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L'Edito

Contre-pouvoir

Par L'Economiste| Edition N°:1449 Le 31/01/2003 | Partager

La presse énerve. Elle énerve surtout les dirigeants et les pouvoirs en place. Mais n'est-ce pas là son rôle, celui d'informer, mais aussi de titiller, de critiquer. Il est vrai que les dérapages existent mais après tout, nous découvrons les délices de la liberté d'expression, et dans tous les pays où cette liberté existe, ces dérapages existent également.Ce qui est important, c'est que ces dérapages restent minoritaires et ne constituent qu'un phénomène marginal. Ce qui est le cas actuellement au Maroc.Alors pourquoi énerve-t-elle tant?Il y a quelque part un malentendu conceptuel. De plus en plus, on a tendance à prendre à la lettre, la formule selon laquelle la presse serait un quatrième pouvoir. Et on attend d'elle qu'elle se comporte comme telle. Or, cette formule ne doit pas être prise à la lettre. C'est une image qui, dans le fond, est fausse.En réalité, la presse, au sens politique du terme, dans les pays démocratiques, est un contre-pouvoir: le fait de mettre l'information à la disposition du public, de critiquer les pouvoirs en place, de les analyser et d'évaluer leur action, c'est le rôle de la presse. Elle le fait pour le compte et en direction du public. C'est lui qui a le pouvoir, pas la presse. Ce public souverain qui détient le pouvoir a deux systèmes pour l'exercer: les institutions politiques pour gérer, d'un côté, et de l'autre, la presse pour l'informer et l'aider à évaluer cette gestion.Mais en définitive, c'est le public qui demeure maître de ses choix, et de ses décisions.Considérer que la presse doit d'une manière ou d'une autre faire partie du pouvoir, c'est fausser tout le mécanisme démocratique. Considérer que la presse façonne les choix du public est une illusion car ce serait considérer la presse comme parlant d'une seule voix. Le pluralisme justement interdit cela et permet au public de se faire sa propre opinion en toute connaissance de cause.Une société démocratique fonctionne avec les systèmes de poids et contrepoids: pouvoir et contre-pouvoir.Abdelmounaïm DILAMI

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