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    Médias

    Déontologie, éthique... les recettes pour dépasser la crise

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:5647 Le 04/12/2019 | Partager
    Autoréguler le secteur pour éviter les dérapages, une nécessité vitale
    Le Conseil national de la presse, le choix du Maroc
    Des organismes similaires étrangers ont croisé leurs expériences à Tanger
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    La rencontre internationale de Tanger est un événement inédit organisé par le Conseil national de la presse et où se sont réunis une dizaine de représentants et responsables de conseils de presse étrangers de Grande-Bretagne, d’Irlande, du Canada, de Belgique, du Bénin, notamment. Younes Moujahid, président du CNP et Fatima-Zahra Ouriaghli, vice-présidente du Conseil, officiant les cérémonies d’ouverture et de clôture du colloque (Ph. Adam)

    Lors de la dernière décennie, la crise existentielle qui ravage le monde de la presse n’a cessé d’enfler. A la crise économique s’ajoute une autre plus insidieuse et qui touche la confiance des lecteurs. Les rumeurs, ou leur pendant moderne, les fake news, ont fini par enfoncer le couteau dans la plaie, alors que le monde est pris d’assaut par la digitalisation.

    Quel rôle dans ce contexte peuvent jouer les organes de régulation? Certains les peignent comme étant des tribunaux d’inquisition alors que pour nombre d’observateurs, il s’agit d’organes d’autorégulation qui devraient permettre au secteur de la presse de se développer et d’en traquer les déviations.

    Fenêtre historique

    Très attendu après des années de discussions et de négociations, le Conseil national de la presse (qui vient de fêter son premier anniversaire) est une véritable fenêtre historique pour les médias au Maroc qui, comme partout dans le monde, connaissent de grands bouleversements avec la révolution digitale, la nouvelle façon de consommer l’information, la crise de la presse écrite, les dérives, l’intox, l’installation d’une certaine défiance vis-à-vis de la profession…

    «Le rôle du CNP, organe d’autorégulation du secteur, dépasse celui de la déontologie pour inclure aussi celui de la réglementation de l’accès à la profession ainsi que son développement», explique Younes Moujahid, président du Conseil national de la presse lors du colloque international, organisé par le CNP, tenu le week-end dernier à la Maison de la Presse de Tanger avec pour thème «La refonte du journalisme: Comment les systèmes d’éthique et de responsabilité des médias doivent-ils s’adapter?».

    Ce rendez-vous, premier du genre au Maroc, a réuni plusieurs experts nationaux et internationaux, provenant de Grande-Bretagne, d’Irlande, du Canada, du Bénin, de Palestine, des Etats-Unis, notamment. Le CNP ne se limite pas à un simple rôle de «gendarme»  ou «d’émetteur» de cartes de presse, sa mission est de restaurer le cœur du métier de journaliste et des médias et de réaffirmer le droit des citoyens à une information crédible, rigoureuse, transparente et équilibrée. Sa mission également est de marquer le renouveau de l’information et des bonnes pratiques professionnelles.

    D’ailleurs, le CNP est tenu de présenter un rapport annuel sur la liberté de la presse qui sera publié dans le Bulletin officiel pour lui donner un caractère plus solennel. De même, le Conseil a rédigé une charte de déontologie, elle-même publiée au Bulletin officiel du 29 juillet 2019.

    «Ce corpus référentiel des bonnes pratiques journalistiques est un premier document du genre qui sera une source d’immunité, de réparation de préjudice et d’équité. Cette charte a pour objet de rappeler les principes essentiels d’indépendance, de liberté et de fiabilité de l’information, et de préciser les droits et devoirs des journalistes», souligne Meriem Oudghiri, membre du CNP.  «La pratique du métier est à la croisée des chemins. Sans jeu de mots, le journalisme n’a plus bonne presse de nos jours», insiste-t-elle.

    Etre lié par un pacte d’honneur

    C’est pour cela qu’il est nécessaire de revenir aux fondamentaux du métier avec une charte de déontologie qui permettra de séparer le bon grain de l’ivraie. D’autre part, l’autorégulation que permettent les organismes tels que les Conseils nationaux de presse, «vise à instituer les principes en matière de déontologie et de respect des droits de la personne ainsi que de l’exactitude des informations». Elle favorise non seulement la qualité des médias, elle témoigne aussi du sens de leurs responsabilités.

    Cette autorégulation a déjà donné ses premiers fruits. Le Conseil a commencé à recevoir des plaintes, dont la plupart traitant de la diffamation. «Le journaliste doit être conscient qu’il exerce un métier noble et sacré et doit le pratiquer comme s’il était lié par un pacte d’honneur avec son lectorat», estime Mike Jempson, représentant du Conseil de la presse en Grande-Bretagne.

    Les missions des divers conseils de presse varient d’un pays à l’autre et chaque organisme revêt un caractère unique qui tient à l’histoire et à l’environnement médiatique particulier de son pays. En Irlande, comme l’explique Michael Foley, le Conseil de presse peut fonctionner en corrélation avec un Médiateur ou Ombudsman, endossant une mission d’examen de premier ressort ou de filtrage des plaintes.

    «Depuis notre démarrage, diverses questions ont traversé l’histoire de notre conseil de presse, telles que l’intérêt général, le respect de la vie privée, le traitement des personnes fragiles et vulnérables, celle de la préemption d’innocence, notamment», explique Muriel Hanot, Secrétaire générale du conseil de déontologie journalistique belge. Créé en 2009, cet organe d’autorégulation des médias francophones et germanophones de Belgique est composé de représentants des éditeurs, des journalistes, des rédacteurs en chef et de la société civile. Il exerce trois fonctions: d’information, de médiation et de régulation.

    Du côté du Québec, le conseil de presse est un organisme privé, à but non lucratif, qui œuvre depuis plus de quarante ans à la protection de la liberté de la presse et à la défense du droit du public à une information de qualité. Ce Conseil est donc né des besoins convergents et des inquiétudes communes de ces trois composantes. Il est tripartite, son conseil d’administration et tous ses comités étant composés de journalistes, de membres désignés par les entreprises de presse et de représentants du public.

    «En comparaison à d’autres contrées, au Québec les entreprises de presse croient en ce Conseil et selon une récente étude, 83% des québécois disent faire confiance aux journalistes», souligne Caroline Locher, représentante du Conseil de presse du Québec.

    Durant le colloque international, différentes expériences ont été exposées avec une finalité commune: contribuer à une information de qualité et au droit des citoyens d’être informés correctement. Autrement dit, conscientiser le métier et redonner confiance au public vis-à-vis des médias. Pour de nombreux intervenants, un conseil de presse est l’une des réponses à la crise de confiance du public envers les médias et aux tentatives de manipulation de l’information. 

    Et la déontologie est l’enjeu majeur de la sauvegarde du journalisme de qualité.

    La charte déontologique, un outil contraignant

    La Charte de déontologie élaborée par le CNP a été publiée au Bulletin officiel du 29 juillet 2019.
    Ce processus a été marqué par l’adoption d’une approche participative, dans laquelle le CNP a impliqué des instances et personnalités académiques, médiatiques ainsi que des institutions des droits de l’homme.
    Les responsables du CNP ont prévu des campagnes de sensibilisation, des journées d’études ainsi que des réunions avec les journalistes et les éditeurs pour les sensibiliser à la charte, une première réunion a déjà eu lieu à Casablanca le 15 novembre dernier, elle sera suivie par d’autres villes.
    Cette charte met en place une série de principes à respecter. Elle est répartie en 4 axes: «Responsabilité professionnelle», «Responsabilité sociétale»,  «Indépendance et probité» et «protection et droits des journalistes».
    La charte de déontologie insiste dans son préambule qu’il s’agit d’un «outil juridique contraignant pour la consécration des règles du comportement professionnel». En fait, tous ces fondamentaux (indépendance, liberté, transparence, honnêteté de l’information…) vers lesquels devra tendre la profession. Selon la Charte, le journaliste doit porter un regard critique sur l’information, exercer rigoureusement son métier, collecter et vérifier les informations indépendamment de toute pression extérieure. Il doit s’interdire toute manipulation ou plagiat, ne pas relayer les rumeurs, éviter le sensationnalisme, les approximations et les partis pris. Ils doivent éviter tout lien d’intérêt avec les acteurs des secteurs sur lesquels ils écrivent. Enfin, l’une des principales nouveautés de la charte de déontologie est le droit à l’oubli. Il s’agit d’un principe mis en pratique à l’international, qui permet à un individu de demander le retrait du web de certaines informations qui pourraient lui nuire sur des actions qu’il a effectuées par le passé.

                                                                                      

    Les réseaux sociaux, concurrent ou allié?

    Les dérapages dans le monde de la presse ne sont pas une spécificité marocaine, loin s’en faut. Tous les pays ou presque connaissent de tels phénomènes et la plupart ont opté pour un système d’autorégulation, même si les cheminements ont été différents. Par exemple, en Palestine, il était question pour la presse de faire face à la machine de propagande israélienne alors qu’au Québec, il est question de limiter la puissance de grands groupes de presse.

    Lors des dix dernières années, le secteur de la presse a grandement souffert. L’ennemi juré ce sont les réseaux sociaux Facebook, Twitter et autres qui ont «phagocyté» une bonne part de la base des lecteurs que les journaux papier et électronique ont mis des années à fidéliser. Une tendance que l’on retrouve à l’échelle de l’ensemble de la société avec une digitalisation qui menace tous les secteurs dans une économie «ubérisée».

    Ces réseaux sociaux ont permis aux rumeurs, phénomène pernicieux aussi vieux que le temps de se gonfler et de se propager à la vitesse de la lumière. «Les fake news sont des incidents collatéraux de l’instantanéité des échanges permis aujourd’hui», note Abdelmounaim Dilami, membre du CNP.

    Certains comme Zuliana Lainez Otero, journaliste du Pérou, contestent l’utilisation de ce terme. Cette dernière qui porte aussi la casquette de syndicaliste, préfère utiliser le terme de désinformation pour éviter l’amalgame. Selon elle, la désinformation est l’œuvre de groupes de pression avec des agendas bien précis alors que les «news» sont l’œuvre de journalistes qui ont l’obligation de recouper les informations après leur collecte. Et en cette période de désinformation, le besoin d’avoir des journalistes et une presse «professionnelle» se fait de plus en plus sentir pour contrer les dérapages que permettent les réseaux sociaux.

                                                                                      

    Verbatim

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    ■ Abdelmounaim Dilami (CNP): «Le vrai enjeu pour la presse est de savoir comment s’adapter à tous ces changements qui touchent notre métier. En fait c’est une question que l’on se pose dans toutes les professions et métiers.
    Dans l’enseignement par exemple, ils ont le même problème: l’enseignement d’aujourd’hui ne correspond plus à celui d’il y a 20 ans. Et nulle part on n’a pas encore trouvé la formule pour s’adapter à toutes ces mutations».

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    ■ Anthony Bellanger  (secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes): «La notion d’urgence ou d’immédiateté ne doit pas prévaloir en aucun cas sur la nécessité de vérifier les faits. Il faut faire vite, certes, mais il faut faire bien».

     

     

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    ■ Larry Goldbetter (USA): «La crise actuelle dans la presse c’est aussi une question d’emplois: 30.000 de moins dans les rédactions américaines entre 2008 et 2018 alors que Facebook et Google se partagent 75% du budget total de publicité».

     

     

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    ■ Caroline Locher (Québec): «Depuis sa création en 1973, les fondamentaux du Conseil de presse du Québec sont resté intacts. Il a traversé plusieurs tempêtes et il est encore debout. Les plaintes introduites auprès du conseil sont gratuites et les sanctions purement morales. Si les journalistes ont la liberté d’expression, le Conseil a la liberté de se prononcer».

     

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    ■ Jim Boumelha (Grande-Bretagne): «Malgré tout, le public continue d’être assoiffé d’information et beaucoup de journalistes se battent pour aller de l’avant. Le futur est certes complexe mais pas noir».

    Ali ABJIOU

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