Analyse

Conseil national des langues: Pourquoi ça bloque

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5280 Le 25/05/2018 | Partager
Le projet de loi prévoyant sa création, examiné en commission, devra être voté sous peu
Il sera décisif pour encadrer le débat autour de la darija et des langues étrangères
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Le Conseil national des langues et de la culture marocaine sera d’un grand apport en matière d’accompagnement du ministère de l’Education nationale dans le domaine du renforcement de l’utilisation des langues étrangères dans les écoles. Surtout que les derniers tests, menés notamment par l’instance d’évaluation relevant du Conseil supérieur de l’éducation, ont montré les faiblesses linguistiques des élèves marocains, particulièrement ceux du public

Après plusieurs mois en stand-by, les deux projets de loi sur le Conseil national des langues et sur l’officialisation de la langue amazighe devront être votés la semaine prochaine en commission à la Chambre des représentants, avant d’être programmés en séance plénière.

Déposés au Parlement en septembre 2016, ces deux textes ont été examinés par les députés en janvier dernier. Plus de 5 mois après, ils n’ont pas encore quitté la Commission de la culture. La lenteur de l’adoption de ces projets de loi témoigne du bras de fer entre le gouvernement et l’opposition autour de ce dossier stratégique.

Il faut dire que ces deux textes, intimement liés, portent sur un sujet à polémique, souvent exploité à des fins politiciennes. Prévus par la Constitution de 2011, ils ont été au cœur de guéguerres entre groupes parlementaires. En plus des deux projets de loi déposés par le gouvernement, d’autres partis ont aussi introduit des propositions de loi portant sur les mêmes sujets. C’est le cas notamment du PAM et de l’Istiqlal, principales forces de l’opposition.

Si les textes qu’ils ont déposés au bureau de la 1re Chambre ont peu de chances d’aboutir, leurs principales dispositions peuvent être introduites sous forme d’amendements. Les groupes devaient déposer leurs amendements jeudi dernier, avant que ce délai ne soit prorogé.

Le vote de ces deux textes devrait certainement se dérouler dans une ambiance tendue. Le dossier des langues et leur utilisation dans l’enseignement ou dans d’autres domaines, comme l’activité parlementaire ou judiciaire, accentuent souvent les tensions.

S’y ajoute le débat enflammé autour des langues d’enseignement et de la place des langues étrangères dans le système éducatif. Le Conseil des langues et de la culture marocaine, qui sera instauré via ce projet de loi, permettra de trancher ces questions dans un cadre institutionnalisé. Sa mission principale sera de «promouvoir les langues et la culture et d’assurer la cohérence des politiques publiques dans ce domaine».

C’est cette instance qui sera chargée d’ouvrir des débats autour de plusieurs sujets épineux, restés jusque-là en dehors du circuit institutionnel. C’est le cas notamment du dossier de la place de la darija, des modalités de généralisation de la langue amazighe, l’utilisation des langues étrangères… Le Conseil sera également l’entité de référence dans le domaine linguistique.

Il est habilité à émettre des avis dans les affaires qui lui sont soumises par le Roi et pourra formuler des recommandations, à son initiative ou sur saisine du chef du gouvernement ou du président de l’une des deux Chambres du Parlement.

La mise en place de ce nouveau conseil devra se traduire par la dissolution de l’Ircam. Une orientation confortée par les dispositions du projet de loi sur l’officialisation de l’amazigh. Dans ce texte, aucune mention à l’Ircam. C’est plutôt le Conseil des langues et de la culture marocaine qui devra «apporter un appui technique aux différentes institutions et instances concernées par la mise en œuvre du projet de loi relatif à l’officialisation de l’amazigh», selon l’article 3 de ce projet de loi.

Sur le terrain, l’Ircam sera absorbé par le nouveau Conseil. Il fera partie des différentes institutions qu’il va chapeauter. Celles-ci seront dédiées respectivement à l’arabe, au hassani et aux langues étrangères. Après absorption de l’Ircam, le nouveau Conseil devra hériter de son patrimoine immeuble, de ses comptes bancaires et de ses archives. S’y ajoutent tous les engagements et contrats passés par l’Institut royal de la culture amazighe avec les tiers.

Tour de table

Sur les 25 membres que devra compter le futur conseil des langues et de la culture marocaine, 6 sont nommés par le Roi. Les autres membres du tour de table du nouveau conseil vont représenter une série d’instances constitutionnelles, comme cela est prévu par le projet de loi. Il s’agit notamment des représentants de l’Ircam, de l’Académie Mohammed VI de la langue arabe, du CNDH, du Conseil supérieur de l’éducation, de l’Académie du Royaume et du Corcas. Les administrations publiques seront aussi représentées au sein de cette instance. Idem pour des universitaires et des acteurs associatifs agissant dans l’industrie culturelle, qui devront aussi faire partie de la composition du nouveau conseil. Les 25 membres devront assurer un mandat de 5 ans, renouvelable une fois.

 

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