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    Tribune

    Intelligence artificielle ou la création destructrice

    Par Hajar MOUSANNIF | Edition N°:5606 Le 03/10/2019 | Partager

    Hajar Mousannif est professeur de Machine Learning et d’Analyse de données massives à l’université Cadi Ayyad de Marrakech. Chercheure en intelligence artificielle, elle est à l’origine de plusieurs inventions dont un smartphone capable de réagir aux émotions humaines, et une chaise connectée, prédisant le degré d’apprentissage des étudiants. Elle a reçu plusieurs prix et distinctions, notamment le Prix L’Oréal-Unesco: «For Women in Science», le «Emerald Literati Prize for Excellence» et le «Prix de l’éducation entrepreneuriale» (Ph. HM)

    L’Intelligence artificielle est en train de révolutionner notre vie. L’IA a fait son entrée dans tous les secteurs d’activité, allant de la santé à l’agricul­ture. Elle peut désormais prédire certaines tumeurs avant qu’elles n’apparaissent à l’imagerie.

    En agriculture, elle est à même de planter des graines, de dissémi­ner des engrais et de surveiller en temps réel l’état de santé des cultures. Cepen­dant, elle est aussi en passe d’affecter l’être humain dans son humanité, dans la qualité de ses relations, dans son intellect, sa créativité… Bref, dans tout ce qui fait sa particularité.

    Passivité spectaculaire

    L’IA est actuellement capable de nous «scanner», de nous trouver l’ami idéal, le compagnon parfait, et tout ce qui est susceptible de nous plaire. Tout cela grâce à un coup d’algorithmes! Mieux, elle peut compléter des phrases à notre place, faire des recherches à notre place et à nous ha­bituer à lui confier toutes les tâches qui, jusque-là, nous permettaient de créer, de réfléchir, de raisonner, ou de prendre des décisions: Vous avez besoin d’une information, dites simplement: «Hey Google!».

    Un proche vous manque? Plus besoin de vous déplacer, il sera sur votre écran, ou même devant vous grâce à son hologramme. L’IA peut même composer de la musique, écrire des essais et peindre des tableaux. Alors, ne fatiguez plus vos neurones.

    Progressivement, l’IA est en train de prendre le dessus sur l’Homme, en s’infiltrant doucement dans sa vie et en l’habituant à une passivité spectaculaire, à la fois dans son corps et son esprit. Son imagination, sa créativité, sa capa­cité à réfléchir, raisonner et prendre des décisions seront petit à petit affectées si aucune prise de conscience de l’avenir de l’humanité n’est faite aujourd’hui.

    L’Homme, à force de vivre dans «l’artificiel», est devenu lui-même arti­ficiel. Cela est dangereux, d’autant plus que nous assistons à la dégradation de nos relations humaines et de nos valeurs, dans un monde qui a l’air d’évoluer vers plus de conflits, de haine, d’armes, d’indus­trialisation, de pollution, de catastrophes (sur)naturelles résultant du réchauffement climatique, et plus de pauvreté.

    Nous sommes devenus «artificiels» car nous avons confié à l’artificiel ce qui fait de nous des humains: Nos relations humaines commencent à se mesurer par des indicateurs sur les réseaux sociaux, notre estime de soi à s’évaluer par des «likes» sur nos posts, et notre succès par le nombre de nos abonnés ou followers… Et la liste est encore longue.

    Où est l’Humain dans tout cela? Ah oui! Quelle était la raison de notre créa­tion sur terre déjà? Était-ce pour que nous puissions créer à notre tour des robots qui nous remplaceront enfin de compte?!

    En raisonnant ainsi (sans intelligence artificielle heureusement!), je me suis rendue à l’évidence que quoi que nous créions, il serait sans âme. Car c’est jus­tement notre «âme» qui fait de nous des humains, et c’est ce qu’il faut nourrir en premier, avant de penser à alimenter les algorithmes de l’IA avec nos datas.

    Il ne s’agit pas de faire marche arrière ou d’arrêter de travailler sur l’IA. Il s’agit d’un outil incontournable pour notre bien-être présent et futur. Cependant, il faut être conscient que pour accompa­gner cette révolution, il faut absolument prendre conscience de ses risques, et sur­tout, de nos valeurs. Le résultat de «nos créations» doit aller de pair avec ce qui fait de nous des humains… Pour que l’IA ne détruise pas ce que nous avons mis des siècles à construire.

    Il existe actuellement des systèmes qui détectent les tentatives d’un humain à modifier leur façon d’opérer, et font tout pour mettre à défaut cette interven­tion et la rejeter. L’on parle de «singu­larité» ou de «conscience artificielle». Cette «prise de conscience» de l’IA dépend de la complexité du système et de sa capacité à prendre des décisions.

    Une question devient alors évidente: Est-ce que l’IA doit rester sous contrôle et maîtrise de l’Homme ou bien peut-on tolérer d’encaisser des décisions algorith­miques impossibles à auditer et pouvant échapper à la logique humaine? Il y a un risque évident que cette technologie échappe à notre contrôle, et que personne ne soit capable d’expliquer comment un système est parvenu à une décision. Des règles fixant des limites à l’autonomie des intelligences artificielles sont à établir en priorité, surtout dans les applications où la vie humaine pourrait être mise en péril.

    L’IA soulève également plusieurs pro­blématiques éthiques qu’il faut bien cer­ner. En effet, qui sera responsable quand la voiture autonome causera un accident? Les algorithmes/robots auront-ils une per­sonnalité juridique? Quel est l’impact des systèmes prédictifs sur les libertés indi­viduelles et sur la vie privée? Malheu­reusement, l’IA est aussi une course vers l’argent et le pouvoir.

    Cathy O’Neil, une mathématicienne et ancienne d’Harvard, a dit: «Les algorithmes peuvent faire du mal, les algorithmes peuvent mentir. Facebook est optimisé pour faire du pro­fit, pas pour dire la vérité». La définition d’un code éthique n’est donc plus un choix mais une nécessité.

    Développons des technologies répondant à nos défis!

    La majorité des intelligences artifi­cielles qui ont été développées par des pays tels que la Chine ou les Etats-Unis: voitures autonomes, robots… répondent à des problématiques spécifiques à ces pays. Le plus grand défi à relever est de développer des IA à même de répondre aux problèmes propres au Maroc, rele­vant de l’éducation, de la santé, de la sé­curité alimentaire, et de l’équité sociale. Des technologies 100% marocaines avec une autonomie complète de manipulation, depuis l’acquisition des données jusqu’au produit final.

    L’avantage de l’IA est qu’elle ne né­cessite pas de matériel coûteux. Il suffit de développer les bons algorithmes et de traiter les données de manière appropriée. Le matériel (processeurs, calculateurs, ou même super-calculateurs) étant déjà pré­sent, il ne resterait qu’à développer des logiciels à sa mesure. Si nous investissons massivement dans la programmation et dans l’intelligence artificielle, nous se­rons bien positionnés dans le monde de demain.

    Shama, premier humanoïde 100% marocain

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    Super Humanoïde Assistante à Multiples Activités, Shama, est le premier robot humanoïde 100% marocain basé sur l’open-source, dont l’architecture a été entièrement élaborée par l’équipe de Hajar Mousannif à l’université Cadi Ayyad. Shama est actuellement capable, grâce à l’Intelligence artifi­cielle, de se déplacer dans son environnement, de lire un texte en arabe, de recevoir des commandes vocales et d’interagir selon les actions demandées. Elle peut également identifier une centaine d’objets différents, y compris les visages, ainsi que les émotions qu’ils expriment. Le projet est en cours de finalisation.

     

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