×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

Mères célibataires: Les pièges du statu quo

Par L'Economiste | Edition N°:4174 Le 18/12/2013 | Partager
Des bébés discriminés et récupérés par des intermédiaires dès la naissance
Lycéennes et ouvrières, le nouveau profil
Ayant moins de 26 ans, elles sont pauvres et peu scolarisées

Chaque jour, 153 enfants naissnt hors mariage. Où vont-ils? Les uns peuvent atterrir en secret chez des tiers inconnus

Source: Insaf
Les mères célibataires ont majoritairement moins de 26 ans. Chaque jour, 153 enfants naissent hors mariage et une partie est récupérée par des réseaux

et qui vont les exploiter en tant que domestique, mendiant ou prostitué. Il existe une autre voie «de distribution» qualifiée «de moderne» par l’association Insaf. Des rabatteurs vont «chasser» des mères célibataires pour proposer leurs progénitures à des parents qui refusent «les contraintes légales de la Kafala». La jeune fille désemparée est alors prise en charge pendant sa grossesse (logement, alimentation…). Plus cynique encore, un bébé de sexe féminin est plus prisé qu’un bébé masculin.

De l’exclusion à l’exploitation

Voilà un aperçu du calvaire que vivent les mères célibataires. Plus de 21.000 jeunes femmes recensées en 2010. Chaque jour, 24 bébés sont abandonnés. Qualifiés de chiffres «gris», ils sont largement sous-estimés, selon le président de l’association Insaf, Omar El Kindi. Des chiffres tous aussi alarmants les uns que les autres démontrent à quel point les mères célibataires sont socialement marginalisées et où la prise en charge  est quasi absente. Qui sont-elles finalement? Ce sont d’abord des personnes en situation précaire et désocialisées pour la majorité: exclues de la famille après la découverte de grossesse. Ces mères célibataires sont de plus issues de quartiers populaires et peu scolarisées. Elles sont dans 32% des cas âgées de 15 à 20 ans et vivent pour la plupart dans les grandes villes. Avec un changement de profil: la «petite» bonne cède sa place aux lycéennes et aux ouvrières. Les régions de Souss (Agadir), de Marrakech et d’El Gharb concentrent le noyau dur de cette population. De l’exclusion à l’exploitation, tel est le destin de ces jeunes filles récupérées par des réseaux d’entremetteurs ou d’adoption illégale. Sachant que l’avortement est pénalement réprimé.
Juridiquement, la mère célibataire n’existe pas en tant qu’individu à part entière. C’est par son enfant qu’elle a ce droit de vie! Son statut de maman dépend en fait de la déclaration officielle du nouveau-né au service d’état civil. Or, l’enfant est né d’une relation extra-conjugale.
Une «schizophrénie sociale», selon l’association Insaf, qui fait que la loi est loin d’être protectrice et garante des droits. Or, les convention internationales et la Constitution de 2011 surtout ont changé la donne. Le préambule de la Constitution «bannit toute discrimination» basée sur le sexe, la culture, l’origine... au nom d’une certaine égalité.

Harmoniser les lois

Selon l’article 19,

Les demandes de reconnaissance de paternité restent très faibles par rapport au nombre des mères célibataires estimées à plus de 21.000

«l’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social et culturel…». La future Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination a donc du pain sur la planche. 
Le code pénal sanctionne non seulement l’adultère mais également les relations sexuelles entretenues par deux personnes qui ne sont pas unies par les liens du mariage (article 490). Sans entrer dans des débats moralement stériles et hypocrites, la loi doit changer. Que faire des bébés nés hors mariage? L’intérêt majeur de l’enfant prime. Le condamner à l’exclusion dès sa naissance revient à le cantonner dans un statut de «paria». 
Il existe d’ailleurs une monstrueuse circulaire ministérielle des années 1980: une mère célibataire doit se déclarer à la police judiciaire. Ce que les acteurs associatifs considèrent comme «une forme de discrimination» lors du séminaire: «Pour une meilleure insertion sociale et professionnelle des mères célibataires au Maghreb», tenu les 12 et 13 décembre à Casablanca.

Hémorragie social

Même le code de la famille semble faire l’objet d’une interprétation rétrograde. Du moins, c’est l’avis d’Insaf qui a réalisé en 2010 une enquête rare sur les mères célibataires.
Si le droit est loin de jouer son rôle (sauver ce qui peut l’être sans jugement de valeur), l’urgence de la situation appelle à réformer la loi. En attendant, l’hémorragie sociale s’aggrave et les associations, seules au front, manquent de moyens.
Seules 13 d’entre elles, situées essentiellement à Casablanca, s’attellent à sauver les mères célibataires: «Il y a uniquement 60 à 80 lits disponibles pour assurer la prise en charge de ces femmes qui n’ont pas de logement», interpelle la société civile. Notons que ce problème est commun aux Algériens, Tunisiens et Marocains. Unis pour le pire surtout. En Algérie, par exemple, les mères célibataires ont les mêmes profils que leurs consœurs marocaines: sans emploi et issues de familles défavorisées. L’on comptabilise entre 5.000 et 7.000 naissances hors mariage et 3.000 enfants abandonnés. C’est Sabrina Ouared, chargée du projet «Mères célibataires en Algérie» qui le dit.
S. B. avec F. F.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc