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    Chronique

    Au siècle dernier, une autre équipe de réflexion sur le développement

    Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5701 Le 19/02/2020 | Partager

    Pr Mohammed GERMOUNI est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019 (Ph. MG)

    L’adoption d’une approche d’allure consensuelle au cours des dernières décennies est devenue désormais la forme de gouvernance privilégiée par les pouvoirs publics. Il en a été ainsi des divers conseils érigés en institutions en charge de trouver du suivi de problèmes souvent sensibles et complexes.

    La création de commissions et de missions d’étude exploratoire d’un domaine jugé important et intéressant la société dans son ensemble en a constitué une autre forme, comme dans le cas de la lancinante question de l’enseignement, ou de la problématique de la régionalisation ou celle encore plus globale relative au genre de développement futur du pays, comme l’illustre la création d’une Commission en charge du modèle de développement.

    Une certaine charte de développement économique et sociale...

    A cette occasion, et sur ce terrain en particulier, ce concours de circonstances rappelle l’exemple sûrement passé à l’oubli d’une certaine «charte de développement économique et sociale» ainsi dénommée et initiée par feu Hassan II, au début des années 90 du siècle dernier.

    Autant l’actuelle Commission a officiellement été installée par le Souverain et qui a déjà démarré ses travaux de réflexion sur un nouveau genre de développement, autant celle datant du siècle passé aura été une entité non officialisée publiquement, mais avec mission d’élaborer alors un projet minimal de réformes économiques et sociales devant être menées à moyen terme à travers une éventuelle convergence nationale de vues.

    De ce fait, elle était appelée à éclairer le cadre général des politiques publiques qui pourraient être entreprises et des interventions futures importantes de l’Etat. Autant dire, une légère impression de similitude notamment au niveau de la démarche à l’instar de celle suivie par la Commission qui fait l’importante actualité et celle d’hier relevant davantage d’un certain moment de l’histoire récente et versée aux archives.

    Par ailleurs, la participation d’individualités ayant déjà pris part aux travaux de celle du siècle dernier, et assumant depuis d’importantes responsabilités officielles, semble relever du simple concours de circonstances. La ressemblance s’arrête là, tant il va de soi que le contexte historique particulier de chacune d’entre elles en a décidé et dicté les buts, les délais et les modalités de travail respectifs.

    Au lendemain des importants bouleversements intervenus dans le monde

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    Au début des années 90, feu le Roi Hassan II avait initié la «Charte de développement économique et sociale». Autant l’actuelle Commission a officiellement été installée par le Souverain et qui a déjà démarré ses travaux de réflexion sur un nouveau genre de développement, autant celle datant du siècle passé aura été une entité non officialisée publiquement, mais avec mission d’élaborer alors un projet minimal de réformes économiques et sociales devant être menées à moyen terme à travers une éventuelle convergence nationale de vues (Ph. Archives)

    Constituée au lendemain des importants bouleversements intervenus dans le monde à la suite du démantèlement du mur de Berlin notamment et au tout début de ce qui deviendra la révolution technologique et l’avènement alors proche du numérique, la participation à cette commission du siècle antérieur aura été surtout un utile moment de réflexion et un exercice de proposition prenant la forme d’une ardente obligation de résultats. Il s’agissait de parvenir à confectionner un projet d’allure collective en suggérant quelques importantes priorités pour le pays, et ceci à un certain moment de son évolution économique et politique, avec toutes ses pesanteurs et contraintes.

    La tâche aura été rendue néanmoins aisée grâce aux synthèses des vues et positions des principales forces politiques de l’échiquier national de l’époque, dont celles de la «Koutla», sans omettre quelques suggestions de la société civile dont certains membres avaient été associés à l’effort prospectif.

    Le projet ainsi développé et discuté par l’équipe, reçut l’agrément de qui de droit et qui l’avait inspiré. Un tel document finalisé devait en principe constituer une sorte de programme commun implicite de gouvernement pour les diverses factions politiques. En somme, une sorte de référentiel résumant un choix d’une série de lignes de conduite devant inspirer les actions des équipes gouvernementales qui allaient se succéder dont celle de l’alternance négociée, au vu de certaines propositions et mesures audacieuses à caractère socioéconomique prises en compte dans le texte agréé.

    Autant dire qu’à un moment déterminé et à un environnement particulier, aura correspondu un exercice mené en équipe rappelant à son tour la méthode de l’ancienne planification marocaine à caractère simplement indicatif pour signaler naguère la direction vers laquelle orienter une économie nationale pour une certaine période de temps, à rapprocher des révisions constitutionnelles régulières intervenant chaque fois que les nécessités nationales le requièrent.

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    Depuis l’indépendance, le système marocain de planification avait permis de mettre en œuvre des politiques économiques concertées dans leurs grandes lignes. Celles-ci ont fluctué ainsi entre quelques brèves poussées de volontarisme suivies systématiquement de longues périodes d’actions de stabilisation et d’ajustement des structures (AFP- Archives L’Economiste)

    En effet, le système marocain de planification d’un passé pas aussi lointain que ça, un peu hâtivement évacué, avait permis de mettre en œuvre depuis l’indépendance des politiques économiques concertées dans leurs grandes lignes. Celles-ci ont fluctué ainsi entre quelques brèves poussées de volontarisme suivies systématiquement de longues périodes d’actions de stabilisation et d’ajustement des structures.

    Ainsi, par exemple en 1964, soit moins d’une décennie de gouvernements marocains du Maroc indépendant, le PIB calculé par habitant était alors de 950 dirhams par an en moyenne, soit environ 201 dollars US  (actuellement près de 3.300 dollars), celui de la Corée du Sud de l’ordre de 123 dollars US, et de 86 dollars US par habitant en Chine pour la même année de référence.

    Sans rabâcher une fois de plus les évolutions respectives enregistrées depuis, cela rappelle simplement l’ampleur de l’effort à accomplir avec régularité et application par les prochaines équipes qui seront appelées à réorienter la nouvelle marche souhaitable du développement pour le pays.

    D’ailleurs, aussi insuffisante soit-elle, cette croissance a été limitée tant du point de vue des importants besoins des populations que de la simple comparaison avec l’évolution d’autres régions du monde, et n’a pu par ailleurs se passer d’une contribution de la production agricole même réduite et toujours aussi irrégulière que par le passé.

    En effet, et à ce propos, la dépendance du climat entre autres, en raison de la sécheresse cyclique, entraîne une contribution agricole moyenne entre un cinquième et un sixième du PIB. Le secteur industriel à son tour, et au sens étroit, intervient également pour près d’un sixième à la création de la richesse nationale, un niveau presque inchangé sur plusieurs décennies, confiné principalement aux produits de première transformation jusqu’à l’introduction récente de nouvelles chaînes de montage de véhicules. La participation des activités minières (3% à 4%) et celles du bâtiment (entre 5% et 7%), ont varié certes selon la conjoncture, mais à l’intérieur des mêmes fourchettes.

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    La nouvelle donnée est celle représentée par un gonflement et même une hypertrophie du secteur dit tertiaire et des services. Eloigné des nomenclatures classiques et correspondant en fait à un ensemble assez hétérogène couvrant des activités aussi diverses allant du tourisme à la banque, et des transports, en passant par l’administration publique.

    Qu’en est-il par exemple du commerce, des communications ou des autres services nouveaux qui ont pris également beaucoup d’importance. Une telle combinaison d’activités devenue le grand secteur contribuant à près de la moitié de la richesse annuelle moyenne du pays, mériterait qu’on s’y penche en vue de le requalifier avec plus de rigueur, en repérant surtout ceux des services de cette encore embryonnaire «économie du savoir» en particulier.

    Une autre raison importante et simple qui milite pour le revisiter s’explique justement pour l’essentiel par une transition rapide et insuffisamment négociée d’une économie industrielle encore faible à une économie dite tertiaire. Et partant la difficulté d’apporter des éléments de solutions appropriés notamment au chômage massif des jeunes, suite à une expérience industrielle nationale qui est restée limitée dans l’ensemble.

    Capitalisme privé local

    La surprotection tarifaire d’une économie nationale alors en démarrage et surtout de son marché local aura longtemps constitué presque la norme de la politique publique sans que les principaux bénéficiaires soient tenus de respecter des «obligations de résultats». Ensuite, l’amarrage international ultérieur du développement des grands secteurs économiques mais cette fois-ci aux conditions d’évolution du marché mondial, un choix également public, auront été, l’un après l’autre, avec le recul, des paris insuffisamment étayés. Un acquis en est sorti cependant, à savoir la mise en place d’un secteur privé marocain, à partir de rien ou presque, en bénéficiant des concours massifs et suivis des diverses banques locales pourvoyant à ses besoins d’expansion. Le paradoxe, du public au service du privé, est que sans cette assistance essentielle et à défaut du soutien permanent de l’Etat central et de ses commandes, le capitalisme privé local serait demeuré une simple vue de l’esprit.

                                                                                           

    La fin du mythe d’une certaine industrie

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    L’expérience industrielle marocaine aura été somme toute relativement courte et surtout moins dense, exigeant ainsi d’être repensée, en comparaison à certains intéressants exemples d’une Corée du Sud, de Taïwan, du Brésil, de l’Espagne ou de la Chine (Archives)

    Selon quelques travaux comparatifs internationaux par exemple, le produit agricole marocain moyen par personne active dans l’agriculture, calculé au début de ce nouveau siècle, représentait à peine un vingt-cinquième du rendement d’un fermier français et un douzième de celui d’un Espagnol.

    Par ailleurs, en prenant en considération les seules céréales qui couvrent près des deux tiers des terres marocaines cultivées, il ressort que le rendement moyen par hectare est passé au Maroc de 8 quintaux en 1960 à quelque 12 quintaux 40 ans plus tard, contre une progression moyenne d’un quintal par an pour la France, au cours de la même période, relate les différences de productivité sur une relative longue période.

    La fin des processus d’industrialisation à travers le monde signifie plus «la fin du mythe d’une certaine industrie» mais préfigure le rapide avènement de l’ère post-industrielle, sachant que l’expérience industrielle marocaine aura été somme toute relativement courte et surtout moins dense, exigeant ainsi d’être repensée, en comparaison à certains intéressants exemples d’une Corée du Sud, de Taïwan, du Brésil, de l’Espagne ou de la Chine.

    À leur tour, les échanges commerciaux avec l’extérieur s’en sont ressentis et sont demeurés cantonnés encore jusqu’à ces dernières années principalement aux produits primaires ou de première transformation des produits du sol, du sous-sol et de la pêche, soit des activités à valeur ajoutée relativement modeste.

     

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