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Economie

Maroc/Turquie: Importations massives: Halte aux abus!

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5677 Le 16/01/2020 | Partager
L’épineux sujet de l’ALE au coeur de la visite de la ministre turque du Commerce
Effets pervers de l’accord, garde-fous, mesures d’encadrement et de soutien… Les enjeux
Les exportations turques sont montées à 2,3 milliards de dollars en 2019
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Moulay Hafid Elalamy accueillant hier à Rabat Ruhsar Pekcan, la ministre turque du commerce. Le déséquilibre commercial entre le Turquie et le Maroc se creuse d’année en année. En 2019, les exportations de la Turquie vers le Maroc ont augmenté de 16% pour atteindre 2,3 milliards de dollars. En même temps, les importations turques en provenance du Maroc ont baissé  de 3,5% pour s’établir à 690 millions de dollars (Ph. Bziouat)

Ruhsar Pekcan, la ministre turque du Commerce, fait de la diplomatie économique. Elle est depuis hier, mercredi 15 janvier, en visite au Maroc dans le cadre d’une tournée africaine. Objectif: explorer de nouvelles opportunités de coopération commerciale. La ministre arrive au Maroc après une visite de deux jours (13 et 14 janvier) au Nigéria.

Au programme, des rencontres avec Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, et bien évidemment Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie numérique.

Une réunion du comité mixte de l’accord de libre-échange (ALE Maroc-Turquie) est également prévue pour aborder l’épineux dossier des exportations massives de la Turquie vers le Maroc, notamment dans le textile-habillement. Les Turcs viennent au Maroc avec une démarche soft et diplomatique de manière à renégocier les termes de l’accord au lieu d’y mettre fin.

Dans ce même contexte, les exportations turques  vers le Maroc ont augmenté de 16% pour atteindre 2,3 milliards de dollars en 2019. Sur la même période,  l’import turc en provenance du Maroc aura  baissé de 3,5% pour s’établir à 690 millions de dollars.

Les difficultés commerciales avec la Turquie font grincer des dents, notamment chez les textiliens. Lors d’une intervention au Parlement le 13 janvier dernier, Moulay Hafid Elalamy a tenu à préciser que l’économie marocaine perd chaque année 2 milliards de dollars de l’ALE avec la Turquie. D’où la renégociation des termes de l’accord (ALE) qui pourrait donner un nouveau départ aux échanges avec des solutions plus équilibrées.

Les enjeux sont multiples (protection du textile made in Maroc, difficultés pour les franchises à écouler leurs produits, compétitivité du produit local, sauvegarde des unités de production marocaines, préservation de l’emploi...). Mais il va sans dire que l’agressivité commerciale des textiliens et des franchises de prêt-à-porter turc (LC Waikiki, DeFacto, Koton...) est de plus en plus redoutable.

Le tout sur fond d’un meilleur rapport qualité/prix que le produit local. Il n’y a pas photo avec le produit made in Maroc. Mais il faut dire que les Turcs  bénéficient d’une subvention étatique à l’export. Les textiliens marocains ne ratent aucune occasion pour pointer du doigt les subventions pléthoriques et les pratiques déloyales des exportateurs qui ont des capacités de production disproportionnées… pour expliquer la léthargie dans laquelle est plongé le secteur.

«Les Turcs sont agressifs. Et c’est de bonne guerre! Maintenant, c’est à nous de réinventer le modèle», soutient un expert. Le Maroc figure parmi les 17 pays mis en évidence dans le plan directeur des exportations de la Turquie, publié en septembre 2019. Ce plan se fixe comme objectif d’augmenter les exportations dans cinq secteurs principaux: machines, automobile, électricité et électronique, chimie et alimentation.

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Les importations réalisées dans le cadre de l’accord avec la Turquie continuent d’augmenter, enregistrant en 2018 une hausse de 14,7%, soit 2 milliards de DH de plus

Dans une récente tribune parue à L’Economiste (cf. édition n°5676 du 15 janvier 2020), Marie-Sophie Dibling et Hervé Jouanjean, experts de l’UE, soutiennent que les accords de libre-échange n’étant pas gravés dans le marbre, il est possible de renégocier les conditions de l’accord avec le partenaire turc, voire le dénoncer pour qu’il arrête de produire ses effets pervers.

L’enjeu est de tenir compte de certaines sensibilités, mettre en place des garde-fous, voire des mesures d’encadrement et de soutien. Cette marge de manœuvre est prévue dans l’article 39 (2) de l’ALE. Selon cette clause, «chaque partie peut dénoncer l’accord en adressant une notification écrite à l’autre partie». La disposition précise que l’accord prendra fin le premier jour du septième mois suivant la date de la notification. Cependant, les conséquences économiques d’une dénonciation restent à évaluer.

Marie-Sophie Dibling et Hervé Jouanjean rappellent que des chaînes de valeur ajoutée construites sur la base d’accords existants ont été développées. C’est le cas par exemple sur la base des règles d’origine et de cumul prévues pour favoriser l’intégration euro-méditerranéenne. Tout retrait de l’ALE avec la Turquie pourrait mettre en péril certains équilibres ou objectifs politiques ou encore affecter des secteurs ayant construit leur développement sur ces chaînes de valeur ajoutée». C’est dire qu’il n’existe pas de solution technique immédiate qui pourrait pallier ces effets pervers.

Concurrence déloyale

L’accord de libre-échange entre le Maroc et la Turquie, signé en 2004 et entré en vigueur en 2006, s’est avéré désavantageux pour le Royaume. «Nous avons constaté qu’il y avait des abus en termes d’exportations massives. Nous avons décidé au niveau du département du Commerce extérieur, des Finances et de la Douane d’arrêter de subir un combat total avec nos partenaires turcs, parce que nous considérons que c’est de la concurrence déloyale», a déclaré Moulay Hafid Elalamy, le 13 septembre dernier, lors de l’Université d’été de la CGEM. Le ministre a rappelé qu’il allait «défendre bec et ongles les entreprises marocaines contre les agressions ainsi que les cas de transgression des règles de l’OMC ou du libre-échange. Mais quand il s’agit d’entreprises peu compétitives sur le plan technique ou commercial, «on n’y peut rien». Le Maroc veillera toujours à respecter les règles de l’OMC, mais dans les deux sens, a insisté le ministre.

M.Ko.

 

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