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Fès: Le Cotef toujours à l’abandon

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5083 Le 09/08/2017 | Partager
Fermé depuis 2005, le complexe textile squatté
Le maire avait promis de réactiver l’industrie…en vain
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Le Complexe textile de Fès (Cotef) qui cherche preneur depuis des années est aujourd’hui envahi par les vagabonds et les pilleurs, au vu et au su de tout le monde (Ph. Y.S.A.)

Il y a tout juste un an, Driss El Azami El Idrissi intervenait pour l’interdiction de la vente aux enchères de l’ancien complexe de textile de Fès (Cotef). «C’était in extremis», disait le maire de Fès affirmant que cette unité devrait garder son aspect industriel. Pour y parvenir, le président du Conseil communal préconisait le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt afin de réactiver le secteur industriel. Mais, rien n’y fait.

Ce mardi 8 août 2017, l’ex-entreprise de textile est toujours à l’état de ruine. Squatté par de sombres individus, l’endroit immense (15,3 ha) dérange et inquiète le voisinage. Hier, peu avant 10h du matin, l’usine était investie par une dizaine d’individus à qui des filles proposaient leurs «services». Aux abords de l’unité, sise au cœur du quartier industriel de Sidi Brahim, un fatras de bouteilles, de canettes, de déchets de toutes sortes jonche le sol. «Nous avons demandé à la mairie d’évacuer cet endroit, fermer les issues, et traiter les mauvaises odeurs... mais rien n’a été fait», déplore un industriel.

Un autre affirme que cet endroit est source de plusieurs maux : «Il y a quelques mois, un dealer est venu régler ses comptes à un jeune... la police est intervenue après plusieurs heures». Signalons par ailleurs que si cette usine est laissée à l’abandon, il ne s’agit pas d’un cas isolé à Fès. Car, nombre de propriétaires d’unités, villas, et maisons abandonnées ne veulent pas les démolir pour ne pas payer la fameuse taxe sur terrain non bâti (TNB). Elles sont donc très vite pillées, squattées et saccagées... et abritent des criminels, vagabonds et prostituées. Longtemps considéré comme un fleuron de l’industrie du textile dans les années 1980 à Fès, Cotef en fait partie. En 2013, L’Economiste avait publié un article sous l’intitulé «Le Complexe textile de Fès à la merci des pilleurs» (Edition N°:3971 le 19/02/2013).

Malheureusement, la tragédie continue 4 ans plus tard. Un ancien inspecteur de l’administration territoriale avait pourtant élaboré un dossier «complet» à cet égard. Adressée au ministre du Commerce pour réaliser un Groupement d’intérêt économique qui sera le maître d’ouvrage du parc d’exposition, sa proposition est restée lettre morte. «J’avais alerté un ancien wali sur le scandaleux pillage d’un bien de l’Etat. Mais aucune personne n’a bougé le petit doigt pour stopper cet acte criminel», déplore-t-il. Et de poursuivre: «les voleurs n’ont rien épargné et nombre d’industriels se seraient servis du butin». En fait, l’usine était devenue un hypermarché de ferrailles à ciel ouvert.

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L’usine, supposée être fermée depuis 2006, constitue désormais un point noir du quartier industriel de Sidi Brahim à Fès. A ses abords, un fatras de bouteilles, de canettes, de déchets de toutes sortes jonche le sol  (Ph. Y.S.A.)

Les (jeunes) pilleurs agissaient, au vu et au su de tout le monde. Ils n’hésitaient pas à escalader des toitures vermoulues pour découper, arracher, des tuyaux, des fenêtres, des câbles... Le convoyage de la «marchandise» se faisait par les seniors postés aux différentes sorties. Pourtant, l’usine est supposée être fermée et gardée depuis 2006. «La société de gardiennage qui n’a pas été payée a plié bagage…laissant des voleurs s’emparer des installations dont la valeur marchande dépassait les 100 millions de DH», dénonce notre source. Et d’ajouter: «l’incendie qui avait ravagé une partie de cette unité en 2010 serait d’origine criminelle mais impuni». Saccagées, volées ou brûlées, les installations du Cotef ont disparu.

Aujourd’hui, seuls les murs résistent. Il faut noter que le complexe compte des bâtiments couverts d’une superficie de 50.000 m² et pourrait servir de base à un méga palais d’exposition. Créé en 1967, Cotef est sur la liste des sociétés privatisables depuis le début des années 90. Durant toutes ces années, plusieurs études ont été réalisées pour sa restructuration. Mais aucune décision n’avait été prise pour lui permettre de réaliser ses plans d’investissement afin de la préparer à la mondialisation et éventuellement attirer un acquéreur. En juillet 2006, et après plusieurs mois de tourments, l’espoir de relancer l’activité du complexe se profilait. Mais rapidement, l’idée a été abandonnée.

L’éventualité d’une liquidation judiciaire causait de multiples angoisses au personnel. Pourtant, les représentants du personnel gardaient le moral. Ils demandaient aussi, dans le cadre de la 2e phase de restructuration de l’entreprise, aux responsables d’adopter la solution du départ volontaire avec indemnisation et non un départ obligatoire. Bref, Cotef s’était retrouvé en mauvaise posture pour cause de concurrence féroce dans le secteur. Il baisse ses rideaux en 2005. La crise de 2008-09 était encore bien loin... Aujourd’hui, des industriels rappellent à juste titre que 9 unités de confection ont mis la clé sous le paillasson depuis début 2017.

Des promesses en l’air

DRISS El Azami El Idrissi disait que «le Cotef doit préserver sa qualité de zone industrielle».  «Nous avons plusieurs offres pour l’exploitation de cette zone, mais nous allons lancer un appel à manifestation d’intérêt», promettait-il. C’était, il y a un an. Aujourd’hui, l’espoir se dissipe. Mêmes les autres projets annoncés par le maire, notamment le restaurant Quick et le magasin Décathlon n’ont pas encore abouti. « Des promesses en l’air», commente un industriel qui pleure l’avenir de la ville. Pourtant, elle dispose également de cinq grandes universités, d’un centre de plantes médicinales et aromatiques et d’une grande école d’agriculture...

Craindre les spéculateurs

Tombé dans l’oubli après son arrêt, le Cotef, autrefois fleuron de l’industrie textile dans les années 1980, ne peut laisser personne indifférent. Plus de 12 ans après sa fermeture, il est toujours dans une situation d’abandon total. Pour rappel, après l’échec de l’opération de privatisation et de recours à la procédure de liquidation judiciaire, tentée en 2006, l’unité est restée sans gardiennage à la merci de toutes sortes de pillages et d’incendie. Signalons enfin que l’actif de la société comprend outre les machines, détruites et volées, un terrain de 11 ha et deux terrains hors exploitation de 3,5 ha. Une superficie vivement recherchée par les multinationales…mais encore inexploitée. Certaines sources craignent une mainmise des spéculateurs.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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