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Tribune

Votre entreprise a survécu au Covid-19. Qu’en est-il de son écosystème?

Par Dr Brahim Allali | Edition N°:5797 Le 06/07/2020 | Partager

Auteur de nombreux articles scientifiques, le Pr. Brahim Allali est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'internationalisation des PME et de la recherche sur le changement organisationnel et les entreprises familiales. Après avoir enseigné notamment à HEC Montréal et à l'ISCAE (où il a soutenu en 1992, le premier mémoire présenté dans le cadre du Cycle Supérieur de commerce international, dans une démarche qui plus est originale qui a consisté dans le cadre du mémoire à créer une entreprise de négoce international de tapis noués main!), il est aujourd'hui consultant international et directeur général de Reload Consulting (Ph. BA)

Durant la Seconde Guerre mondiale, la tristement célèbre Luftwaffe (armée de l’air allemande) a mené de nombreux blitz sur Londres. Chaque raid faisait de nombreuses victimes et causait des dégâts importants aux maisons et aux infrastructures. Le psychiatre canadien MacCurdy dans son livre «The structure of morale» estime que chaque raid créait trois groupes de personnes parmi la population londonienne: ceux qui sont tués dans le raid (direct hit), ceux qui ont vécu les bombardements, mais qui ont pu leur survivre (near misses) et, enfin ceux qui ont entendu de loin les déflagrations et les sirènes des ambulances défilant dans les rues pour transporter les victimes, ont vu la fumée s’élever des quartiers bombardés, mais qui n’ont pas directement vécu le raid (remote misses). 

Par analogie, quand une pandémie comme Covid-19 frappe un pays (en l’occurrence le Maroc), il y a lieu de distinguer entre trois groupes d’entreprises selon le degré d’impact par la crise: le premier groupe est celui des entreprises directement frappées par les effets de la pandémie et qui, comme conséquence directe, ont dû disparaître; le second groupe est formé d’entreprises qui ont subi les effets de la pandémie, mais qui ont pu survivre en s’adaptant au nouvel environnement post-Covid-19 ou en amortissant son impact à travers le recours à des réserves antérieurement accumulées ou nouvellement mobilisées; le troisième groupe est celui de toutes les entreprises qui ont été, du fait de la nature de leur activité ou de toute autre raison, totalement épargnées par les effets de Covid-19. Certaines des entreprises de ce troisième groupe ont même vu leur activité prospérer grâce à la crise pandémique (supermarchés avec un service de livraison, entreprises de fabrication de masques de protection et d’autres produits médicaux comme les solutions hydroalcooliques, etc.)

Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur des dégâts que Covid-19 a pu causer et continue toujours de causer aux deux premiers groupes: les direct hit et les near misses. Certains pronostics parlent de 50% à 80% de mortalité dans des secteurs d’activité frappés de plein fouet par les effets de la pandémie.

Notre propos dans cette contribution n’est pas de proposer des solutions pour ressusciter les direct hit (entreprises disparues) bien que cela soit une entreprise fort louable et une tâche qui mérite amplement que l’on s’y attelle. Il est plutôt d’attirer l’attention des entreprises rescapées qu’elles ne sont pas encore hors du danger.

En effet, le premier réflexe d’un rescapé sorti de sous les décombres juste après avoir pris conscience de son salut est de demander si les autres membres de sa famille sont sains et saufs. Puis, il va s’enquérir si ses voisins et connaissances n’ont pas péri dans le bombardement. Même les remote misses, les personnes qui n’ont pas vécu directement le bombardement vont chercher à savoir si des proches ou des amis y sont restés.

Quelques recommandations
Je ne prétends nullement donner ici des leçons à quiconque concernant ce qu’il conviendrait de faire (ou de ne pas faire) par rapport à la gestion par l’entreprise de sa relation avec son écosystème direct. Les quelques recommandations ci-après sont le fruit d’une réflexion personnelle nourrie par de nombreuses années d’expérience avec des entreprises ayant pu gérer leurs crises avec succès.

1- N’attendez pas, passez vite à l’action
Plus l’entreprise attend que la poussière de Covid-19 retombe, plus il lui sera difficile de prendre les mesures nécessaires pour colmater les brèches dans son écosystème. À cet égard, proactivité et agilité sont les deux caractéristiques qui différencient les entreprises susceptibles de survivre et de prospérer dans l’après-Covid-19 de celles qui pourraient y rester. La première action à mettre en place est tout naturellement de s’enquérir de l’état de ses fournisseurs, voire de leurs fournisseurs ainsi qu’en aval, de celui de ses distributeurs et clients. Ont-ils pu survivre? Vont-ils se remettre en selle après la pandémie? N’ont-ils pas changé d’activité ou apporté des adaptations importantes à leurs produits ou façons de faire? Prévoient-ils de manipuler les mêmes quantités de produits qu’auparavant? Etc.

2- Faites l’inventaire de vos éventuels dégâts
Après une forte tempête en mer, le bon capitaine est celui qui n’attend pas d’être rentré au port pour inventorier les éventuels dégâts causés à son navire. Durant la tempête elle-même, il doit faire identifier les préjudices subis et en faire réparer les plus urgents, ceux qui risquent de faire couler le navire. Il se peut en effet que la tempête n’ait fait aucun dégât visible, mais seul un diagnostic complet pourra permettre de s’en assurer.
Ainsi, dès la reprise de l’activité, les dirigeants de l’entreprise (déconfinée) doivent s’assurer que cette dernière n’a subi aucun dégât visible ou invisible et, le cas échéant, mettre en place un plan d’action permettant de parer au plus urgent. Parmi les maux sournois dont pourrait souffrir l’entreprise dans l’après-Covid-19, il ne faut pas omettre l’émotivité du personnel. Ayant passé de nombreuses semaines en confinement et parfois trop habitués au télétravail et contraints de se soumettre à un nouveau rituel sanitaire (gestes barrières, distanciation sociale, etc.), les employés doivent être aidés et encadrés pour trouver leurs nouveaux repères sur le lieu de travail. Plusieurs d’entre eux ont besoin d’être rassurés quant à leur avenir dans l’entreprise, voire même quant à la continuité de cette dernière.

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«Certaines entreprises ont même vu leur activité prospérer grâce à la crise pandémique (supermarchés avec un service de livraison, entreprises de fabrication de masques de protection et d’autres produits médicaux comme les solutions hydroalcooliques, etc.)» (Ph. AFP)

3- Gestion digitale et intégrée des chaînes de valeur
Depuis quelques années, la transformation digitale des entreprises est devenue un buzzword tel qu’on ne peut pas l’éluder dans une discussion d’affaires sans passer pour un ringard. Depuis le début de la pandémie, il s’est avéré que les entreprises qui avaient fait le choix de la transformation digitale avaient vu juste. En effet, forcés de rester à la maison, les consommateurs se sont très vite habitués à tout faire ou presque en ligne. Les entreprises n’offrant pas la possibilité de transiger en ligne s’en mordent aujourd’hui les doigts. Cette euphorie de la digitalisation n’a pas épargné non plus l’administration publique et le secteur parapublic. Imaginez si vous deviez aller en personne payer votre quittance d’électricité ou de téléphone ou déposer physiquement votre déclaration d’impôt ou d’importation!
Néanmoins, la digitalisation doit permettre également une gestion optimisée de la chaîne de valeur ainsi que de celles en amont de ses fournisseurs et en aval de ses distributeurs. L’expérience montre qu’une telle gestion intégrée procure de nombreux avantages dont le contrôle des délais d’approvisionnement et de livraison. Concrètement, il vous est possible de savoir de quelles quantités de matières premières votre fournisseur direct dispose et passer la commande automatiquement quand vous avez besoin d’être réapprovisionné selon des modalités et conditions déjà convenues avec le fournisseur. En aval, une telle pratique vous permettrait de savoir quand votre client a besoin d’être réapprovisionné et en quelles quantités.

4- Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier
Les conditions créées par la pandémie auront démontré qu’il est très risqué de se mettre en situation de dépendance. Je connais personnellement des entreprises qui ont un seul client ou un seul fournisseur qui ne s’en est pas sorti. Une ancienne règle d’orthodoxie managériale enseigne qu’il ne faut pas réaliser plus du quart de son chiffre d’affaires avec le même client. Je crois qu’une telle précaution doit concerner également les achats. Ainsi, l’entreprise, quand bien même elle est totalement satisfaite de son fournisseur actuel ou de son client unique, aurait intérêt à diversifier aussi bien ses sources d’approvisionnement que ses débouchés.

5- Coopérez avec vos partenaires
Le Covid-19 s’il a un mérite c’est bien celui d’avoir motivé un élan de solidarité qu’on ne trouvait à mon humble connaissance que dans le Maroc précolonial avec des pratiques comme Touiza, etc. Aussi, les dirigeants de l’entreprise rescapée doivent faire de leur mieux pour venir en aide à leurs partenaires, en amont et en aval de la chaîne de valeur, qui sont sinistrés par les effets de la pandémie et dont certains seraient en train de sombrer. Des aides comme le rééchelonnement de dettes, le maintien des approvisionnements, l’assistance technique, etc. sont des exemples parmi bien d’autres d’une telle coopération. De nombreux dirigeants d’entreprises m’expliquent fièrement qu’ils ne changeront jamais de fournisseur parce que celui qu’ils ont actuellement ne les a pas abandonnés quand ils passaient par une période difficile. En outre, ne dit-on pas à juste titre: «Si vous voulez aller vite, allez-y seul; si vous voulez aller loin, allez-y ensemble.»

L’entreprise écosystémique

Par analogie encore une fois, une entreprise épargnée partiellement ou totalement par les effets de Covid-19, n’est pas tirée d’affaire pour autant. Qu’elle le veuille ou non, que ses dirigeants en soient conscients ou non, l’entreprise fait partie d’un écosystème formel ou informel d’entreprises et d’autres entités plus ou moins interdépendantes. Cette interdépendance est souvent telle que, si l’une des entreprises de l’écosystème est affectée par les effets de Covid-19, les ondes du choc se propagent dans tout l’écosystème et risquent de l’ébranler dans son entièreté. Bien entendu, cette propagation sera plus désastreuse pour les entreprises situées en amont ou en aval de la chaîne de valeur de l’entreprise directement touchée que pour les autres.
Imaginez par exemple une entreprise dont les produits sont toujours en forte demande sur le marché et qui n’a pas souffert des effets de la pandémie ni des mesures prises par les autorités pour contrer sa propagation (confinement, restriction des déplacements interurbains, difficultés inhérentes au transport, etc.). Théoriquement du moins, cette entreprise fait partie des rescapées de Covid-19 et pourrait reprendre son activité dès le retour à ce qu’il est dorénavant convenu d’appeler la nouvelle normalité. Dans la pratique et bien qu’épargnée par les effets de la pandémie qui pourraient même avoir augmenté la demande de ses produits sur le marché, cette entreprise ne se serait pas tirée à bon compte si son fournisseur ou son distributeur n’a pas survécu aux effets de la crise. Qu’est-ce qu’elle pourrait bien fabriquer et livrer aux clients si elle ne peut pas s’approvisionner en matières premières par exemple?
Malheureusement, nombre d’entreprises marocaines (mais aussi d’autres pays) se trouvent aujourd’hui dans cette situation peut-être sans s’en rendre compte. Savez-vous avec certitude si votre écosystème n’a pas été affecté par Covid-19?

 

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