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    Chronique

    L’Espagne face à ses régions, sa droite dure et sa croissance

    Par Robert LANQUAR | Edition N°:5450 Le 11/02/2019 | Partager

    Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. Privée)

    Cette année, l’Espagne, notre plus proche voisin, affronte de multiples défis, politique, social, économique et même touristique. Va-t-elle basculer après les élections municipales, régionales et européennes de mai 2019 dans un populisme anti-migratoire, nationaliste et protectionniste? Vox, nouveau parti espagnol qui représente l’extrême-droite activiste, vient en Andalousie, région autonome, de donner le pouvoir à une droite conservatrice après trente-six ans de gouvernement socialiste progressiste.

    Expulser 52.000 personnes

    Les négociations en Andalousie pour le nouveau gouvernement ont porté sur une série de mesures rétrogrades après que Vox ait formulé des exigences à ses partenaires du Parti populaire de droite et de Ciudadanos de centre-droit, sur l’expulsion de 52.000 immigrants. (Voir aussi encadré). En plus, le parti Vox  aurait reçu plus de dons que tous les partis de droite réunis, sommes dont on ne connaît pas tout à fait la provenance!

    L’autre défi politique est celui de l’indépendantisme catalan. Malgré la confusion qui s’est étendue ces dernières semaines entre partis indépendantistes et républicains, il semble bien que le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez ait calmé le jeu.

    C’est d’ailleurs ce qu’on lui reproche en attaquant ses multiples concessions: abrogation du recours à l’article 155 de la Constitution espagnole de 1978 permettant la suspension de l’autonomie de la Catalogne, plus d’investissements publics en Catalogne, encouragements aux entreprises pour ne plus quitter leur siège social de Barcelone et des provinces de Catalogne (rappelons que plus de 4.000 l’ont fait depuis le 1er octobre 2017 jusqu’à l’automne 2018,) et surtout acceptant le renforcement de la langue catalane à la radio, la télévision et dans les écoles publiques au détriment du castillan espagnol. 

    Le budget général de l’Etat présenté aux Cortes (Parlement espagnol) ne sera approuvé qu’avec l’appui des groupes représentants les autonomies (régions) espagnoles depuis les Canaries au Pays basque, la Galicie et surtout la Catalogne.

    Programmes irréalistes  pour les régions?

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    Les revendications régionales sont minoritaires mais activistes, elles sont nécessaires pour former les gouvernements. Elles dictent donc leur politique aux grandes formations et  lancent des actions faciles mais spectaculaires pour appuyer leurs souhaits (Ph. Afp)

    Nombreux sont ceux qui le trouvent irréaliste et incertain, trop social, sinon pour quelques-uns «nocif pour l’Etat-providence». Cependant, il prévoit des mesures permettant d’alléger ou de restructurer la dette des communautés autonomes, les aidant à reprendre leur capacité d’initiative locale en faveur de la transition énergétique, d’une mobilité propre, de l’innovation technologique et de l’intelligence artificielle appliquée à l’urbanisme et au développement rural.

    Enfin l’Espagne court le risque de la baisse d’activité en Allemagne et en France ainsi qu’à un Brexit très incertain qui n’incite pas les investisseurs internationaux à financer de nouveaux projets en Europe. Le pays a beaucoup souffert depuis 2008 et l’indépendantisme catalan est aussi la conséquence des angoisses des citoyens face à la mondialisation. Son redressement depuis 2014 est considéré comme remarquable.

    Dépendance allemande

    Pour 2018, les chiffres du chômage sont très bons: soit 210.484 demandeurs d’emplois en moins (-6,2% par rapport à l’année antérieure) et 563.965 personnes cotisant à la Sécurité sociale de plus (+3,06%), ce qui lui permet ainsi de franchir la barre «psychologique» des 19 millions de personnes enregistrées avant la crise de 2008. Mais ce chômage est reparti à la hausse en janvier 2019 comme il ne l’avait pas connu depuis 2014.

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    L’imprévisibilité politique a affaibli la Catalogne, première économie d’Espagne: 4.000 sièges d’entreprises ont quitté la ville. Il y a  moins de touristes, plus d’insécurité, ce qui est désormais la principale préoccupation des Barcelonais. Comme le soulignent les journaux catalans, le problème de la délinquance passe maintenant devant celui du logement. Ces journaux s’interrogent aussi sur la stratégie de Manuel Valls, catalan de naissance, ancien Premier ministre français, qui cherche aux élections municipales de Barcelone du 26 mai d’en devenir le maire (Ph. AFP)

    Cependant, alors qu’en 2018 les ventes du commerce de détail auraient très légèrement diminué, on s’attend à une relance de la consommation interne en raison des hausses salariales et de l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel (SMI) à 900 euros, l’une des mesures qui coûtera le plus à l’Etat et dont l’impact a été très apprécié dans l’opinion.

    Selon la CECA, l’Association des banquiers espagnols et son think tank Funcas, si l’économie européenne va bien, l’Espagne continuera de connaître une croissance de plus de 2%, même au-delà de 2020. Le ralentissement aurait pu venir de la consommation des ménages, qui peuvent difficilement réduire leur taux d’épargne, déjà à des niveaux les plus bas historiquement. C’est pourquoi la hausse du smic est bien accueillie malgré les critiques.

    Au-delà de 2020, l’activité économique pourrait atteindre ses limites non inflationnistes. Le taux de chômage descendrait à des valeurs proches de 10%. Certaines régions autonomes comme les îles Baléares, le Pays basque et la Navarre jouiraient d’une situation proche du plein emploi.

    Toutefois, en l’absence de réformes, la qualité de cet emploi restera déficiente. Les comptes extérieurs conduiraient à un solide surplus. La dette publique restera cependant l’un des principaux défis de l’économie espagnole, mais elle serait à la baisse.

    Fêter la chute de Grenade, réduire le droit des femmes…

    En Andalousie, les négociations ont aussi porté sur la réduction drastique des impôts et des dépenses publiques, surtout par la suppression de la plupart des subventions à la société civile, sur le contrôle de la radio et télévision andalouse, pour la création d’un ministère régional de la famille et de la natalité, sur  la protection de la culture populaire, en particulier le flamenco et la tauromachie,  enfin sur le contrôle de la religion musulmane, et même sur la modification du Jour de l’Andalousie qui passerait du 28 février au 2 janvier pour commémorer la chute de Grenade de 1492 et la Reconquête!
    Ce qui a surtout révolté l’opinion publique fut sa demande de supprimer la réglementation régionale sur l’égalité du genre, dont une loi pionnière en Europe de 2004 pour défendre les femmes contre les violences machistes avec diverses mesures comme l’éloignement de l’agresseur du domicile familial, le retrait de son autorité parentale et des peines plus graves pour les hommes.
    Le Parti populaire rejeta cette dernière exigence, tout en acceptant de mettre femmes et hommes à égalité devant la justice familiale. Aux élections de mai 2019, Vox pourrait bien jouer l’arbitre dans d’autres régions autonomes comme Madrid et Valence, en posant des revendications identiques, même si celles-ci ne seront pas complétement acceptées.

                                                                            

    Le néo-tourisme: éviter le surtourisme, augmenter les recettes

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    Les Espagnols se plaignent du surtourisme, ce qui pourrait être une opportunité pour le Maroc si le gouvernement El Othmani avait une politique dans cette direction. Le tourisme espagnol emploie 2,5 millions de personnes (Ph. Ander Guillema, AFP)

    L’Espagne a terminé 2018 avec une stagnation du nombre de touristes (environ +0,8%, soit 82,6 millions d’arrivées internationales). En revanche, les recettes touristiques ont augmenté de près de 3% atteignant les 90 milliards d’euros.

    Le record des arrivées de 2017 est à peine battu, mais les autorités s’en réjouissent en coulisse: cela pourrait signifier une stabilisation de la fréquentation face à l’impact négatif du «surtourisme» sur certaines destinations urbaines et balnéaires comme Barcelone en Catalogne et Palma aux Baléares.

    Les recettes ont permis de relever la valeur ajoutée du tourisme dans le PIB espagnol. Le secteur du tourisme pèserait directement pour plus de 11,7% du PIB. L’emploi a atteint un maximum historique l’été dernier avec 2,5 millions de personnes travaillant dans le secteur, soit une augmentation interannuelle de 4,9%, ce qui lui permet de compter pour 12,8% de l’emploi en Espagne.

    L’autre bonne nouvelle est que cet emploi a connu un autre record en novembre 2018 avec 2,3 millions de personnes employées, ce qui signifie que le tourisme espagnol se désaisonnalise.

    Ces changements pourraient bien s’accentuer dans les prochaines années, car le nouveau objectif admis par presque tous les partis est d’augmenter la qualité de la destination Espagne, de miser sur le tourisme intérieur rural et le tourisme culturel (surtout pour la demande chinoise et asiatique), et partout, d’accélérer le processus de mise en place d’un smart  tourisme basé sur l’intelligence artificielle, les blockchains et les technologies de l’information et de la communication.

     

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