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Economie

«Le risque sur l’ordre mondial, bien qu’il soit élevé, n’est pas insurmontable…»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5752 Le 30/04/2020 | Partager
Crise du multilatéralisme, montée du populisme, long désengagement de l’Etat… sur la liste des contraintes
Organes et institutions internationales pointés du doigt
Un «Conseil de sécurité sanitaire» pour faire face aux risques globaux
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Pr Jamal Machrouh: «L’Histoire nous apprend que c’est dans les moments de tragédie que naissent les grands projets d’Organisations internationales. C’est pourquoi, il faut garder l’espoir de voir la crise actuelle se transformer en une opportunité pour renforcer l’ordre mondial…» (Ph. JM)

Plutôt que d’apporter une réponse commune, les Etats fonctionnent en isolation clinique et le système institutionnel, aussi bien multilatéral que régional, peine à concevoir une stratégie d’ensemble. A travers une analyse géopolitique de la crise sanitaire actuelle, Jamal Machrouh, l’auteur de la publication «Coronavirus, risque global et ordre» et Senior Fellow au Policy Center for the New South (un think-tank marocain) partage quelques pistes de réflexion.

- L’Economiste: A travers votre analyse, vous jugez que la mobilisation durant cette période de crise sanitaire mondiale est insatisfaisante. Les Etats marchent en ordre dispersé. Quelles sont les principales contraintes?
- Jamal Machrouh:
Schématiquement, il est possible de souligner trois principales contraintes: la crise du multilatéralisme, la montée du populisme et le long désengagement de l’Etat de ce qui constituait jadis le vif de ses domaines régaliens. Précisons, d’emblée, que les trois contraintes relevées ne sont pas nées avec la pandémie du Covid-19. Bien au contraire. Ces contraintes s’inscrivent dans la continuité de tendances lourdes qui ont marqué les relations internationales depuis des années. D’abord, la crise de multilatéralisme ne fait, aujourd’hui, que réaliser sa terrible plénitude. La mécanique globale de la gouvernance mondiale était grippée depuis fort longtemps, comme en témoigne le blocage de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sa marginalisation totale de la gestion de la guerre commerciale que se livraient et se livrent encore Américains et Chinois. Ensuite, le populisme est devenu une donnée stable du paysage politique mondial. Les forces de repli national et de rejet de l’autre ont le vent en poupe, non seulement dans des pays comme la Hongrie de Victor Orban mais aussi dans des pays mondialement reconnus pour leur humanisme et tolérance, tels que la Suède où le parti des «Démocrates Suédois», de tendance extrême droite, a réalisé une percée inquiétante au Riksdag, le parlement suédois. Enfin, le long désengagement de l’Etat des secteurs jugés non-productifs, comme celui de la santé, a eu comme conséquence la fragilisation des systèmes de santé, y compris dans les Etats classés au sommet de l’Indicateur de Développement humain. La jonction de ces trois contraintes explique, en bonne partie, le déficit de solidarité et de coopération qui rythme l’action des Etats dans la bataille engagée contre «l’ennemi universel de l’Humanité».

- Conseil de Sécurité, OMS…  vous exprimez de sérieux doutes sur la capacité des organes et institutions internationales à gérer la crise en vigueur. Que leur reprochez-vous?
- Deux critiques pourraient être formulées à l’endroit de ces deux institutions capitales dans la bataille contre le Covid 19. Premièrement, la politisation excessive qui entache leur fonctionnement. Il est tristement constaté que le Conseil de Sécurité des Nations unies n’arrive toujours pas à adopter une résolution pour tracer la feuille de route qui devrait guider les nations dans la guerre menée contre la pandémie. Il semblerait qu’une bataille sémantique entre Américains et Chinois au sujet de l’appellation de la pandémie soit la cause de la paralysie du Conseil. Un spectacle absurde, lorsqu’on sait que la moitié de la population mondiale vit une situation de confinement. Pareillement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pourtant présumée être apolitique, n’échappe pas aux enjeux d’influence et aux rapports de force entre les grandes puissances. Les Etats-Unis ont notamment reproché à l’OMS «d’avoir aidé la Chine à dissimuler la gravité réelle de la pandémie et de s’être alignée, sans examen critique, sur les informations partagées par les autorités chinoises». Deuxièmement, la dégradation dans la performance des actions des deux institutions. Comparée avec le passé, la performance dans la gestion de la crise actuelle, aussi bien par le Conseil de Sécurité que par l’OMS, enregistre des résultats plutôt négatifs. A titre d’exemple, en 2014, dans une affaire moins grave, le Conseil de Sécurité a qualifié dans une résolution adoptée à l’unanimité de ses membres l’épidémie d’Ebola de menace grave à la paix. Mieux encore, le Conseil a décidé la création d’une mission sanitaire d’urgence pour enrayer la maladie. Le contraste avec la situation d’inertie actuelle est flagrant.

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«La mécanique globale de la gouvernance mondiale était grippée depuis fort longtemps, comme en témoigne le blocage de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sa marginalisation totale de la gestion de la guerre commerciale que se livraient et se livrent encore Américains et Chinois…» (Ph. AFP)

- Comment jugez-vous la démarche de l’Union européenne dans cette «guerre» contre le coronavirus?
- Il nous semble qu’il est difficile de parler d’une démarche commune à l’Union européenne. Les observateurs avaient été unanimement choqués de voir les cris d’alerte d’une Italie en proie à la pire crise sanitaire de son histoire moderne, ignorés par ses partenaires européens. Pourtant, le droit communautaire prévoit depuis 2001 un mécanisme d’aide à ses membres dans des situations d’urgence de grande ampleur. Il s’agit, en l’occurrence, du «Mécanisme Européen de protection civile». Un tel mécanisme a été masqué par la panique à bord du bateau européen qui semblait naviguer à vue. Ce n’est que très tardivement que l’Union a saisi l’ampleur de son manque de solidarité à l’endroit de l’Italie et que la présidente de la Commission européenne a présenté des excuses à Rome au nom de l’Union. Mais, à bien des égards, le mal est déjà fait. Ainsi, après le tremblement du Brexit qui a émis de sérieux doutes sur l’avenir de l’Union, la «tragédie de l’abandon de Rome» risque fort d’altérer ce qui reste du capital de sympathie des citoyens européens vis-à-vis de leur structure communautaire, voire de sa raison d’être.

Biographie

Jamal Machrouh est professeur de relations internationales à l’Ecole nationale de Commerce et de gestion, Université Ibn Toufaïl, Kénitra et Senior Fellow au Policy Center for the New South, anciennement OCP Policy Center, où il se concentre sur les questions de géopolitique et de relations internationales. Machrouh est maître de conférences au Collège royal des études militaires avancées de Kénitra et à l’Université Södertörn de Stockholm, en Suède. Il est l’auteur d’un livre intitulé Justice et développement dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce et de divers articles traitant des relations internationales et de la géopolitique.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

                                                                 

Comment éviter le pire en Afrique

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Pour le Pr Jamal Machrouh, «l’Afrique est jusqu’à présent quelque peu épargnée. Comparé aux autres continents, le nombre total des personnes contaminées, reste peu élevé. Toutefois, le spectre de la pandémie guette chaque jour un peu plus les pays africains. Comment éviter le pire? C’est une question vitale.

Car, contrairement aux autres continents, qui ont été jusqu’à l’heure durement touchés, l’Afrique demeure fragile, les systèmes de santé y sont rudimentaires, les économies nationales sous-développées et la sécurité alimentaire pourrait y être rapidement ébranlée estime l’expert. Pire encore, «il y a fort à craindre que des réseaux terroristes et des velléités séparatistes profitent de la pandémie pour semer le chaos dans bien des pays africains».

En somme, pour tenter d’éviter le pire, «deux choses paraissent, à mon sens, vitales: le renforcement de la coopération régionale dans le cadre des Communautés économiques régionales et ne pas trop miser sur une aide internationale qui reste dans le contexte actuel improbable».

 

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