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    Culture

    «L’enfant de Trappes» dans tous ses états

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5430 Le 14/01/2019 | Partager
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     Ayant été largement soutenu à ses débuts par des professionnels, Jamel Debbouze tient aujourd’hui à perpétuer cette transmission en faisant la promotion de jeunes humoristes (Ph.Véronique Fel)

    Touche à tout, humoriste désopilant, acteur troublant et producteur de talent, Jamel Debbouze est devenu le roi incontesté des box office. L’enfant de Trappes, né de parents immigrés, s’est imposé en 20 ans de carrière comme le modèle de toute une génération de Français d’origine maghrébine et pour des centaines de milliers de jeunes issus de l’immigration. Retour sur le parcours exceptionnel de l’une des personnalités préférées des Français, et des Marocains.

    - L’Economiste: Et si on commençait par remonter le temps? Trappes dans les années 90, vous commencez à avoir un certain succès, qu’est-ce qui au début vous a mis sur cette voie?
    - Jamel Debbouze:
    Le besoin de faire partie du groupe, le besoin d’exister, celui de ne pas ressentir l’exclusion, de faire partie de l’album de famille, que ce soit avec ma propre famille, l’école, la société… Le rire est un excellent moyen de communion. Aujourd’hui, je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort car j’ai une vie extraordinaire, mais quand j’ai eu mon accident, j’étais mis au ban et j’avais très envie de faire partie de la fête.

    - La fête est arrivée assez tôt, il y a eu votre passage à Radio Nova, puis Canal+. Quelles sont les personnes qui ont marqué votre parcours, qui ont fait que vous êtes là aujourd’hui?
    - En premier lieu ma mère. En plus de s’occuper de mon père et de ses enfants, elle a toujours été persuadée que j’étais chargé de bonnes intentions et m’a toujours encouragé. Elle a même essayé de prendre un crédit pour m’acheter un micro-cravate, alors que personne n’avait fait de théâtre dans la famille. Elle voulait que je réussisse par les études, mais elle voulait avant tout que je sois heureux. Ensuite des gens comme «Papy» (Alain Degois), qui m’a fait faire de l’improvisation théâtrale, des amoureuses de l’époque qui à travers leur regard te boostent et te donnent des ailes, ensuite très vite les professionnels comme Jacques Massadian le fondateur du magazine Actuel, Alain De Greef, le directeur des programmes de Canal+, le Canard Enchaîné qui a fait le premier article qui a donné aux gens l’envie de venir me voir…Il y avait surtout de la bienveillance, des producteurs qui n’étaient pas des marchands d’aspirateurs, qui ne cherchaient pas juste à combler le vide ou à répondre à l’audience mais à créer et à innover et qui nous ont permis à nous, qui étions de l’underground, à nous exprimer.

    - C’était l’époque des premières scènes à Paris?
    - Oui je faisais des scènes ouvertes au théâtre Le Trévise. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois Gad Elmaleh, Eric et Ramzi, Jean Dujardin, Dany Boon… C’était le début d’une belle aventure. J’ai une photo incroyable où on fait tous la queue pour jouer, il y avait une énergie incroyable.

    - Le fait que vous fassiez pareil avec des jeunes aujourd’hui, c’est une sorte de dette que vous avez envers ces personnes de la première heure?
    - Non ce n’est absolument pas une dette mais une forme de reconnaissance. Cette période était tellement fascinante. Je me suis retrouvé avec Sapho, Gainsbourg… avec l’âme de Basquiat qu’on retrouvait à Radio Nova puisqu’il avait laissé des empreintes sur tous les murs. Toute la scène émergente qui se retrouvait autour des micros de la radio, avec NTM, MC Solar. Un étage plus bas il y avait aussi Africa N1, on voyait passer Khaled… Aujourd’hui ce que je fais avec les jeunes, c’est plutôt l’envie de prolonger ce sentiment de bien-être, en donnant à des gamins la possibilité de monter sur scène comme on l’a fait pour moi, avec cette sensation de transmission que nous avions rencontré avec des gens intéressants, mieux lotis que nous et surtout sans condescendance. Il faut dire aussi que ça me nourrit également, donc il y a aussi quelque chose d’un peu égoïste.

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    L’enfant de Trappes, né de parents immigrés, s’est imposé en 20 ans de carrière comme le modèle de toute une génération de Français d’origine maghrébine (Ph.Véronique Fel)

    - Etre aujourd’hui une icône en France mais surtout un modèle pour des centaines de milliers de maghrébins et de jeunes issus de la migration est-ce une responsabilité? Un plaisir?
    - C’est un peu tout ça à la fois. Je l’ai remarqué aussi en rencontrant des gens à Casablanca, parce que c’est une ville très importante pour moi qui fait partie de mon histoire. Cela donne une prise de conscience du chemin parcouru. Je n’ai toujours pas l’impression d’être arrivé au sommet de la montagne mais je suis vraiment conscient que nous avons réussi à faire des choses dingues qui ont eu de l’écho. Aujourd’hui plus qu’une forme de responsabilité que je ressens mais plutôt une fierté. Je reste comme je suis et j’espère que mon travail continuera à faire de l’écho. Mais surtout que ça continue à donner envie à des jeunes d’aller de l’avant.

    - Vous avez dit quelque chose de très drôle et de très touchant dans votre spectacle quand vous avez parlé de manifestation des innocents (références aux pressions subies par les musulmans en France pour dénoncer le terrorisme). Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui encore, on a besoin de prouver son innocence quand on est musulman?
    - Malheureusement oui. Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’images avec ces nouveaux patrons que sont les chaînes d’information continue. Ce sont ces chaînes qui font la pluie et le beau temps et qui régissent nos humeurs. Plus cet outil, qu’est le Smartphone, qui est rentré dans nos vies. C’est la chose la plus intrusive et la plus dingue inventée depuis la roue. Personnellement, je suis fier de ce que je suis, je trouve que c’est une force incroyable. Etre marocain et musulman m’a permis de tout affronter. Ma «francitude» est tout aussi importante, elle m’a permis d’assoir ma notoriété. L’addition de ce que je suis me rend très fier. Mais je suis conscient que je suis privilégié. En revanche toutes les personnes que je raconte dans mes sketchs, les gens que je défends, les gens de ma famille… Tous ceux qui subissent le fait de faire partie d’une minorité, c’est beaucoup plus dur. Il faut dire que la France a une histoire extraordinaire, tellement lourde, tellement forte que ça devient plombant. J’ai l’impression aujourd’hui que les Gilets jaunes sont en train de scander les mêmes choses qu’en 1789 quand ils appelaient à décapiter les nobles. Aujourd’hui, j’ai l’impression que face à l’Elysée, ils voulaient faire la même chose. Bref la France est un pays extraordinaire qui donne la possibilité à tout le monde. J’en suis la preuve vivante, et de cela j’en suis reconnaissant, mais le racisme ou la condescendance qu’on peut vivre en France, ou dans d’autre pays est une réalité et cela a toujours été plus dur pour nous.

    Propos recueillis par Amine BOUSHABA

     

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