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Economie

Déconfinement: Sommes-nous sur la bonne voie?

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5800 Le 09/07/2020 | Partager
Le processus progressif a réussi, malgré les fluctuations
La moyenne de 1,2% atteste que la maladie résiste encore, selon deux statisticiens
Ils démontrent pourquoi nous avons des contaminations en masse

Le nombre de cas actuels de Covid qui atteint des niveaux inégalés, alors que le Maroc amorce sa dernière phase de déconfinement, laisse planer un sérieux doute quant à l'efficacité des mesures mises en place par les autorités, allant même jusqu'à remettre en cause la pertinence de l'opération. 

Le Maroc mène-t-il son déconfinement progressif comme il le faut, ou bien sommes-nous en présence d'un scénario catastrophe? Des questionnements qui ont conduit Saïd El Melhaoui et Nabil Azouagh, deux docteurs en statistique et modélisation mathématique (Laboratoire de modélisations stochastique et déterministe, de l’Université Mohammed Premier d’Oujda), à réaliser une étude d'évaluation pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

Pour y répondre, ces deux chercheurs ont opté pour une analyse de deux séries chronologiques journalières observées entre le 30 mars et le 6 juillet 2020: la série des nouveaux cas (NC) et la série des pourcentages des nouveaux cas parmi les personnes testées (PNC) qui représente le taux de positivité au test Covid-19 (les données proviennent du communiqué journalier du ministère de la Santé via son portail officiel du coronavirus au Maroc).

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Représentation graphique de l’évolution chronologique de la série PNC des taux de positivité des tests entre le 30 mars et le 6 juillet montrant une décroissance significative. Les deux lignes oranges indiquent deux ruptures séparant les trois phases pandémiques

Concernant l’analyse de la situation pandémique, et en se basant uniquement sur la série des nouveaux cas via le test de Pettitt (1979) sur la série, les chercheurs ont constaté qu’elle contenait au moins un point de rupture (p-value <0,000).

La fonction «breakpoints» du logiciel R (Cf. Bai et Perron 2003), révèle l’existence de trois points de rupture dans la série des NC: le 13 avril, le 12 mai et le 18 juin, séparant ainsi quatre phases pandémiques. La phase 4 (du 19 juin au 6 juillet) représente pratiquement les répercussions du déconfinement adopté le 10 juin.

De fait, l’après-déconfinement présente une nouvelle phase dans la propagation du Covid-19. Après le 18 juin, la situation semble empirer à travers une forte croissance du nombre des nouveaux cas, affichant des nouveaux records en passant d’une moyenne de 71 cas durant la phase 3 à 294 cas dans la phase 4.

Ces résultats donnent l’impression que la situation pandémique se dirige vers un scénario catastrophique. Néanmoins, l’analyse de la série des nouveaux cas pourrait être trompeuse, puisque les données sont issues d’une démarche de dépistage dynamique vu que le nombre des tests effectués par jour est en permanente progression.

Pour ce qui est de l’analyse de la série des pourcentages des nouveaux cas, en vue d’inclure le nombre de tests effectués par jour, les deux universitaires ont opté pour l’analyse de la série des pourcentages des nouveaux cas (PNC) donnée par: PNC=NC/NTJ, où le NTJ est le nombre de tests effectué par jour. L’application du test de Pettitt (1979) indique avec une certitude presque absolue (p-value= 0,000) que la série PNC contient au moins un point de rupture.

La première phase couvre une période de 20 jours (30 mars au 18 avril) et correspond à la propagation forte de la maladie (R0>1), avec l’apparition de clusters industriels et familiaux, avec une locale diffusion de la maladie. Le taux de positivité du test est de l’ordre de 22% et le nombre journalier moyen des tests est d’environ 518.

La deuxième phase couvre une période de 24 jours (19 avril au 12 mai). Cette période a connu une tendance décroissante du PNC, qui a chuté significativement (d’après le test de comparaison de Wilcoxon avec niveau d’erreur de 1%) vers une moyenne de 7,18%.

Ceci est accompagné d’une croissance des tests effectués, avec une moyenne de 2.374 tests par jour. Dans cette phase, le Maroc a récolté les bienfaits du confinement adopté le 20 mars et en l’occurrence, il a commencé à cerner la maladie (le R0 fluctue autour de 1).

La troisième phase s’étale sur 55 jours (13 mai au 6 juillet) et comprend la période du déconfinement. Cette dernière phase correspond à une deuxième chute significative (test de Wilcoxon p-value égale à 0.000) du PNC qui s’est contracté vers 1,2%.

Cette chute a été accompagnée par une forte augmentation du nombre de tests effectués qui a atteint les 18.504. De plus, le test de Wilcoxon montre, au seuil d’erreur 10%, qu’il n’y a pas de différence significative entre le pré et le post-déconfinement. Cependant, le coefficient de variation post-déconfinement (71,3%) montre que le PNC est très volatil ce qui révèle une instabilité inquiétante dans l’évolution des taux d’infection.

Nos deux chercheurs sont arrivés au résultat suivant: L’analyse de la situation pandémique ne peut être basée uniquement sur le nombre des nouveaux cas, mais il faut plutôt inclure le nombre de tests effectués via le taux de positivité du test.

L’analyse de ces taux indique que le confinement total a causé une réduction considérable du taux d’infection et que le déconfinement progressif semble réussi, malgré les fluctuations enregistrées dernièrement dans le PNC. Cependant, il faut toujours se méfier, car la stabilité du PNC autour d’une moyenne de 1,2% veut dire que la maladie résiste encore aux mesures de lutte et de prévention.

Nécessité d’une chute durable du PNC vers 0%

Pour affirmer que la crise épidémiologique est définitivement dépassée au Maroc, un troisième changement de régime doit être réalisé: une chute durable du PNC tendant vers 0%. Et pour une plus grande visibilité de l’évolution de la pandémie, il est impératif de stabiliser et d’améliorer l’estimation du PNC pour qu’il converge vers le taux d’infection réel.
Aussi, les deux chercheurs recommandent-ils d'élargir la population dépistée. Objectif,  atteindre des personnes non nécessairement susceptibles d’être contaminées tout en adoptant une stratification par grappes, où le ménage constitue l’unité statistique, afin de pouvoir balayer un grand nombre dans un temps réduit et pour un coût optimal.

Ali KHARROUBI

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