Entreprises

Boycott, Stroc Industrie... Le gendarme de la Bourse sort enfin de son silence

Par Franck FAGNON | Edition N°:5290 Le 08/06/2018 | Partager
«Notre rôle est de nous assurer que les entreprises communiquent en temps opportun avec le marché»
Stroc Industrie: Les investisseurs agissent en connaissance de cause
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Souvent critiqué, à tort ou à raison, pour son manque de réactivité ou quasiment l’absence de réaction face à des sujets brûlants sur le marché, le gendarme de la Bourse estime qu’il n’a pas à communiquer à la place des émetteurs. Mais, son rôle est de s’assurer que les entreprises informent le marché en temps opportun (Ph. AMMC)

La baisse du Masi et la chute des transactions retiennent l’attention à la Bourse de Casablanca en ce moment. Les entreprises touchées par le mouvement de boycott et les difficultés de Stroc Industrie alimentent aussi les discussions. Souvent critiqué, à tort ou à raison, pour son manque de réactivité ou quasiment l’absence de réaction face à ces sujets, le gendarme de la Bourse sort de son silence.

«Ce sont des sujets extrêmement importants et nous sommes en contact permanent avec ces sociétés. Ceci dit, il ne revient pas à l’autorité de se prononcer à leur place. Par contre, «dans notre rôle de protection de l’épargne, nous devons nous assurer qu’elles communiquent en temps opportun avec le marché», indique à L’Economiste, Nasser Seddiqi, directeur des opérations financières et marchés à l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).

Parmi les deux sociétés confrontées au boycott, Centrale Danone a récemment alerté le marché sur une baisse de 20% de son chiffre d’affaires au premier semestre 2018 et une perte de 150 millions de DH contre un bénéfice de 56 millions de DH à fin juin 2017.

A quelques semaines de la clôture des comptes, Oulmès n’a pas revu ses prévisions, ce qui laisse supposer que l’impact du boycott sur les résultats sera moindre. Contrairement à Centrale Danone, dans le cas de Oulmès, nous sommes sur des produits non périssables, ce qui limite les éventuels dégâts. Néanmoins, les ventes seront affectées. Pour ces deux entreprises, les difficultés pourraient être juste passagères.

En revanche, le risque de continuité d’activité se pose avec acuité pour Stroc Industrie qui a réclamé un plan de sauvegarde. Pas moins de 26% du capital de la société, introduite en Bourse en 2011, sont entre les mains du marché. «La situation de Stroc Industrie n’est pas une surprise. 

C’est une entreprise qui connaît des difficultés depuis plusieurs années et elle a régulièrement communiqué sur ses problèmes de trésorerie», souligne Seddiqi. La société est poursuivie devant la Justice par des salariés et certains créanciers. Mais au stade actuel, le gendarme de la Bourse ne juge pas nécessaire d’intervenir.

«Nous n’avons pas pour règle de conduite de suspendre la cotation d’un titre dès lors qu’il y a une procédure à l’encontre d’une entreprise devant le tribunal. Cela fait partie de la vie courante d’une société d’être confrontée à des conflits avec les salariés ou ses partenaires», relève le directeur des Opérations financières et marchés.

«Maintenant, lorsqu’un conflit est susceptible d’avoir un impact important sur le cours en Bourse ou sur le patrimoine d’une société, nous lui demandons d’aviser le marché», ajoute-t-il. La suspension du cours n’est pas toujours la meilleure option pour protéger les épargnants.

«Nous suivons le dossier de près. S’il y a besoin à un moment donné de suspendre le cours nous le ferons». A l’issue de l’audience du jeudi 7 juin, le juge a désigné un expert judiciaire qui effectuera une évaluation comptable et financière de Stroc Industrie. Une nouvelle audience est programmée dans les prochains jours.

                                                                                 

«Nous ne faisons pas de distinction entre les émetteurs»

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Nasser Seddiqi, directeur des Opérations financières et marchés à l’AMMC (Ph. NS)

- L’Economiste: Le sentiment que les règles ne sont pas uniformes pour tous est toujours aussi fort. Que répondez-vous?
- Nasser Seddiqi:
C’est peut-être un sentiment. Mais, nous avons des règles qui s’appliquent à tous de la même manière sans aucune distinction. Pour un même manquement, la sanction est identique. Nous n’avons même pas un pouvoir d’appréciation ou d’interprétation sur ces sujets comme d’autres régulateurs qui ont le pouvoir de négocier avec le contrevenant s’il reconnaît sa faute. Nous avons un barème qui est réglementaire et typiquement en cas de retard de publication d’un profit warning par exemple, les sanctions encourues sont claires.  

- La non divulgation des premiers avis du Collège des sanctions ne contrevient-il pas au droit d’accès à l’information?
- Nous n’avons pas de réticence à publier ces avis. Cependant, nous avons des procédures légales et réglementaires à suivre. Lorsque le collège des sanctions émet un avis sur un dossier, il le notifie aux personnes concernées dans un premier temps avant que cette décision ne puisse être rendue publique. Il n’y a pas de volonté de l’autorité des marchés de ne pas être transparente sur le sujet. Au contraire, c’est un élément important pour montrer l’efficacité du travail du régulateur et renforcer sa crédibilité. Ceci dit, il y a des délais réglementaires qui je l’admets ne répondent pas parfois à l’instantanéité d’un marché financier.

 

 

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