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    Analyse

    Mobile money: Pourquoi il faut aller vite

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5609 Le 08/10/2019 | Partager
    Un retard de 3 ans dans le déploiement
    Kenya, Côte d'Ivoire, Mali, Bénin... Des cas d'école
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    Généraliser le mobile money à l'ensemble de la population à l'instar des télécoms... Voilà une aubaine historique pour relancer l'économie et favoriser l'inclusion financière et sociale. L'objectif de l'écosystème m-paiement est de capter 6 millions d'utilisateurs et 1,5 milliard de transactions en 2024!

    Un pari ambitieux, mais difficilement réalisable  car il y a une série de freins et de verrous qu'il faut faire sauter d'ici là. De plus, le mobile money accuse déjà 3 ans de retard. C'est en 2016 que les 1res solutions devaient être déployées. «Trois ans de retard, c'est énorme dans ce secteur hautement technologique», soutiennent les experts. Quoi qu'il en soit, le Maroc a de sérieux atouts pour faire valoir le mobile money.

    Le taux de pénétration du marché marocain en téléphonie mobile a explosé ces dernières années (130%). Il dépasse de loin le taux de bancarisation (34%, soit près de 4 fois) et apporte des capacités d'ouverture de comptes téléphoniques par millions.

    A l'inverse, les deux tiers des adultes marocains n'ont pas de compte bancaire et paient cash. Une population hors zone. Tout le défi du paiement mobile est là. Il va falloir capter les 66% de la population adulte non bancarisée, en plus des adolescents qui sont hors circuit bancaire. L'enjeu du mobile money est de créer un nouveau type d'acteurs de paiement.

    Le taux élevé de non-bancarisation s'explique par plusieurs raisons: «Un blocage culturel (lié à la réputation) dû à la méfiance du Fisc, du contrôle, taxes, impôts, frais de tenue de compte... Ensuite, les banques ne peuvent pas avoir un modèle viable qui s'adresse à l'ensemble de la population (modèle économique). De surcroît, les agences bancaires ne peuvent être partout (mobilité et inclusion géographique)», analyse Yassine Sekkat, de McKinsey. 

    Selon le consultant, les banques sont en train de se positionner sur le m-paiement, mais elles sont pour la plupart au stade de la réflexion: «Il n'y a pas une seule banque qui a trouvé la solution. Ce sont jusque-là des effets d'annonce qui relèvent de l'expérientiel». Certes, les banques ont franchi le pas du mobile money avec la création de filiales dédiées, mais les services ne décollent pas, confirme Sekkat.

    Selon lui, pour l'heure, il n'y a ni l'offre, ni le modèle économique. Selon la Banque centrale, il y a à peine 360.000 wallets opérationnels sur l'ensemble du Maroc. Ce qui reste en deçà du potentiel et des ambitions. Pour l'heure, les wallets opérationnels sont pour la plupart bancaires. Ils ne parviennent pas à capter une population importante pour enclencher le démarrage de l’activité. Car l'on continue à adresser le client non bancarisé comme celui déjà bancarisé, analyse le consultant de McKinsey.

    Pour débloquer la situation du paiement mobile et capter la clientèle hors circuit, la solution consiste à ouvrir la porte à la concurrence, aux startups et agences technologiques qui créent l'offre et aux opérateurs télécoms en plus des banques classiques via des filiales. Mais il va falloir créer la bonne offre, tout en intégrant que le retour sur investissement n'est pas immédiat.

    Le défi est de réussir à démultiplier les services financiers, les possibilités aux consommateurs, accélérer les transactions et généraliser les usages, redistribuer les richesses ou encore désenclaver les populations et les territoires. In fine, l'ADN de la généralisation du digital réside dans l'inclusion financière.

    Pour l'heure, le véritable enjeu du paiement mobile réside dans l'adoption des usages et l'acceptation de la technologie. Ce qui requiert un changement de Mindset et de paradigmes via l'adoption d'une logique de start-up pour la mise en place d'un business model avec une réelle valeur ajoutée, résument les experts. 

    A l'international, selon la Banque mondiale, l'expérience a démontré que les services financiers mobiles facilitent le quotidien des particuliers, leur permettent d'accroître leurs actifs, d'atténuer les chocs et de réaliser des investissements productifs.

    C'est le cas notamment du modèle kenyan, un véritable cas d'école ou encore la Côte d'Ivoire (respectivement 2e et 5e du classement en matière des services financiers mobiles). Les deux expériences se sont développées et ont été dupliquées dans une douzaine de pays. Ces pays comptent plusieurs dizaines de millions de clients.  

    Fort de son initiative pionnière M-Pesa (services de transfert d'argent via téléphone, lancés en 2007), le Kenya a enregistré un franc succès. Au début, les opérateurs ont perdu beaucoup d'argent, mais ils en ont beaucoup gagné à la fin.

    «L'écosystème et le profil de la clientèle s'y prêtaient», analyse Nicolas Lévy, qui avait participé à de nombreux lancements de m-paiement en Afrique subsaharienne. La Côte d'Ivoire a également connu le succès escompté avec Orange Money (lancé en 2008). Selon la Banque mondiale, 54% de la population adulte au Ghana, Sénégal, Côte d'Ivoire et Bénin utilise activement l'argent mobile.

    Mais en Egypte, l'expérience s'est soldée par un échec cuisant, car il n'y a pas eu de régulation stricte, les autorités n'ont pas voulu développer le système et les freins réglementaires y sont légion. Justement, le Maroc, qui est à l'aube d'une compétition frontale entre banques et entreprises télécoms, devra tout faire pour éviter le scénario égyptien.

    Modèle économique: «Push & Pull»...

    «Le succès du modèle économique du m-paiement est tributaire d'une très large adhésion populaire», soutient Ghassan El Mechrafi, président d'Inwi Money. Or, le modèle économique des banques  est complètement différent de celui des opérateurs télécoms. Le premier est basé sur la commission et les marges d'intermédiation, alors que le second se nourrit de micro-commissions, de revenus faibles et insignifiants, d'investissements massifs dans le markteing et la communication. «C'est le mode Push et non Pull», résume le président d'Inwi Money.

    A.R.

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