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    Tribune

    L’irrésistible montée du cash dans le monde

    Par Abdellah BELMADANI | Edition N°:5637 Le 20/11/2019 | Partager

    Docteur en monnaie-finance, Abdellah Belmadani est un ancien directeur à Bank Al-Maghrib. Il a également dirigé le Système interbancaire de télécompensation. Il vient de publier l’ouvrage «Monnaie et systèmes de paiement. Mutations, enjeux et risques» chez L’Harmattan (Ph. A. B.)

    Plusieurs publications traitent ces dernières années du sort du cash, présageant la disparition annoncée de la monnaie fiduciaire. Les arguments généralement avancés se basent sur les constatations suivantes:

    - d’une part, le coût de production et de recyclage pour la Banque centrale, les charges afférentes aux opérations de retrait, de versement, de conservation et de transport pour les banques, les coûts de gestion pour les entreprises et les commerçants, le manque à gagner pour l’administration fiscale avec les transactions non déclarées, et les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme;

    - d’autre part, le développement croissant des supports de paiements numériques, de plus en plus convoités par les consommateurs.

    Pour autant, les statistiques monétaires révèlent que le cash non seulement résiste, mais continue de progresser. Les émissions nettes de billets par les banques centrales progressent à travers le monde à l’exception des pays scandinaves(1). En Afrique, en Asie et en Amérique latine, le cash consolide même ses positions. Sa croissance dépasse largement celle du PIB.

    Les efforts déployés par les économies en développement pour la promotion de la monnaie scripturale et numérique, telle que la carte bancaire, les portefeuilles de monnaie électronique ou le mobile payment, révèlent que ces supports servent beaucoup plus à des retraits de billets et à des transferts de fonds en monnaie fiduciaire qu’à des opérations de paiement à travers des terminaux ou des plateformes mobiles.

    Les autorités monétaires redoutent l’accroissement de la circulation fiduciaire parce qu’elle risque, entre autres, de dissimuler des opérations de nature illégale, mais l’observation ne doit pas se limiter à ce constat pour envisager des solutions de contournement. L’usage du cash reste corrélé, notamment aux facteurs socioéconomiques, culturels et démographiques qui caractérisent les pays à faible revenu.

    L’identification des facteurs agissant sur l’usage des moyens de paiement par catégorie sont des paramètres-clés pour toute stratégie visant à agir sur l’écosystème des paiements. Les études et les enquêtes portant sur le profil et le comportement des utilisateurs sont inexistantes dans la majorité des économies en développement.

    La simple publication de statistiques agrégées  ne permet pas de renseigner  sur les motivations et les critères de choix des divers moyens de paiement. Des sondages sur des échantillons représentatifs de catégories de ménages, d’entreprises, de commerçants et d’administrations peuvent être des outils pertinents.

    Les déterminants influençant la détention et l’usage des supports de paiement sont d’une importance stratégique, car ils permettent:

    - aux autorités de disposer d’informations utiles pour élaborer leurs orientations stratégiques (ciblage des populations pour l’inclusion financière, promotion des paiements innovants), pour réexaminer et évaluer le contexte institutionnel et règlementaire (sécurité des moyens de paiement, supervision des systèmes de paiement, évaluation des conditions concurrentielles, habilitation de nouveaux acteurs de paiement);

    - aux établissements bancaires de reconsidérer leurs business models, d’évaluer leur positionnement futur sur le marché, d’établir une politique de tarification concurrentielle, d’implémenter de nouvelles technologies de paiement;

    - au gestionnaire du système de paiement de détail de dimensionner les infrastructures techniques aux  moyens de paiement à venir, d’évaluer l’optimisation des process de traitement, d’élaborer des procédures d’échanges  appropriées et de déployer des dispositifs de gestion des risques.

    Nous retiendrons cinq variables agissant sur le choix d’utilisation des supports de paiement:

    - Les facteurs sociodémographiques liés au profil du consommateur, tels que  le niveau de revenu, d’instruction et l’âge: plus les degrés d’instruction et de revenu sont faibles, plus l’usage de la monnaie fiduciaire est élevée; inversement, la richesse a un effet positif sur la probabilité d’utilisation des paiements électroniques. Les jeunes sont plus disposés à utiliser les paiements numériques.

    - Les variables économiques liées à la structure des activités économiques et à la taille des entreprises: une économie caractérisée par l’importance des TPME, un maillage de petits commerces, par un secteur informel largement répandu ou par des activités illicites, sera marquée par une extension de l’utilisation du cash qui favorise la préservation de l’anonymat. De même, un niveau d’imposition fiscale élevée pourrait constituer un facteur d’incitation aux règlements en numéraire.

    - Les déterminants liés aux montants des transactions: plus la valeur d’une transaction est faible, plus la tendance à régler en espèces est élevée.

    - Les variables liées aux caractéristiques des instruments de paiement: les conditions tarifaires, la sécurité adossée aux supports et la commodité dans l’usage déterminent l’arbitrage dans le choix de l’instrument de paiement.

    - Le maillage de l’implantation bancaire et du réseau de télécommunications: la disponibilité des équipements électroniques aux points de vente (internet, GAB, TPE,) affectent le choix des modes de paiement. Plus le réseau est faible plus l’utilisation du cash est importante. C’est le cas des populations dans des zones enclavées.

    Au Maroc, ce sont les déterminants socioéconomiques et culturels et le niveau de tarification des opérations qui expliqueraient l’importance du cash, dont les indices révèlent une trajectoire qui tendrait à se confirmer dans le long terme. Réduire l’usage de ce moyen de paiement suppose des actions ciblées et efficaces sur ces déterminants structurels et qui s’inscrivent dans une stratégie à long terme, impliquant diverses entités publiques et privées.

    23% du PIB chez nous

    Si les données révèlent une expansion graduelle de la monnaie scripturale au Maroc, quoique dans des proportions variables d’un instrument à l’autre et d’une région à l’autre, il n’en demeure pas moins que la part de la monnaie fiduciaire reste encore largement dominante dans la société, enregistrant une croissance soutenue d’année en année. L’encours du numéraire en circulation (différence entre le montant de l’émission de la Banque centrale et le reflux opéré auprès de ses guichets(2) s’est établi à 249 milliards de dirhams à fin 2018 contre 180 milliards en 2014, affichant une tendance haussière de 7% d’un exercice à l’autre, et représentant une part de 30% des dépôts bancaires et 23% du PIB.

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    (2) Le montant de la monnaie en circulation constitue un encours (un stock) de fin d’année, c’est-à-dire qu’il n’intègre pas le taux de  rotation des billets et des pièces de monnaie, comme c’est le cas pour les données statistiques sur les paiements scripturaux.

     

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    (1) La Suède affiche une part de 1,3% de la monnaie fiduciaire dans  le PIB.

     

     

     

     

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