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    Tribune

    L’énigme des taux d’intérêt débiteurs au Maroc

    Par Abdellah BELMADANI | Edition N°:5669 Le 06/01/2020 | Partager

    Docteur en monnaie-finance, Abdellah Belmadani est un ancien directeur à Bank Al-Maghrib. Il a également dirigé le Système interbancaire de télécompensation. Il vient de publier l’ouvrage «Monnaie et systèmes de paiement. Mutations, enjeux et risques» chez L’Harmattan (Ph. A. B.)

    Les facteurs pouvant handicaper la dynamique des entreprises privées dans les pays en développement sont multiples. Les difficultés d’ordre règlementaire, juridique, fiscal et financier et les défaillances inhérentes à l’organisation interne sont souvent citées.

    Néanmoins, le coût et l’accès au financement sont régulièrement mis en avant par les chefs d’entreprises. Les marchés financiers  alternatifs étant extrêmement limités dans ces économies, le secteur bancaire demeure le canal prédominant et privilégié du financement.

    A ce titre, les entreprises, notamment les TPME et les jeunes porteurs de projets, évoquent le caractère sélectif dans l’octroi des crédits par les banques et le niveau jugé élevé des taux d’intérêt débiteurs y afférents.
    Qu’est-ce qui détermine le niveau des taux d’intérêt? 

    Les principaux paramètres influençant leur variation se résument succinctement dans:
    - l’évolution de l’inflation: les agents économiques raisonnent en termes de taux d’intérêt réels, c’est-à-dire déflatés de l’indice général des prix. Si les prêteurs, tels que les banques, anticipent une diminution des taux réels, ils décident de relever les taux débiteurs pour ne pas affecter leur marge bénéficiaire.
    - le degré de concurrence au sein du système bancaire: plus le marché bancaire est concurrentiel, plus la variabilité des taux d’intérêt tend à la baisse. A l’inverse, s’il est fortement concentré, le loyer de l’argent se caractérise par une certaine rigidité.
    - le coût de refinancement: le taux directeur appliqué par la Banque centrale au refinancement des banques agissent sur le coût des ressources sur le marché monétaire interbancaire et affectent logiquement la grille des taux appliqués aux agents économiques non financiers. Les taux directeurs servent de référence et sont censés agir aussi bien sur le volume de l’épargne, que sur la consommation et l’investissement, à condition que  les canaux de transmission des décisions de la politique monétaire fonctionnent normalement. Cela suppose également que le système bancaire dépende principalement du refinancement de la Banque centrale en cas de besoin de liquidités.
    - le coût potentiel du risque crédit selon le profil de l’entreprise (taille, nature des garanties, résultats financiers).

    Où est le problème?

    Le taux d’inflation mesuré par la variation de l’indice des prix à la consommation, s’établit en moyenne à 1,3% entre 2012-2018 et l’inflation sous-jacente, qui retrace la tendance fondamentale des prix, à 1,17%. Ce sont des taux jugés très modérés consécutivement à la maîtrise des variables monétaires et à la faiblesse de l’impact du prix des produits et des matières premières importés. Ce niveau justifierait une réduction des taux d’intérêt débiteurs étant donné que le risque d’inflation est écarté, et par conséquent les taux réels sont sauvegardés. 

    - le système bancaire est marqué par une forte concentration. La part des 3 premières banques dans le total-actif du secteur était de 64,3% en 2018, et celle des 5 plus grandes banques a atteint 78,7%. Pour les crédits distribués, elles représentent respectivement 63,7% et 80,8% pour chacun des deux groupes. Le reliquat, soit moins de 20%, étant réparti sur 14 autres établissements.

    - les taux directeurs de Bank Al-Maghrib, fixés sur la base de critères et d’objectifs  précis, ont enregistré une baisse graduelle au cours des dernières années, revenant de 3,25% en 2012 à 2,25% en 2016. L’objectif étant d’assouplir les conditions de refinancement des banques de la Banque centrale, en vue d’impulser une relance de la demande des agents non financiers par une baisse consécutive du coût du crédit, tout en veillant à ne pas pénaliser l’épargne domestique.

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    Dans son rapport annuel 2018, Bank Al-Maghrib relève que «le secteur bancaire est demeuré rentable malgré́ la conjoncture économique peu favorable, bénéficiant d’une amélioration de la marge d’intérêt et des commissions perçues sur prestations de services».

    En effet, le produit net bancaire (PNB) drainé des recettes d’intérêts et de commissions sur prestations de services culminait à 47,2 milliards de DH, en progression de 2,7% en 2018. «Principale composante du PNB avec une part de 72%, la marge d’intérêt s’est, à nouveau, améliorée de 4,4% à 32,2 milliards de DH».

    Ainsi, les indicateurs monétaires révèlent que le taux débiteur moyen pour les trois trimestres 2019, quasiment identique au niveau de 2018, dépasse de 260 points de base les taux  directeurs de la Banque centrale (4,85% au lieu de 2,25%) et de plus de 213 points de base  les taux de dépôts à 1 an (5,13% contre 3%).

    Répartis par taille, les crédits accordés aux grandes entreprises privées ont été assortis de taux débiteurs fixés à 4,49% en moyenne, et ceux consentis aux TPME se sont établis à 5,90%. Quant aux taux des concours alloués aux entreprises individuelles, selon les données de 2018, ils se sont fixés à 6,63% avec des pointes de 7,08%.

    Il ressort des données qui précèdent que le secteur bancaire, dont la sauvegarde de la rentabilité est légitime, disposerait encore d’une marge pour ajuster significativement à la baisse les taux débiteurs aux entreprises, notamment les plus vulnérables à l’endettement financier.

    Il s’agit surtout de TPME et d’entreprises individuelles, tout en tenant compte, bien évidemment, de la variable risque de crédit, sachant que le coût du risque rapporté à l’encours des crédits a représenté 0,9% en 2018.

    L’ajustement effectué pourrait être suffisamment compensé en partie par les retombées positives générées des opérations de dématérialisation des services et des moyens de paiement, des actions d’externalisation des fonctions support et des apports issus de la transformation digitale.

                                                                                    

    Où passe la baisse de taux directeurs?

    L’impact d’une réduction des taux directeurs est beaucoup plus manifeste et immédiat sur les taux créditeurs appliqués aux dépôts que sur les taux débiteurs fixés aux prêts, ce qui dénote que les canaux de transmission des décisions de politique monétaire pourraient être davantage optimisés dans ce cadre.

    On n’espère pas arriver au stade des économies européennes dont les taux se situent en territoire négatif, générant des effets défavorables sur l’épargne et sur le rendement des établissements bancaires, quoique conçus dans un souci de relance de la demande, mais dans le contexte marocain, l’opportunité de réduire dans des proportions significatives les taux débiteurs appliqués aux entreprises est recommandée et paraît réalisable, compte tenu des marges précitées, et elle ne pourrait que produire des répercussions favorables sur la rentabilité des banques par les résultats induits des effets d’entraînement de l’extension de la demande de crédits.

    Autre caractéristique du secteur bancaire au Maroc et qui pourrait avoir une relation avec la variable taux d’intérêt réside dans la structure des emplois bancaires, laquelle fait ressortir une part importante du portefeuille-titres.

    En 2018, l’encours s’est hissé à 282 milliards de dirhams, représentant une part de 21% du total des emplois bancaires, avec une proportion des bons du Trésor s’élevant à 52% du portefeuille global. Cette situation qualifiée d’effet d’éviction pourrait constituer une ponction de liquidités au détriment du secteur privé productif, si elle enregistre des évolutions croissantes dans la durée.

     

     

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