×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Le Cercle des Experts

Tourisme, Covid-19 et politique: la difficile cohabitation

Par Jalal IMANI | Edition N°:5840 Le 10/09/2020 | Partager

Diplômé de l’ESCAE Dijon en 1982, Jalal Imani, à travers une carrière de 37 ans dans l’aérien et le tourisme, est un expert et fin connaisseur de ces secteurs. A Royal Air Maroc, il a été représentant en Belgique, en Espagne, en Italie, directeur Afrique à Dakar. Egalement sous-directeur marketing et communication, DG Atlas Catering, DG Amadeus Maroc, DG RAM Academy. Il a aussi été directeur commercial et marketing à Accor Maroc, directeur des opérations, délégué Afrique à l’ONMT basé à Dakar et DG de la CNT

Professionnel  du tourisme depuis près de 40 ans, Jalal Imani livre ici sa vision de l’impact de la pandémie de Covid-19 sur le secteur touristique. Selon lui, le Maroc n’a pas su réagir à temps pour sauver l’industrie touristique. Seule la réouverture des frontières aurait pu permettre d’offrir une bouée de sauvetage à la profession.
 
Le gouvernement et les professionnels du tourisme se sont plusieurs fois réunis et ont conclu un contrat-programme ainsi que la continuation de la subvention CNSS pour les employés ayants droit. Au bout du compte et au-delà des apparences plutôt favorables, le contrat-programme est basé plutôt sur des actions à moyen terme. Les subventions CNSS au-delà de juin tardent à être distribuées et ne constituent qu’une partie insuffisante pour pallier les nombreuses charges des hôtels. Elles excluent aussi plusieurs secteurs du tourisme. Les dettes et les obligations financières diverses rééchelonnées ne sont pas effacées pour autant et restent dues alors que,  dans le meilleur des cas, elles ne pourront être remboursées à l’Etat et aux banques que lorsque les entreprises reprendront un semblant de santé financière, à savoir pas avant de longs mois, voire même des années. Finalement, ses réunions s’apparentent à un jeu de rôle dans lequel l’Etat tente de rassurer et de promettre sans forcément en avoir les moyens, ni même la véritable volonté politique, et les professionnels qui présentent des doléances. Ces réunions devaient être de véritables séances de négociations avec des objectifs et des délais à atteindre et obtenir coûte que coûte dans la courtoisie certes, mais dans la fermeté du côté des professionnels. Il s’agit quasiment d’une question de vie ou de mort. Finalement, il apparaît clairement, vu les décisions graduelles et répétitives prises par le gouvernement depuis le mois de juin, que le tourisme n’est pas une priorité… point barre! Aux professionnels du tourisme d’en prendre acte et d’agir comme ils le peuvent sans trop compter sur le secteur public. Un gros travail de lobbying aurait dû être fait depuis des années pour placer le tourisme dans les priorités de l’Etat. Toutes les mesures à venir sont maintenant tardives car elles laisseront de toutes les façons sur le carreau beaucoup d’hôtels, d’agences de voyages, de loueurs de voiture et d’autocar, de restaurateurs.  

marrakech-tourisme-040.jpg

Lorsqu’il reprendra progressivement, l’écosystème du tourisme sera très amoindri avec beaucoup d’entreprises et hôtels ayant définitivement disparu ou dans un état très affaibli (Ph. AFP)

Qui tiendra le coup d’ici là?

Il faut aussi savoir que l’écosystème du tourisme, lorsqu’il reprendra progressivement, sera très amoindri avec beaucoup d’entreprises et hôtels ayant définitivement disparu ou dans un état très affaibli. Les 13 millions de touristes de 2019, on ne les verra qu’en 2024 peut-être. Qui tiendra le coup d’ici là?
 La véritable mesure qu’il fallait prendre était d’ouvrir les frontières en juin ou maximum juillet. Cela aurait permis de recevoir les touristes et les MRE qui souhaitaient venir au Maroc, certes dans une proportion moindre, mais suffisante pour aider les professionnels à faire face à leurs charges et partant, à soulager l’Etat d’une partie de leur aide financière. Les professionnels auraient été lancés dans une dynamique progressive d’autofinancement et de commercialisation de leur produit et surtout, il y aurait eu de la visibilité et de l’espoir. Visibilité toujours inexistante et espoir déçu et éteint.
Il aurait fallu suivre les exemples de la France, l’Espagne et l’Italie, qui ont tous privilégié, depuis fin juin, l’économie, le social et qui ont mentionné particulièrement l’importance de sauver le tourisme. Ils ont assumé qu’il y aurait plus de malades du Covid et plus de décès mais qu’ils prenaient en charge correctement les malades par une structure de santé efficiente. Au bout du compte, l’immense majorité des malades atteints par le Covid guérit ou est asymptomatique. Le nombre de décès, certes regrettable et que l’on ne peut souhaiter à personne, reste minime et doit être comparé aux décès dus à d’autres nombreuses maladies, au tabagisme, aux accidents de la route et autres malheurs.

plage-040.jpg

Pour de nombreux experts, la véritable mesure qu’il fallait prendre était d’ouvrir les frontières en juin ou maximum juillet. Autrement dit, suivre les exemples de la France, l’Espagne et l’Italie, qui ont tous privilégié, depuis fin juin, l’économie, le social et qui ont mentionné particulièrement l’importance de sauver le tourisme (Ph. AFP)

Redonner de l’espoir à une population à bout de souffle

Les mesures les plus efficaces restent le dépistage et le traitement par l’accroissement des capacités en hôpitaux de campagne en plus de ceux existants et le respect des gestes barrières par la population. A cette population de prendre individuellement ses précautions ou d’en assumer les conséquences. Il apparaît que la priorité est à sauver l’économie et le social car cela revient à sauver la population du chômage et de l’appauvrissement, et cela revient à redonner de l’espoir et de la confiance en soi à une population à bout de souffle, en majorité désemparée et à redonner de l’estime de cette population envers son gouvernement.
Finalement, le Covid semble être là pour durer, il faut donc apprendre à cohabiter.  Par la même, définir ce que l’on entend par protection de la population et sa santé. Est-ce prioriser totalement la lutte contre le Covid ou prioriser l’économie nationale, l’emploi, le social? L’équation est très difficile à résoudre et il n’y a pas de solution miracle. Mais il faut trancher et choisir. Si l’on choisit la lutte contre le Covid, il faut assumer les faillites, le chômage et l’appauvrissement, si l’on choisit l’économie et le social, il faut assumer plus de malades et de décès, sachant que ce virus est très contagieux et très peu létal,  et mettre en place plus de capacité de soins.

                                                                                        

Mesure bonne à prendre mais très limitée

aereport-040.jpg

La mesure prise samedi 5 septembre 2020 pour permettre aux étrangers d’emprunter les vols spéciaux existants vers le Maroc ne change pas fondamentalement la donne. C’est une capacité totale de sièges limitée et les dessertes concernent uniquement Casablanca. De plus les clients potentiels seront limités en nombre puisqu’ils règlent aujourd’hui leurs affaires bien plus par télétravail et visioconférence. Les villes touristiques ne sont toujours  pas desservies en vols directs et aucune autorisation n’est encore accordée aux compagnies aériennes régulières et low-cost pour cela. Une fois ces dessertes accordées, et il n’y a pas de visibilité là-dessus, ces compagnies auront besoin d’un temps pour décider des villes touristiques qu’elles sont disposées à desservir et à quelles fréquences, en supposant qu’elles estiment que cela soit rentable. Cette mesure est toujours bonne à prendre mais reste très limitée par rapport aux besoins en capacités sièges et en origine/destinations, c’est-à-dire en termes  de villes d’apport européennes et destinations ville Maroc, afin de satisfaire les besoins pour la relance progressive du tourisme.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc