pour maximiser les effets bénéfiques de ces investissements, il faut également mettre en œuvre une stratégie de formation professionnelle pour que les Marocains puissent travailler dans ces secteurs émergents. Au Costa Rica, ceci avait été initié au niveau du système scolaire. D’autres réformes avaient été entreprises pour créer des écoles secondaires techniques qui permettraient d’enseigner le cursus régulier avec un aspect complémentaire de formation professionnelle. Ces programmes auraient l’effet d’encourager les jeunes à ne pas abandonner le système scolaire en leur enseignant des compétences qui ont des utilités directes dans le marché du travail.  Au Chili, le gouvernement avait en 2014 mis en avant un programme massif de formation professionnelle pour combattre le fort taux de chômage des femmes et des jeunes dans le pays. Ce programme, Mas Capaz, enseignait des compétences liées à des secteurs émergents. En trois ans, il aura permis de former 245.000 personnes, dont la quasi-totalité faisait partie des deux quintiles les plus démunis. Deux tiers de ces personnes trouveront un emploi dans l’année après avoir complété le programme. Mis en avant en 2014 et mis en effet en 2015, Mas Capaz est un exemple de réussite pour les pays voulant rapidement former des centaines de milliers de personnes avec des compétences utiles pour le marché du travail.

 

 

 

 

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