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Tribune

Quel avenir industriel pour le Maroc?

Par Hicham SAADANI HASSANI | Edition N°:5798 Le 07/07/2020 | Partager

Hicham Saadani Hassani est docteur ès sciences économiques et expert en finances de marché avec une expérience de 24 ans dans un Bureau de recherche d’analyse financière (Ph. Privée)  

Depuis son indépendance, le Maroc se cherche toujours une vocation industrielle, sans vraiment la trouver puisqu’il reste partagé entre plusieurs visions qui, au lieu de s’enrichir pour donner corps à une véritable stratégie volontariste, sclérosent le processus décisionnel.
Les efforts entrepris sur les vingt dernières années dans les nouveaux métiers notamment l’automobile et l’aéronautique sont à saluer mais demeurent bien loin des espérances.
Le timing est probablement arrivé un peu en retard car dans une économie fortement mondialisée, le coût d’opportunité se paie très cher si les choix industriels ne coïncident pas avec les cycles de croissance que connaissent les activités investies.
C’est ce que notre pays a connu avec le textile dans les années 70 du siècle dernier, sachant que c’est à partir de ce métier, plutôt basique, que des pays comme le Japon, la Corée du Sud ou la Turquie ont réussi à remonter l’amont industriel pour se revendiquer aujourd’hui parmi les leaders mondiaux de l’ingénierie industrielle et de la machine-outil.
L’ingénierie industrielle est précisément l’autre facteur clé de succès à considérer. Il ne s’agit pas de l’exécution, mais bien de la conception et du développement des process de fabrication des pièces et des machines, particulièrement à destination de l’industrie.
Les changements au niveau mondial induits par la survenance de la crise du Covid-19 semblent indiquer une tendance vers l’inflexion notamment du sourcing mondial. Cette nouvelle donne pourrait a priori constituer une opportunité en or pour le Maroc pour récupérer ne serait-ce qu’une partie de la redistribution des spécialisations mondiales, notamment pour fournir l’Europe.
Le Maroc y serait bien positionné et ferait partie des pays dits «useful & reliable» et, par conséquent, apte à accueillir une partie des relocalisations de «proximité» de l’Europe. C’est très bien sauf que si on s’y insère dans notre état d’esprit présent, on n'aura que ce que l'Europe voudra nous donner en matière de sous-traitance dans des activités parcellaires et à faible valeur ajoutée.
A cet effet, le Maroc a davantage besoin de réadapter son outil industriel au lieu de se lancer dans une nouvelle vague de lourds investissements qui peuvent se révéler à rentabilité insuffisante ou même à fonds perdus. Pour cela, nous avons besoin de recourir à l’ingénierie industrielle et d’assoir une vision stratégique pour le développement de notre industrie avec un meilleur ciblage des activités mondiales en croissance pour les 10-20 prochaines années et dans le cadre d’une logique d’intégration de filières.

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Les efforts entrepris sur les vingt dernières années dans les nouveaux métiers notamment l’automobile et l’aéronautique sont à saluer mais demeurent bien loin des espérances (Ph. L’Economiste)

Enjeux communs

Les filières industrielles définies doivent chacune établir leur propre contrat de filière dans lequel devrait être abordé les enjeux communs notamment en matière de besoins en formation et en financement, d’encadrement des relations entre grands groupes et PME, de mutualisation des achats, de développement à l’export en groupement économique, etc. Les politiques publiques se doivent de se mettre au service de la structuration des filières industrielles de notre économie via des incitations de toutes sortes:
- La création (i) d’une autorité de régulation industrielle qui oriente les investisseurs en fonction  des besoins de notre économie et des tendances de la demande étrangère, en encourageant le renforcement des intégrations amont-aval ainsi qu’horizontalement et en évitant de créer des situations de suroffre et (ii) d’une Banque publique de financement de l’industrie et du numérique qui encourage notamment les PME à travers des prêts ou même des prises de participations directes dans les meilleures conditions possibles (taux, valorisation, etc.);
- Le renforcement de la formation dans les métiers industriels et du numérique allant de la simple exécution à l’ingénierie la plus pointue pour pouvoir mettre à disposition des branches industrielles en permanence un bassin de compétences consistant et de qualité;
- La mise en place d’une fiscalité avantageuse pour les entreprises qui favorisent le sourcing local et, par voie de conséquence, contribuent à la réalisation de cette logique de filières intégrées;
- L’engagement d’investissements publics importants dans l’aménagement de nouvelles zones industrielles/numériques et la réfection des anciennes en les dotant d’infrastructures et de connectivité modernes;
- La promotion de l’export des sociétés industrielles en octroyant des primes à l’export et des compensations de marges en contrepartie de rapatriement d’un volume de devises minimum (avec respect d’une proportion réglementaire du chiffre d’affaires).
A travers la combinaison croisée de l’ensemble de ces actions, le Maroc peut impulser ses propres filières et en faire des clusters d’excellence en se donnant à nouveau les moyens de ses ambitions industrielles et faire rayonner le «made in Morocco».

                                                                                      

Eviter les erreurs historiques

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Historiquement, l’erreur du Maroc était de croire que sa position géostratégique le prépare naturellement à être intégré dans les chaînes de valeurs mondiales. C’est certes un atout mais qui reste insuffisant s’il n’est pas renforcé par les autres éléments.
Pour le cas du textile, nos atouts compétitifs étaient certains dans les années 70: proximité des marchés européens, coût de production compétitif et bonne qualité globale de la main-d’œuvre. Cependant deux erreurs stratégiques majeures ont été commises:
- Aucune anticipation des changements qui allaient se produire aussi bien pour la demande (nouveaux besoins, nouvelle segmentation, nouveaux marchés, etc.) que pour l’offre (nouveaux producteurs, nouvelles technologies, abolition de l’accord multifibres, etc.);
- Aucune implication des pouvoirs publics pour impulser ou même forcer une intégration amont-aval du secteur qui devait prendre son origine dans la fabrication du fil et finir avec le contrôle des réseaux de distribution dans les marchés de destination via la création ou l’acquisition de franchises de marques internationales.
Pour ne pas retomber dans les mêmes travers, il nous faut être davantage inventif en prenant les devants sur les bonnes chaînes de valeurs industrielles. Il ne faut pas se leurrer face à une Turquie mieux armée sur les  plans industriel, infrastructurel, fiscal, etc., pour renforcer son positionnement et profiter de la nouvelle donne mondiale.

 

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