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Towards Equality

En Italie, les éditeurs de manuels scolaires suppriment les stéréotypes de genre

Par Chiara Severgnini | Edition N°:6039 Le 24/06/2021 | Partager

Les mamans à la cuisine, les papas au travail. Des petits garçons désordonnés et très courageux, des petites filles timides et soigneuses. Des hommes qui peuvent choisir leur métier: astronomes, avocats, facteurs, chefs... Des femmes qui sont des mères de famille à plein temps ou, plus rarement, des enseignantes ou des coiffeuses...

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Irene Biemmi, spécialiste de l'enseignement du genre et maître de conférences à l'université de Florence (Ph. Irene Biemmi)

Les mamans à la cuisine, les papas au travail. Des petits garçons désordonnés et très courageux, des petites filles timides et soigneuses. Des hommes qui peuvent choisir leur métier: astronomes, avocats, facteurs, chefs... Des femmes qui sont des mères de famille à plein temps ou, plus rarement, des enseignantes ou des coiffeuses. S'agit-il simplement de stéréotypes qui datent des années 1950? On pourrait le croire mais, il y a quelques années, il n'était pas rare de les trouver dans presque tous les manuels scolaires des écoles primaires en Italie. Encore, en feuilletant ces livres démodés, on a l'impression de faire un voyage dans le temps. «Aujourd'hui, il est impossible de rédiger un manuel scolaire sans tenir compte de la perspective de genre. Et que les gens prennent ce changement au sérieux, c'est très positif», estime Irene Biemmi, spécialiste en enseignement du genre et maître de conférences à l'université de Florence. Depuis quatre ans, elle travaille également en tant que conseillère pour Obiettivo Parità («Objectif parité»), un projet qui réunit deux éditeurs italiens, Rizzoli Education et Centro Studi Erickson, qui ont adopté un ensemble de règles internes visant à créer, écrire et illustrer une série de livres proposant une représentation équitable des deux sexes.

- Corriere della Sera: Pour votre livre, «Une éducation sexiste: Stéréotypes de genre dans les manuels scolaires de l'école primaire» (Educazione sessista. Stereotipi di genere nei libri delle elementari, Éditions Rosenberg & Sellier), vous avez étudié des manuels scolaires qui ont été publiés entre 1997 et 2002. Qu'avez-vous découvert?
- Irene Biemmi:
Tout d'abord, une sous-représentation des femmes et des filles – seulement 37% des histoires dans ces livres ont une femme dans un rôle principal. Ce qui montre à quel point le sexisme latent de ces livres peut avoir des répercussions considérables. Au cours des ateliers que j'anime régulièrement dans les écoles, je demande aux filles pourquoi, selon elles, il y a si peu de femmes dans ces livres, et certaines donnent des réponses du style: «évidemment, elles sont moins importantes». Il y a plein de stéréotypes. Dans ces histoires, on trouve très peu de femmes actives; toutes les filles sont timides, soigneuses, bonnes élèves, tandis que les garçons sont courageux et vifs, parfois même un peu agressifs. On a l'impression de plonger dans des archétypes d'antan.

-  Cela se passe mieux maintenant, à votre avis?
- Si je regarde les manuels scolaires d’aujourd'hui, je dirais que oui. Mais en 2016, deux chercheurs, Cristiano Corsini et Irene Scierri, ont utilisé une grille d'analyse similaire pour étudier des manuels scolaires publiés plus récemment et leurs conclusions étaient plutôt tristes, on avait l’impression que les choses s’étaient dégradées.

- A votre avis, pourquoi les manuels scolaires semblent-ils incapables de se débarrasser des stéréotypes de genre?
- Parce que les éditeurs s'adressent à un public particulier, celui du milieu scolaire, qui a beaucoup de mal à accepter les changements. Les écoles italiennes sont un miroir à retardement de ce qui se passe dans le pays et elles sont incapables de suivre tous les changements qui ont lieu à l’heure actuelle dans notre société. N'oublions pas que, d'une part, la plupart des enseignants ont été formés dans les années 1970 et 1980 et qu'ils ramènent avec eux cette culture dans leurs classes. D’autre part, aucune formation spécifique n'est proposée sur les questions de genre, que ce soit aux enseignants plus âgés ou aux plus jeunes. Tout cela a également une dimension émotionnelle. Une mère avec un tablier qui donne le goûter aux enfants, des petits garçons téméraires, des petites filles occupées avec leurs poupées... Il s’agit de représentations quasi mythiques, et en même temps très rassurantes. Jeter cette culture à la poubelle et proposer quelque chose de nouveau est plus facile à dire qu'à faire.

- C'est pourtant ce que tente de faire «Obiettivo parità». Vous êtes leur principale conseillère; en quoi consiste votre rôle exactement?
- J'ai dirigé l'équipe qui a défini des lignes directrices concrètes que nos éditeurs doivent appliquer comme référence de base. Maintenant, mon travail consiste à réviser minutieusement chaque livre, page par page.

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Pour les besoins de son livre, «Une éducation sexiste: Stéréotypes de genre dans les manuels scolaires de l'école primaire», Irene Biemmi a étudié des manuels scolaires publiés entre 1997 et 2002 (Ph. DR)

- C’est-à-dire?
- Je passe chaque manuscrit au peigne fin. Je me pose des questions, telles que: Combien d'auteurs masculins et féminins sont inclus? Les rôles principaux des histoires sont-ils répartis de manière équitable entre hommes et femmes? Y trouve-t-on des stéréotypes? Je regarde le livre dans son ensemble, je ne me focalise pas sur un seul passage. Si une partie du contenu me semble problématique, par exemple parce qu’il y a des stéréotypes évidents ou désagréables, je le signale aux éditeurs. Mais en général, je cherche à me faire une impression globale du livre. Ensuite, je passe à la relecture du langage. Par exemple, je supprime toutes les occurrences du genre masculin dans les instructions pour les devoirs. Au lieu d'un générique «débats avec tes camarades de classe», je préfère utiliser «débats avec tes camarades garçons et filles» ou «avec ta classe». À la fin, j'envoie mes suggestions à l’éditeur adjoint, dont la tâche est de corriger toutes les irrégularités. Quelques mois plus tard, je reçois une nouvelle série de copies et je procède à la dernière relecture, en tenant compte cette fois-ci également des photos et des illustrations. Ensuite, et seulement lorsque tout est en place, le livre est envoyé à l'imprimerie.

- Votre travail implique-t-il principalement de soustraire, plutôt que d’ajouter?
- Non, il ne suffit pas de supprimer les stéréotypes; notre objectif est de proposer quelque chose de nouveau, ce que l'on appelle des «contre-récits». Mais c’est la façon dont on se sert d’eux qui est cruciale. Pour moi, le meilleur livre n'est pas celui dans lequel toutes les mères de famille sont des astronautes et tous les pères sont occupés à préparer le dîner dans la cuisine, où tous les petits garçons sont timides et toutes les petites filles ressemblent à [l'icône féministe] Fifi Brindacier. Le meilleur livre est celui capable d’offrir une représentation plurielle de la réalité, car la diversité culturelle est le tremplin pour atteindre l'égalité des genres. Nous n'avons pas besoin de livres qui offrent une vision du monde à l'envers, ce serait complètement artificiel. Dans notre monde, beaucoup de mères de famille sont des scientifiques, juristes ou travaillent à la poste, beaucoup de petits garçons sont sensibles et beaucoup de petites filles sont sportives: pourquoi ne pas les mettre, eux aussi, en lumière?

Par Chiara Severgnini

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Cet article est publié dans le cadre de «Towards Equality», une opération de journalisme collaboratif rassemblant 15 médias d’information du monde entier mettant en lumière les défis et les solutions pour atteindre l’égalité des genres.

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