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Affaires

Maison des personnes âgées d’Aïn Chock
On oublie nos vieux aussi!

Par L'Economiste | Edition N°:1848 Le 07/09/2004 | Partager

. La qualité de la vie s’y est nettement améliorée. Mais la solitude pèse lourdTreize lits en fer forgé sont alignés dans la salle n°1 de la Maison des personnes âgées (ndlr: Un terme sans doute plus valorisant sur le plan étymologique que maison de retraite) d’Aïn Chock. Des armoires en bois rouge meublent l’endroit. La mauvaise odeur qui se dégageait des lieux, il y a un an, a cédé la place à une odeur d’eau de javel et de propreté. Quatre femmes dorment paisiblement. D’autres, proprement vêtues, sont plongées dans une discussion bruyante. Après avoir coiffé la rare chevelure d’une pensionnaire, une employée de la maison lui serre la tête avec un foulard, sous les moqueries des pensionnaires voisines. L’entretien des lieux a connu une grande métamorphose. Haj Mohamed Kassi, directeur général de l’Association musulmane de bienfaisance d’Aïn Chock, dont relève la Maison des personnes âgées, confirme. «C’était un dépotoir indigne d’héberger des êtres humains, que la nouvelle direction a hérité. Grâce à une bonne gestion et à la générosité des bienfaiteurs, nous avons pu y améliorer la qualité de la vie des pensionnaires», avance-t-il.Une autre salle est également bien entretenue que la précédente. Les lits ne sont pas en fer forgé, mais la propreté est étonnante. Une télévision 21 pouces est accrochée au mur. Au fond des salles se trouve une petite cour bien ensoleillée. Les femmes peuvent y sécher leur linge. «Nous avons une blanchisserie, mais pour celles qui sont capables de laver leurs vêtements, nous préférons qu’elles le fassent elles-mêmes. Un peu d’exercices est bénéfique pour leur santé», explique Abdelilah Moufakkir, responsable à la Maison. Dans cette salle, les femmes sont plus autonomes. A côté des lits, chacune entretient un petit «chez-soi». Des fleurs artificielles dans un vase embellissent une commode. Les bonbonnes à gaz, les théières et des verres sont soigneusement rangés. «Elles aiment préparer du thé ou du café de temps à autre. Les bonbonnes sont dangereuses mais nous n’avons pas pu les priver de ce plaisir», explique Abdelilah Moufakkir. «Venez boire du thé, vous êtes les bienvenus», avance Najat Zaaraoui, la plus vieille pensionnaire de la Maison. Elle y séjourne depuis plus de trente ans et ne se rappelle même pas son âge. Après sa cécité, Najat est venue à la Maison dans l’espoir de trouver de l’argent pour une opération. Peine perdue, sa cécité est permanente. Mi Fettouma est née en 1920. Elle vit dans la Maison depuis trois ans. Ses vêtements propres sentent bon et la magnifique photo d’identité sur le passeport qu’elle arbore avec fierté montre quelle femme séduisante elle était. D’après son témoignage, Mi Fettouma habitait à Derb Sultan. Elle était adhérente au Parti de l’Istiqlal et elle a assisté aux funérailles de feu Mohamed Zerktouni. «Hamdo lillah, dernièrement, les choses ont évolué dans la maison, grâce aux bienfaiteurs et à la nouvelle équipe», avance-t-elle. Dans un coin, deux femmes rendent visite à leur ex-voisine et amie Ayda. L’une d’elles espère que cette dernière accepte de passer quelques jours chez elle. «Nous encourageons ces initiatives, à condition que les hôtes soient des gens de confiance. Après ces «vacances», les pensionnaires ont bon moral», explique Abdelilah Moufakkir. «Depuis mon arrivée il y a un an, 26 personnes ont rejoint la Maison et 13 pensionnaires sont décédés. Ils supportent mal leur solitude, surtout quand ils ne sortent plus», ajoute-t-il.Les larmes aux yeux, Ayda ne veut rien savoir et se refuse à quitter la «maison» ne serait-ce que pour quelques heures. Elle a des problèmes d’ouïe. Son souci actuel, c’est voir un médecin et se procurer un appareil auditif. S’étendant sur une superficie de 3.000 m2, la Maison des personnes âgées compte 74 pensionnaires. 44 femmes et 30 hommes. Ces derniers sont dans un état moins reluisant que les femmes. Leurs salles sont moins propres. L’ambiance est tendue et le silence qui y règne rend l’atmosphère encore plus lourde. Les couvertures sont vieilles et chaque pensionnaire entasse toutes ses affaires à côté de son lit. Des morceaux de cartons servent de cloisons entre les «voisins». Des légumes sont étalés par terre. «Trois repas sont offerts par jour. La nourriture est suffisante et variée, mais certains préfèrent préparer leurs repas», explique Abdelilah. «Nous manquons de bénévoles pour nous aider à nous occuper des hommes. Des bénévoles nous aident à nous occuper des femmes. Nous avons une seule personne pour les 30 hommes. Il passe toute la matinée rien qu’en changeant les couches aux invalides», ajoute-t-il. En effet, six handicapés physiques et une dizaine d’autres handicapés mentaux vivent dans cet établissement. Faute de moyens et d’espace, ils ne sont pas séparés des autres pensionnaires. Une situation, on s’en doute, qui ne plaît pas aux autres. «Quand ils ne sont pas nettoyés à temps, l’odeur de leur urine est insupportable», avance Abdelaziz Hanine, pensionnaire de 84 ans. Selon les explications de Haj Mohamed Kassi, l’Association musulmane de bienfaisance compte remédier à ces lacunes. «Nous sommes sur la bonne voie. Nous comptons acheter un minibus pour les pensionnaires pour faire de petites excursions. Grâce à la générosité des bienfaiteurs, une bonne gestion et la volonté de servir, ces êtres humains peuvent retrouver leur dignité».Mohamed AKISRA

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