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Nobel prime la liberté d’informer

Par L'Economiste | Edition N°:6111 Le 11/10/2021 | Partager
Les journalistes Maria Ressa et Dmitry Muratov remportent le Nobel de la paix
Une distinction qui consacre leur combat dans leurs pays respectifs les Philippines et la Russie
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Les journalistes Maria Ressa et Dmitry Muratov, «les représentants de tous les journalistes qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la presse sont confrontées à des conditions de plus en plus défavorables» a précisé la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, à Oslo. (Ph. AFP)

Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi 8 octobre 2021, à Oslo deux journalistes d'investigation. Il s’agit de la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitry Muratov. Une consécration d'une liberté de la presse menacée par «la répression, la censure, la propagande et la désinformation». Les grands reporters sont primés pour leur combat «courageux pour la liberté d'expression dans leurs pays respectifs», a annoncé le comité Nobel norvégien cité par l’AFP.

Né en 1961, Dmitry Muratov, âgé de 59 ans, est l’un des cofondateurs en 1993 et est le rédacteur en chef du quotidien Novaïa Gazeta, une des rares voix encore indépendantes en Russie. Le journal d'opposition a notamment mis en lumière «la corruption, les violences policières, les arrestations illégales, la fraude électorale et les fermes de trolls et l'a payé au prix fort», a souligné le comité.

Dmitry Muratov a dédié le prix aux journalistes qui ont perdu la vie, dont Anna Politkovskaïa, tuée il y a 15 ans quasiment jour pour jour. «Ce n'est pas mon mérite personnel. C'est celui de Novaïa Gazeta. C'est celui de ceux qui sont morts en défendant le droit des gens à la liberté d'expression», dit-il. Le Kremlin a de son côté salué le courage et le talent du journaliste.

Maria Ressa, quant à elle, âgée de 58 ans, a cofondé la plateforme numérique de journalisme d'investigation Rappler en 2012. Un média qui a braqué les projecteurs sur «la campagne antidrogue controversée et meurtrière du régime du président philippin Rodrigo Duterte», a fait valoir le comité Nobel. «Rien n'est possible sans les faits», a réagi depuis Manille l'ancienne journaliste de CNN. Également de nationalité américaine, Maria Ressa a été condamnée en juin pour diffamation mais laissée en liberté sous caution dans une affaire où elle risque jusqu'à six ans de prison.

«Bien sûr nous condamnons la situation dans ces deux pays en particulier mais je tiens à souligner que nous condamnons aussi la situation dans tous les pays où l'activité des journalistes est restreinte et où la liberté d'expression est sous pression», assure la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen. Pour elle, «sans liberté d'expression ni liberté de la presse, il sera difficile de réussir à promouvoir la fraternité entre les nations, le désarmement et un monde meilleur».

Selon le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF), «la situation de la liberté de la presse est problématique, difficile, voire très grave dans près de trois-quarts (73%) des 180 pays évalués». De ce fait, «24 journalistes professionnels ont été tués depuis le début de l'année et 350 autres sont encore emprisonnés».

Le prix (une médaille d'or, un diplôme et près de 980.000 euros)  doit être physiquement remis le 10 décembre à Oslo si les conditions sanitaires le permettent.
Après la paix, seul Nobel remis à Oslo, la saison des prix décernés depuis 1901 s'achève lundi 11 octobre à Stockholm avec l'économie.

Le mérite pour la paix

Le prix Nobel de la paix est remis depuis 1901, presque annuellement. Il récompense «la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix», comme le voulait Alfred Nobel dans son testament. L'an dernier, le Nobel de la paix avait récompensé le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies pour ses efforts contre la faim dans le monde.

                                                               

Les dix derniers lauréats du prix

■ 2020: Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies pour ses efforts à combattre la faim dans le monde.

■ 2019: Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed pour ses efforts en faveur de la paix et en particulier son initiative déterminée pour régler le conflit frontalier avec l'Erythrée.

■ 2018: Le médecin congolais Denis Mukwege et la Yazidie Nadia Murad qui oeuvrent à mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre.

■ 2017: La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) pour avoir contribué à l'adoption d'un traité historique d'interdiction de l'arme atomique.

■ 2016: Le président colombien Juan Manuel Santos pour son engagement à clore le conflit armé avec la guérilla des Farc.

■ 2015: Le Quartette pour le dialogue national tunisien, des acteurs de la société civile qui ont permis de sauver la transition démocratique en Tunisie.

■ 2014: Malala Yousafzai (Pakistan) et Kailash Satyarthi (Inde) pour leur combat contre l'oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l'éducation.

■ 2013: L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), pour ses efforts visant à débarrasser la planète de ces armes de destruction massive.

■ 2012: L'Union européenne, projet qui a contribué à pacifier un continent ravagé par deux guerres mondiales.

Fanny DARD

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