Analyse

Projet de budget: Dépassé et peu ambitieux

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
L’Alliance des économistes istiqlaliens invite le gouvernement à revoir sa copie
Hausse du plancher d’exonération de l’IR, déductibilité des frais de scolarité…
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La décompensation du prix des produits pétroliers a permis des économies importantes. Mais la contrepartie à la suppression des subventions ne s’est pas fait sentir au niveau des programmes sociaux comme Tayssir

Le projet de loi de finances renvoie implicitement à «l’incapacité» du gouvernement à respecter  son programme. Les hypothèses sont trop prudentes, les prévisions de croissance faibles ne permettront pas de créer suffisamment d’emplois . Elles sont même inférieures à celles prévues par les pays en développement.

L’Alliance des économistes istiqlaliens(1), à laquelle s’est joint Driss Benhima, l’ex-patron de Royal Air Maroc, invite le gouvernement à revoir sa copie. D’abord, la prévision d’une campagne céréalière à 70 millions de quintaux, en baisse de 70% comparativement à 2017, paraît trop pessimiste. Elle ne tient pas compte de la pluviométrie ni de l’impact du Plan Maroc Vert et des investissements réalisés jusque-là dans le secteur.

Ensuite, une détente des cours du baril de pétrole et du gaz est enregistrée. Ce qui devrait être mis à profit pour se couvrir  contre le risque d’une hausse des cours. «Cela permettra d’une part de protéger le pouvoir d’achat et d’autre part de prémunir le budget de l’Etat contre la hausse de la subvention du gaz», estime Abdellatif Maâzouz, président de l’Alliance des économistes istiqlaliens.

L’Alliance, qui alimente les parlementaires du parti en recommandations, trouve le projet de loi de finances peu ambitieux alors que la situation est «assez délicate». Elle est marquée notamment par la hausse du taux de chômage et l’accroissement des défaillances d’entreprises.

L’économiste en chef de l’Istiqlal avance que «40% de ces défaillances sont liées aux difficultés d’accès au financement». Le tout sans oublier les délais de paiement pour lesquels des mesures ont été annoncées dans le secteur public. Dans le privé, une loi existe depuis 2011, au moment où l’Istiqlal était encore au pouvoir, mais les décrets d’application n’ont toujours pas vu le jour.

Aujourd’hui, les économistes du parti reviennent à la charge sur une proposition soutenue par la CGEM: la possibilité de constater une provision pour créances douteuses déductible sans obligation de recours judiciaire. S’y ajoute l’instauration d’une amende au profit du Trésor pour les clients récalcitrants. Ils recommandent aussi que les déblocages des arriérés TVA  s’accompagnent de l’engagement des entreprises à consacrer une part des fonds reçus au paiement des dettes de leurs fournisseurs, en particulier les petites structures.

Sur la détérioration du pouvoir d’achat ainsi que «l’appauvrissement» de la classe moyenne, les économistes ont une série de propositions. Ils sont favorables à la hausse du plancher de l’IR de 30.000 à 36.000 DH annuels et la déductibilité des frais de scolarité pour les ménages dont les enfants fréquentent l’école privée. Des encouragements pour le développement et l’amélioration de l’accès aux régimes d’assurance maladie complémentaire sont attendus.

Pareil pour la mise en place d’un système qui permet d’amortir une partie de la hausse éventuelle des prix des hydrocarbures. Plus précisément, les économistes de l’Istiqlal sont favorables à la réduction de la TIC et le plafonnement de la marge des importateurs et des distributeurs.

Une recrue de choc à l’Alliance des Istiqlaliens

«Améliorer mon niveau en arabe, c’est l’une des raisons qui m’ont poussé à intégrer l’Alliance des économistes istiqlalien», plaisante Driss Benhima, l’ex-PDG de Royal Air Maroc.  Benhima, qui a rejoint l’Alliance, estime que les  budgets consacrés à la réduction des disparités territoriales sont sans vision cohérente et ambitieuse. Un montant de 7,43 milliards de DH est prévu dans le projet de loi de finances pour des projets concentrés sur les opérations de désenclavement, d’amélioration de l’accessibilité et l’accès à l’électricité, etc. Mais ceux affectés aux problématiques de l’investissement, de la création d’emploi, de l’exode rural et de la réduction des fractures territoriales sont dispersés entre différentes rubriques.
Six ruptures sont proposées par l’Alliance dans le cadre du débat sur le nouveau modèle économique. Elles s’articulent autour de quatre axes: l’impact de la mondialisation sur les territoires fragiles, la réorientation des investissements publics, la réussite du démarrage de la régionalisation avancée et l’amélioration du fonctionnement des conseils communaux. «Nous avons besoin d’une réponse de fond par rapport aux fractures induites par la mondialisation. Les territoires défavorisés, en raison de  l’enclavement, ont besoin de politiques d’encouragement spécifiques», estime Benhima.

Khadija MASMOUDI

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(1) L’Alliance des économistes istiqlaliens a tenu une conférence de presse jeudi 29 novembre à Casablanca sur le projet de loi de finances.

 

 

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