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Europe

M Azoulay: «Nous ne sommes pas dans les priorités» européennes

Par L'Economiste | Edition N°:303 Le 06/11/1997 | Partager

Nous ne figurons pas parmi les priorités européennes. Avec une certaine amertume, M. André Azoulay fait ce constat devant le grand amphi, plein à craquer, de la Fac de Droit de Rabat.


L'Université Mohammed V et particulièrement la Faculté de Sciences Juridiques, Economiques et Sociales ont donné une grande ampleur à la convention qui vient d'être passée avec l'Université Complutense de Madrid. Cette convention devrait permettre de lancer des travaux communs, spécialement sur les relations euro-méditerranéennes. Les deux universités visent aussi le monde des affaires et les pouvoirs publics dans la mesure où ces travaux peuvent leur servir. C'est la nouvelle génération des Universités: travailler en fonction des attentes de leur environnement.
Pour l'occasion, le recteur et ancien ministre des Affaires Etrangères, M. Belkeziz, avait mobilisé une bonne partie du gouvernement et des milieux d'affaires et obtenu le Patronage de SM le Roi. Le lustre donné, avec trois jours de colloque, du 3 au 5 novembre, voudrait essayer de renverser la vapeur en créant de nouveaux liens par-dessus la Méditerranée. Le lustre s'impose aussi après l'annulation de la rencontre euro-méditerranéenne de Marrakech, qui devait se tenir cet automne, mais qui a été «reportée» pour cause de blocage du processus de paix au Moyen-Orient. M. Azoulay n'établit aucun lien entre les affaires du Moyen-Orient et celles du Maroc avec l'Europe. En revanche, il souligne ses déceptions sur les secondes.

«Quand j'ai vu le mot élargissement, j'ai cru un instant que nous étions pris en compte, mais j'ai dû déchanter, car il s'agissait de l'élargissement aux pays de l'Europe de l'Est». M. André Azoulay, conseiller de SM le Roi, adopte le ton de la narration pour décrire les comptes et mécomptes des négociations avec l'Union Européenne. Il s'agissait d'abord des négociations pour l'accord lui-même, mais il s'agissait aussi de fixer l'environnement intellectuel de l'accord. Ce qui avait été fait à Barcelone en novembre 1995.
Depuis, «il y avait toujours quelque chose qui retenait l'attention et empêchait de travailler sérieusement sur les suites de notre accord, une fois la Grèce, une autre fois la vache folle...». Et puis l'Agenda 2000 est arrivé, «avec trois priorités: le développement des politiques communautaires, devant l'élargissement aux pays de l'Est et la politique financière jusqu'en 2006», explique M. Azoulay. Pas de questions méditerranéennes dans les trois priorités.
Il faut donc faire de nouveaux efforts, recommande-t-il, car «nous ne sommes plus dans une période dynamique». Il module son amertume, néanmoins, en soulignant «les efforts de l'Espagne et de la France» pour faire avancer les questions marocaines en particulier et maghrébines en général auprès de la Commission de Bruxelles.

Involontairement sans doute, les discours d'ouverture des travaux donnent une petite idée du gap, même avec ceux des Européens qui sont le plus disposés à l'endroit du Sud de la Méditerranée, sur des questions telles que la démocratie, la liberté et les droits de l'Homme.
Les participants ont regretté l'absence de MM. Saaïdi, ministre de la Privatisation, et Lahjouji, président de la CGEM, qui devaient exposer leurs vues sur la modernisation des entreprises. A M. Saâd Kettani, président de Wafa Assurance et président du Comité Banque Mondiale pour la promotion du privé, revenait donc de représenter les entreprises. «Le temps est un facteur clef», insiste-t-il, reconnaissant l'ampleur des chantiers en cours, mais s'inquiétant aussi de sentir de l'inertie dans le tissu économique. Résolument ouvert, il souligne l'importance des investissements étrangers. Pour lui, «ils apportent de l'activité, des emplois, de la production et du commerce», mais aussi «ils véhiculent des savoir-faire, et sont des vecteurs d'intégration et de diversification». «L'intégration, c'est le véritable enjeu», martèle M. Kettani. Les facs ont encore leur image selon laquelle elles abritent les plus fortes résistances à la mondialisation. Pourtant, les analyses de M. Kettani ne suscitent aucune critique, ni dans le corps enseignant, ni chez les élèves qui occupent tout le haut du grand amphi. Les temps ont changé. Les comportements aussi, comme le demande d'ailleurs le représentant de la CGEM, tant pour les entreprises que pour les administrations.


Ressemblances et différences


L'un des intérêts des colloques est de mesurer les convergences et les divergences entre les deux côtés de la Méditerranée.
Tunisiens, Français et surtout Espagnols et Marocains présents ont en commun une volonté de tisser des liens, d'avoir de vraies coopérations. Il n'apparaît aucune interrogation, ni aucune zone d'ombre dans ce domaine.
Marocains et Tunisiens sont peu enclins à réclamer des aides financières à l'UE. Il semble qu'ils en aient fait leur deuil ou bien qu'ils considèrent que les efforts devront venir de l'intérieur. Espagnols et Français sont plus critiques à l'endroit de leurs instances nationales et/ou communautaires: ils leur reprochent la faiblesse des aides financières. Les universitaires demandent davantage de générosité au Nord. En revanche, des diplomates expliquent en privé «qu'il faut presque se cacher de l'opinion publique européenne pour financer des programmes d'aides ou de suppression de dettes»: les opinions publiques ne comprennent pas pourquoi des aides sortiraient de l'Europe, alors qu'il y a chômage et misère.

Les rencontres universitaires de Rabat ont involontairement souligné des différences d'appro-ches. C'est ainsi que de longs débats s'élèvent entre les universitaires du Sud sur des questions telles que traditions/modernité, spécificité des cultures contre universalité des valeurs... En revanche, les universitaires du Nord aiment parler très vite d'opérations concrètes, de sujets de recherches en commun, de clients publics ou privés qui pourraient financer ces travaux. Les universitaires espagnols se montrent d'ailleurs plus entreprenants que leurs collègues français. Tous écoutent les débats maghrébins sur la modernité. Ils les comprennent mais demandent «quelle est leur utilité», ou bien cherchent à savoir «si la question est encore d'actualité politique», question qui débouche quasi-invariablement sur une autre: «Que font les si nombreux partis politiques marocains?».
Enfin, dernière zone de divergence, et sans doute la plus apparente: les questions de liberté. Peu évoquées dans les exposés maghrébins, elles servent de base de travail à leurs collègues du Nord. Les Espagnols prennent le temps de les développer (leurs conquêtes sont encore récentes), les Français les considèrent comme acquises.

Nadia SALAH

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