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    Généralisation du préscolaire: Comment éviter le scénario du simple «gardiennage» d’enfants?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5651 Le 10/12/2019 | Partager
    Progression impressionnante du taux de préscolarisation depuis 2018
    Mais d’énormes défis pour garantir la qualité de l’offre en place
    Des éducateurs peu qualifiés et sous payés, une tutelle écla­tée, faible contrôle…
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    Moins de la moitié des 4-5 ans préscolarisés, cacophonie pédagogique, absence d’un cadre curriculaire, multipli­cité des intervenants et des tutelles, faible qualification des éducateurs, dont 70% sont des femmes et 66% n’ont même pas le bac, prédominance du modèle tradition­nel… Voilà à quoi ressemblait le présco­laire il y a encore deux ans. Ce secteur, pourtant stratégique, était le parent pauvre de la réforme éducative pendant des décen­nies, sans budget et sans stratégie.

    Ce sombre tableau pourrait-il bientôt relever de l’histoire ancienne? Le minis­tère de l’Education nationale s’aventure même à annoncer la généralisation de la scolarisation des 4-5 ans d’ici 2024-2025, donc d’ici cinq ans. C’est ce qu’a déclaré son secrétaire général, Youssef Belkacemi.

    Il prenait part, mercredi dernier à Casa­blanca, au colloque africain sur la qualité de l’éducation de la petite enfance, et la professionnalisation des éducateurs. Un évènement co-organisé par le ministère, l’Unesco et l’Organisation internationale du travail (OIT), en partenariat avec plu­sieurs entités, dans lequel 18 pays étaient représentés.

    Un miracle? Pas vraiment. Dès le lan­cement du programme national de généra­lisation et de développement du préscolaire en juillet 2018, une véritable dynamique nationale s’est enclenchée, avec pour ob­jectif d’atteindre 100% d’enfants préscola­risés d’ici 2027-2028.

    Toutes les académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref) se sont mobilisées pour aménager des classes préscolaires au sein des écoles primaires. «Mais il n’est nullement ques­tion de fusionner les deux cycles», tient à préciser Belkacemi. Près de 1.468 classes ont été réhabilitées et équipées.

    Pour ce chantier, les académies s’ap­puient sur des partenaires, notamment des ONG. En 2018-2019, quelque 2.951 par­tenariats ont été noués. Le ministère s’est également associé à l’INDH qui s’est en­gagée à ouvrir 15.000 classes préscolaires, notamment en milieu rural.

    En plus des classes et infrastructures, les Aref offrent, pour la première fois cette année, des sub­ventions annuelles. Les associations, pour leur part, recrutent, forment et rémunèrent les éducateurs. Ces derniers ne relèvent donc pas directement du ministère. «C’est le schéma le plus courant à l’internatio­nal», fait remarquer Belkacemi.

    En une année, entre 2018 et 2019, le taux national de préscolarisation est passé de 49 à 55,7%, augmentant de presque 6 points (voir illustration). «Le bilan de cette première année est très encourageant. Nous avons établi un plan d’action pour la deuxième année du programme, que nous avons inclus dans le budget 2020. Cette ex­périence prometteuse pourrait être partagée avec d’autres pays africains», se félicite le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, qui a assisté à la séance d’ouver­ture du colloque.

    «Nous sommes ravis que le Maroc ait fait de la petite enfance une priorité, et qu’il ne se soit pas découragé par le coût de la généralisation du présco­laire. De notre côté, nous nous engageons à l’aider à trouver des sources de finance­ment», déclare Golda El-Khoury, directrice et représentante du bureau de l’Unesco pour le Maghreb. En 2019, près de 1,35 milliard de DH ont été alloués au secteur. Le programme de généralisation nécessi­tera au total 30 milliards de DH et plus de 55.000 éducateurs.

    Mais peut-on pour autant crier victoire? Il existe actuellement un déficit énorme en éducatrices et éducateurs qualifiés, à même d’assumer cette délicate mission que re­présente l’éducation de la petite enfance. Les profils en place sont faiblement pré­parés, majoritairement non diplômés et nécessitent des programmes de formation intensifs et coûteux. Leur rémunération est souvent dérisoire.

    Ceux embauchés par les ONG sont parfois payés 1.600 DH par mois. Et avec de petits salaires, difficile d’atti­rer de grandes compétences. Risque-t-on de répéter la même erreur que dans le primaire qui, aujourd’hui généralisé, offre une piètre qua­lité d’apprentis­sage? Selon la Banque mon­diale, les deux tiers des lauréats du primaire ne possèdent pas les compétences minimums en lecture et compréhension, et sont ainsi quasi illettrés.

    En ouvrant des classes à tour de bras pour les tout-petits sans éducateurs qualifiés, ne risque-t-on pas de transformer la générali­sation de l’éducation préscolaire en opéra­tion géante de «gardiennage» d’enfants…? «Notre objectif n’est pas la massification. L’idée est de généraliser un préscolaire de qualité», assure le SG du ministère.

    Outre l’augmentation de la capacité d’accueil dans le public, l’Education na­tionale a conçu un référentiel pédagogique propre à ce cycle scolaire. Jusque-là, la norme était le bricolage. Néanmoins, la bataille sera difficile pour généraliser ce référentiel à tous les intervenants: minis­tère des Habous, Jeunesse et Sports, En­traide nationale, ONG... Des normes de qualité ont également été élaborées et des formations ont été organisées. L’an dernier, 11.000 éducateurs ont été formés, selon le ministère de l’Education nationale.

    Les Aref de Casablanca et d’Agadir, pour leur part, ont travaillé sur des «valises péda­gogiques» avec des ressources gratuites à l’intention de tous des éducateurs, dispo­nibles sur internet. L’académie de Casa­blanca prévoit d’éditer la version papier incessamment. Des centres de ressources pédagogiques pour le préscolaire ont, en outre, été créés dans les provinces.

    Les Aref continuent leurs efforts et pro­mettent une progression significative au terme de cette année scolaire. Néanmoins, difficile d’avancer correctement sans un système de contrôle, d’évaluation et d’as­surance qualité.

    Un dispositif de formation encore limité

    Globalement, le potentiel de formation reste limité par rapport aux besoins du secteur. Seulement une ou deux universités proposent des filières d’éducation de la petite enfance. Quelques centres privés et associations sont également actifs dans le domaine. L’OFPPT, quant à lui, ne s’est positionné sur le secteur qu’en 2016, à travers un partenariat avec la Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire (FMPS), avec une première promotion de 34 lauréats. Au terme de cette année, l’Office aura formé 2.235 personnes dans trois spécialités: Educateur spécialisé dans la petite enfance (technicien spécialisé), aide éducateur spécialisé en préscolaire (technicien) et éducateur spécialisé en préscolaire (formation qualifiante pour bac+2). En raison de la rareté des profils compétents, les lauréats trouvent de l’emploi avant même leur diplomation, selon les responsables de l’Office. Le cursus reste, cela dit, peu connu auprès des jeunes.

    Ahlam NAZIH

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