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    Enquête

    Scandale pornographique d’Agadir
    Histoire d’un procès hors du commun

    Par L'Economiste | Edition N°:4097 Le 23/08/2013 | Partager
    Condamnées au Maroc, les victimes de Servaty sont réhabilitées en Belgique
    Le journaliste belge reconnu coupable de traitements inhumains et dégradants par la justice de son pays
    L’affaire se poursuit au civil pour une évaluation des dommages

    Pour Me Redwan Mettioui, avocat des victimes de Philippe Servaty, même si le procès a duré des années, il s’agit d’une véritable victoire. «C’est la première fois  qu’une personne est condamnée en Belgique pour tourisme sexuel, corruption et débauchage de la jeunesse pour des faits se déroulant à l’étranger’’, disait-il à sa sortie du tribunal

    - L’Economiste: Quelle lecture faites-vous aujourd’hui du jugement rendu à l’encontre de Servaty?
    - Redwan Mettioui, avocat des victimes de Philippe Servaty: Je suis satisfait à double titre. D’abord, notre plainte avec constitution de partie civile déposée entre les mains d’un juge d’instruction bruxellois en juillet 2006 a abouti. Par cette plainte, mes clientes m’avaient confié la lourde tâche d’examiner la possibilité juridique  de faire entendre leur cause et leur rendre justice en Belgique alors même que les crimes ont eu lieu au Maroc. En effet, une dizaine de jeunes filles marocaines étaient placées dans une situation d’iniquité des plus révoltantes. Victimes de leur bourreau, elles ont pourtant été poursuivies elles-mêmes et jetées dans les geôles de la justice marocaine pendant que lui était rentré tranquillement et libre chez lui, en Belgique. Mes clientes ne pouvaient plus rien espérer de la justice marocaine. En Belgique, elles souhaitaient avant tout être reconnues officiellement victimes par la justice et que leur bourreau soit reconnu officiellement comme criminel et condamné pour les atrocités qui leur a fait subir.

    - Philippe Servaty a été condamné à 18 mois de prison et à des interdictions. Comment la justice belge a-t-elle qualifié exactement ses faits?
    - Le tribunal de première instance de Bruxelles a condamné Servaty  pour des crimes, des faits de qualification pénale extrêmement grave. Malgré ses dénégations, il a été reconnu coupable de traitements inhumains et dégradants (un cran en dessous de la qualification de torture), d’attentat à la pudeur sur mineur de moins de 16 ans, de corruption et débauchage de la jeunesse. Servaty a acquiescé au jugement et ce dernier est devenu définitif et coulé en force de chose jugée.
    La vérité judiciaire a donc été définitivement dite. Le statut de victimes de mes clientes a été consacré dès lors que leur constitution de partie civile a été reçue.

    - Quid de l’affaire aujourd’hui au civil et de ses délais? 
    - L’aspect civil de l’affaire est toujours en cours. L’évaluation financière des dommages subis par mes clientes est une question technique requérant des expertises qui doivent encore se dérouler au Maroc.
    Aussitôt que je rentre en possession du résultat de ces expertises, l’affaire peut être refixée dans des délais assez rapides.

    - Quels sont les chefs d’inculpation retenus à ce niveau à l’encontre de Servaty?
    - Il est poursuivi pour corruption et débauchage de mineur, attentat à la pudeur sur mineur de moins de 16 ans, traitement inhumain et outrage aux bonnes mœurs.

    - Vos clientes n’ont pas réussi à tourner la page. La rue continue à les condamner et les photos de ce scandale sont encore sur le Net. Que faire pour véritablement intégrer dans les mentalités que ce sont des victimes?
    - Malheureusement le traumatisme restera gravé à tout jamais dans leur chair.
    Modestement, je pense que ce jugement contribue à aider mes clientes à se reconstruire tant que faire se peut. Ce jugement est en outre un message à tout candidat au tourisme sexuel que l’impunité totale n’est plus de mise. Certes, une partie de la rue condamnera toujours les femmes (par ignorance ou profit). Mais en général, la prise de conscience des familles et de la société civile marocaine est de s’organiser et défendre leurs prétentions légitimes pour éloigner les prédateurs sexuels.
    -Quels enseignements tirez-vous de cette affaire après le rendu de la justice belge et bien auparavant le traitement de ce dossier par la justice marocaine?
    - Normalement, Philippe Servaty aurait dû être arrêté et condamné au Maroc où mes clientes auraient pu se constituer partie civile. Cette justice leur a été refusée et, pis encore, elles-mêmes ont été jetées en prison. Mes clientes m’ont impressionné par la force de leur caractère, leur détermination à refuser l’intolérable. De cela, nous pouvons tirer un enseignement: être déterminé, s’armer d’une patience infinie et s’organiser pour lutter contre le tourisme sexuel à l’encontre des mineurs et des personnes vulnérables. Je suis convaincu qu’ainsi nous arriverons à bout de ce fléau. Il s’agit d’une question de dignité.
    L’actualité brûlante atteste que la société civile marocaine est bien mûre et prête à se lever pour défendre ses enfants et les plus vulnérables. Elle ne veut plus se taire et n’accepte plus la compréhension et la clémence envers les pédophiles et autre type d’abuseurs qui, porteurs de devises étrangères, pensent pouvoir tout se permettre au Maroc.

    Une première

    DE l’avis, Me Redwan Mettioui, le jugement rendu est une première en Belgique. C’est, en effet, la première fois qu’une personne est condamnée dans ce pays pour tourisme sexuel, corruption et débauchage de la jeunesse pour des faits se déroulant à l’étranger.
    Ce jugement fait date dans la lutte contre le tourisme sexuel à l’encontre des personnes vulnérables. Il fait prendre conscience, à tout candidat à ce type de tourisme, que les tribunaux de son propre État pourraient lui demander des comptes, mais aussi aux victimes de la possibilité de poursuivre avec succès leur bourreau dans son propre pays.

    Propos recueillis, par Malika ALAMI

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