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Le Cercle des Experts

Coronavirus, la réalité de la pandémie au Maroc

Par Pr. Nacer Chraïbi - Pr. Jaâfar HEIKEL - Pr. Driss Moussaoui - Pr. Abdelwahad Tazi | Edition N°:5847 Le 21/09/2020
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La situation pandémique actuelle semble alarmer les décideurs et les pousser à des mesures autoritaires. Si le nombre de cas testés positifs a augmenté de manière importante, c’est parce que le nombre de tests de dépistage est passé de quelques centaines à plus de 20.000 par jour, mais la mortalité officiellement rapportée pour la Covid-19 se situe entre 20 et 40 personnes par jour.

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Les Professeurs Nacer Chraïbi, Jaâfar Heikel, Driss Moussaoui et Abdelwahab Tazi ont préparé le texte ci-dessous dans le souci d’aider les Marocains. Ayant servi la santé publique durant de nombreuses années, ils exercent aussi un magistère et sont impliqués dans de nombreuses activités de la société civile. Ils considèrent que le virus ne disparaîtra pas de sitôt. Il continuera donc à perturber la vie sociale et économique. Laquelle doit être préservée au même titre que la santé, les trois pôles étaient étroitement dépendants les uns des autres (Ph. Jarfi)

Il est important de remettre la mortalité (voir encadré), avec ou par le coronavirus, dans le cadre d’une vision large et globale des causes de décès. Toutes les études dans le monde ont montré qu’il y a une mortalité augmentée par le coronavirus sur un terrain fragilisé par les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète, l’obésité… Ces malades chroniques, de peur de contracter la Covid-19, évitent les médecins, les hôpitaux, les cliniques et les structures étatiques de base.

Très peu de cas graves

Le résultat est une augmentation de la mortalité liée à ces maladies chroniques du fait d’une anxiété majeure et d’une atmosphère globale de peur. Par ailleurs, toutes les ressources de santé publique ont été orientées vers la construction ou l’aménagement d’unités destinées au Covid-19, au détriment de la prise en charge d’autres pathologies graves.

Les autorités annoncent que les hôpitaux sont fortement sollicités, que les services de réanimation sont saturés et que de nombreux patients sont sous ventilation artificielle. Actuellement, et malgré le nombre de sujets dépistés positifs, ces derniers cas ne constituent que 300 patients environ pour tout le Maroc sur près de 18.000 cas hospitalisés.

Il est important de rappeler que sur les 2.000 cas quotidiens depuis début août, 80% (1.600 sujets) sont asymptomatiques et ne se sentent pas malades, 15% présentent des symptômes légers et 5% des symptômes plus ou moins graves. Quant à la mortalité par million d’habitants ou le taux de létalité (1,75% environ), ils restent dans la fourchette des meilleurs chiffres dans le monde.

La pandémie a révélé non seulement les insuffisances de notre système de santé, mais aussi les problèmes d’une gestion centralisée qui veut absolument tout contrôler. Ainsi, le secteur privé a été totalement mis à l’écart de la gestion de la pandémie, alors qu’il représente environ 50% des médecins du pays. Plusieurs milliers de lits sont disponibles dans les cliniques privées, peu ou pas utilisés. Les laboratoires d’analyses médicales viennent juste d’obtenir l’autorisation de pratiquer la recherche de la Covid-19, alors qu’il est établi que l’une des meilleures approches est la détection massive et rapide des sujets symptomatiques et leurs contacts éventuels.

Le secteur privé pourrait participer à l’effort global en accueillant les 80% qui sont asymptomatiques, et en les accompagnant jusqu’à leur guérison démontrée. Ceci aurait le mérite de diminuer la pression sur les hôpitaux publics, qui seraient réservés aux cas symptomatiques ou graves.

Des fermetures non justifiées

Si le confinement a permis de gagner du temps et de freiner la propagation du virus à une vitesse importante au début, en vue de permettre d’acquérir les gels, les masques, les respirateurs, etc., il ne constitue ni une fin en soi, ni un traitement de la pandémie, mais une solution d’urgence et transitoire.

La pandémie, malgré les efforts consentis par le Maroc pour soutenir l’emploi et les populations démunies, a précipité de très nombreuses personnes dans la précarité et les entreprises défaillantes se comptent aujourd’hui par milliers. Les conséquences à long terme sur l’économie et la stabilité sociale risquent d’être désastreuses.
Toute solution au long cours doit permettre aux citoyens de travailler pour gagner un revenu quotidien minimal.

Fermer des usines avec des centaines d’ouvriers parce que quelques-uns ont été testés positifs, n’est pas toujours justifié. Fermer un lycée de 2.000 élèves parce qu’une seule personne a été testée positive n’est pas explicable d’un point de vue épidémiologique.

- En plus des règles de distanciation physique, il faut veiller à fournir du gel et des masques aux classes populaires qui ne peuvent se payer un masque quotidien pour chaque membre de la famille;

- Il faut améliorer les filets sociaux (assurance maladie, chômage, etc.) et opérer une refonte du système de santé demandée par Sa Majesté le Roi pour répondre aux besoins de santé Covid et non-Covid, particulièrement pour les populations les plus vulnérables;

- Lutter contre la pandémie n’exonère pas de travailler à améliorer le nombre et la qualité des infrastructures de santé, commencer à former du personnel médical et paramédical en nombre suffisant pour faire face aux besoins de la population et combattre les catastrophes sanitaires qui risquent de frapper dans les années à venir.

La pandémie représente un défi sérieux pour les systèmes sanitaire et économique marocains, dont elle a révélé les insuffisances et les défaillances. La lutte contre la pandémie ne doit pas empêcher de combler le plus rapidement possible les failles du système de santé, pour assurer de meilleurs soins aux Marocains, et disposer d’un système performant en cas de nouvelle catastrophe sanitaire, y compris des pandémies avec des virus totalement inconnus jusque-là.

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La fonte du permafrost en Sibérie libère du carbone en quantité colossale, du mercure et du méthane. Et en plus, quatre familles de méga-virus dont une, selon le Pr. Didier Raoult, est déjà connue comme pathogène. Il est nécessaire d’apprendre à vivre avec de nouveaux arrivants  (Ph. DR)

De quoi meurt-on au Maroc? Corona, la plus faible contagiosité

A titre de comparaison, la mortalité annuelle totale au Maroc est de 0,51% de la population générale (36 millions), soit environ 180.000 décès annuels ou 493 par jour.
Les décès par l’atteinte du coronavirus ont représenté environ 1.600 sujets en six mois, soit 9 par jour. Rappelons que la grippe saisonnière peut également tuer, en particulier des personnes âgées et avec des maladies chroniques. L’OMS estime le nombre de décès par grippe saisonnière dans le monde entre 600.000 et 800.000 personnes.
Quant à la contagiosité du coronavirus, elle est parmi les plus faibles, puisque le R0 de la Covid-19 est inférieur à celui de la rougeole, de la coqueluche, diphtérie, VIH, hépatite B ou encore la tuberculose dans certains pays.

Les décès au Maroc en 2018
(Derniers chiffres disponibles)

  • Mortalité totale: 180.000/an soit 493 par jour
  • Maladies cardiovasculaires: 32%, soit 180 par jour
  • Cancers: 12,9% soit 65
  • personnes par jour
  • Pollution de l’air: 46 par jour
  • Maladies respiratoires 5,7% ou 28 par jour
  • Accidents de la circulation: 12 par jour
  • Coronavirus: 9 personnes par jour

NB: Le Maroc ne compte pas les morts de la grippe saisonnière

                                                                         

Le contexte

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 «Actuellement, disent les quatre professeurs, le confinement ne peut plus être que ponctuel, pour certaines zones à très forte circulation du virus. Le coût de l’isolement des populations est considérable sur les plans économique et social. Il est fortement anxiogène, et en plus de la souffrance psychique qu’il génère, il entraîne une baisse significative des défenses immunitaires de la population». Ici des centaines de naufragés à la seule gare routière de Ouled Ziane à Casa, le 11 août 2020. Les citoyens ont vécu le chaos partout dans le pays, à cause de décisions mal maîtrisées (Ph. Khalifa)

Le Maroc, comme la plupart des pays dans le monde, a subi la propagation et l’extension de la pandémie virale du coronavirus depuis mars 2020. Il a connu deux phases:

- La première, marquée par une fermeture précoce des frontières et un confinement total, entre le 14 mars et fin mai, qui ont permis un contrôle de la pandémie, avec des cas d’incidents faibles, près de 85% des patients asymptomatiques et un nombre de décès remarquablement bas.

- La deuxième phase, marquée par le déconfinement en juin, a vu l’extension du nombre de cas positifs, des cas symptomatiques et du nombre brut de décès.

Cette deuxième phase a aussi été caractérisée par des décisions mal comprises et mal acceptées par les citoyens (fermeture de routes à quelques heures de l’Aïd el Kebir; fermeture brutale de huit villes après avoir encouragé le tourisme intérieur; annonce de la reprise scolaire en septembre en présentiel, puis au choix des parents, puis à distance).

                                                                         

Ordonnance urgente? La gouvernance!

Nous n’avons pas de problème de gestion technique ou médicale de la pandémie actuellement, mais un sérieux problème de gouvernance de cette crise sanitaire, sociale et économique.

- L’investissement financier actuellement engagé dans la lutte contre la Covid-19 a permis de sauver quelques centaines de vies, mais au détriment des autres pathologies qui deviennent plus mortelles. Sur le plan éthique, il est injuste de favoriser un patient par rapport à un autre, et de créer une médecine à plusieurs vitesses, basée sur la peur transmise à travers des médias.

- Le pays a besoin d’un comité d’experts indépendants et polyvalents, couvrant différents domaines de la vie économique et sociale, qui s’exprime, qui explique les tenants et aboutissants de la stratégie adoptée pour convaincre et faire adhérer la population, plutôt qu’une approche autoritaire basée sur la peur uniquement.

- Une gestion transparente suppose la publication des données marocaines recueillies lors de la gestion de cette pandémie, permettant de montrer aussi les acquis et les succès du Maroc dans la prise en charge des patients entre mars et juin 2020. Cela permettrait de juger de la qualité et de la pertinence des décisions prises jusqu’à présent, et d’améliorer la gestion à venir. Elle suppose une meilleure communication, qui explique et demande l’adhésion des citoyens, plutôt qu’une approche autoritaire basée sur la peur.

 

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