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    Analyse

    Fruits rouges: De nouveaux marchés d’urgence

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:5681 Le 22/01/2020 | Partager
    La récente crise de la framboise a démontré la dépendance de l’Europe
    De nouveaux débouchés sont à trouver, en Asie surtout
    Logistique, foncier et intrants... Les défis sont nombreux
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    «La crise de la framboise est derrière nous» selon Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges (Ph. Adam)

    - L’Economiste: La récente crise de la framboise a bouleversé le secteur des fruits rouges. Qu’est-ce qui s’est passé exactement?

    - Amine Bennani: La crise était due à un cumul de circonstances. D’un côté, une légère surproduction des serres marocaines qui a coïncidé avec une baisse de la consommation au niveau européen, notre principal marché à l’exportation. Pour combler le tout, les framboises marocaines se sont retrouvées au même moment sur le marché avec la production espagnole et portugaise, ce qui a entraîné une chute drastique des prix amplifiée par la baisse de la consommation. La fragilité de la framboise avec une durée de vie sur les étagères de seulement 3 jours a accéléré la baisse des prix et le fruit s’écoulait à moins de 2 DH le kilo alors que le coût de la collecte à lui seul dépasse les 7 DH par kilo.

    - La crise est-elle derrière nous?
    - Nous n’avons aucune visibilité pour l’instant même si nous avons la conviction que la crise est dépassée. Nous ne savons pas quelle sera la réaction de la demande que beaucoup d’aléas peuvent affecter. Toutefois, les échos que nous avons nous permettent d’être rassurés quant à une stabilité des prix lors des prochains mois.

    - Comment pourrait-on éviter ce type de situations à l’avenir?
    - Malheureusement, nous ne pourrons pas éviter ce phénomène dont on a souffert aussi lors de la campagne précédente. Mais nous pouvons limiter son ampleur et ses dégâts en coordonnant les différentes stations de traitement logistique et les plantations pour accorder les envois. Nous devons aussi optimiser de la même manière les superficies d’exploitation pour éviter leur augmentation. Dans le cas de la framboise, elles ont augmenté de manière exponentielle ces dernières années. Nous espérons que la part de la fraise va augmenter pour combler le vide.

    - La framboise a connu une augmentation très rapide en matière de superficie, comment se comporte-t-elle face à la fraise et la myrtille?
    - Lors des dix dernières années, les superficies de fruits rouges ont été multipliées par 3.
    Nous étions au départ sur la base de 3.000 hectares de fraises exclusivement, il y a juste une dizaine d’années. Actuellement, nous sommes sur 9.000 hectares avec une tendance qui commence à plafonner et une répartition plus égale entre la fraise, la myrtille et la framboise. La crise pourra affecter la part de cette dernière, même si nous pensons que plus probablement elle poussera les exploitants à opter pour des variétés plus résistantes avec une durée de conservation plus longue.

    - Comment se profile l’actuelle campagne au niveau de la production?
    - L’année dernière, nous avions frôlé les 200.000 tonnes de production dont 140.000 tonnes à l’export. Et les 60.000 tonnes écoulées sur le marché local étaient constituées principalement de la fraise. Cette année, nous espérons faire mieux et atteindre les 220.000 tonnes. Il y a une légère augmentation de la framboise en volume. D’ici mai, nous aurons une plus grande visibilité sur les chiffres.

    - Quelles sont les entraves au développement du secteur?
    - Les entraves sont nombreuses et variées. En tête de liste figure l’état du foncier. Sur la région de Larache et environs, le morcellement est très important avec un nombre élevé de parcelles de moins de 5 hectares avec en prime une situation juridique qui n’est pas apurée, ce qui freine l’enthousiasme de nombreux investisseurs à la recherche de parcelles de 40 ou 45 hectares qu’ils ne trouvent pas. La main-d’oeuvre est aussi une autre pierre d’achoppement avec un manque patent tant en nombre qu’en qualification. En pleine campagne, les régions connaissent réellement le plein emploi avec des saisonnières et des saisonniers qu’on va chercher jusqu’à Marrakech.
    L’organisation de la profession est elle aussi à revoir. Nous avons réussi à mettre en place une fédération forte, mais il reste beaucoup à faire en matière de coordination entre les différents acteurs. D’autre part, nous sommes un secteur qui importe la presque totalité de ses intrants: plants, fertilisants, pesticides, etc, ce qui nous rend très dépendants des marchés extérieurs. Notre dépendance va même jusqu’au transport de notre production, dominé en grande partie par les sociétés espagnoles.

    - Qu’en est-il du marché intérieur?
    - Avec 60.000 tonnes par an, la consommation locale reste très discrète avec moins de deux kilos par habitant par an. L’absence de chaîne de froid et les habitudes du consommateur marocain n’encouragent pas, même si le potentiel est là.
    Le gros de la demande pour le marché local c’est pour la fraise, suivie par la myrtille et la framboise. Cette dernière suit difficilement, car elle a besoin d’une chaîne de froid pour maintenir la qualité, ce dont nous manquons au niveau interne.
    Des événements sont organisés comme le festival de la fraise, mais il faudrait aller au-delà en développant le marché national et le système de distribution. Les habitudes de consommation plébiscitent la fraise et encore, la limitent à un rôle de fruit de dessert, alors qu’en Europe, elle est présente en entrée et en plat principal aussi. Et dernièrement, fraises et myrtilles ont même fait le saut pour devenir un snacking, au lieu et place des pépites et des fruits secs.

    Les attentes de la profession

    «L’une de nos priorités est l’ouverture de nouveaux marchés. Actuellement, l’Europe accapare 90% de nos exportations, et nous souhaiterions nous positionner sur le Moyen-Orient et l’Asie. Des subventions de l’Etat pour les exportations, surtout de framboises et myrtilles, vers l’Asie nous seraient d’une aide précieuse pour pénétrer ces marchés. Nous voulons aussi développer des lignes directes de fret aérien, surtout vers le Moyen-Orient où la fraise américaine trône sur les étals mais pas celle marocaine».

    Propos recueillis par Ali ABJIOU

     

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