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    Analyse

    Commerce extérieur: Le Maroc doit réinventer ses rapports avec la Chine

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5605 Le 02/10/2019 | Partager
    En dépit des échanges, les officiels pointent la méconnaissance des habitudes et marché chinois
    La demande interne chinoise en croissance offre des débouchés aux exportateurs marocains
    La jeunesse africaine aiguise les appétits
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    Avec plus de 25% des exportations chinoises vers l’Afrique, la ville de Guangzhou mise sur les nouvelles technologies, l’automobile et l’industrie lourde. En outre, la ville arbore une architecture avant-gardiste qui se manifeste dans des bâtiments tels que l’opéra de Canton, le musée du Guangdong, en forme de boîte sculptée, ou encore l’emblématique Tour de télévision et de tourisme de Canton, un gratte-ciel ressemblant à un sablier
    (Ph. YSA)

    La Chine est avant tout l’usine du monde. De Pékin à Guangzhou, la culture industrielle est visible partout. Les groupes chinois se sont mis à l’agriculture pour assurer la sécurité alimentaire d’un peuple de plus de 1,4 milliard d’individus, l’industrie automobile et aéronautique pour répondre à une demande locale et internationale, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, le textile et le BTP, etc. Bref, en moins de 30 ans, la Chine s’est spécialisée dans plusieurs domaines. Le pays, qui a tenté bien des modèles de développement économique, dispose désormais de sa propre feuille de route et d’une expertise qu’il veut partager avec l’Afrique comme allié stratégique pour une «coopération win-win». Le Maroc fait partie des programmes spécifiques pour chaque pays. Décryptage.

    ■ Une coopération basée sur des think tanks

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    Mardi 1er octobre 2019, la Chine a lancé la célébration du 70e anniversaire de son indépendance. Une célébration grandiose à laquelle l’Afrique est associée dans le cadre d’un projet de rapprochement «inédit». Mené sous l’intitulé «la ceinture et la route», ce projet voit très grand. En fait, la chine entend allouer une enveloppe de 60 milliards de dollars au continent africain sous forme d’implémentation de projets souvent dans des secteurs stratégiques, et de manière à tenir compte des spécificités de chaque pays. «Mais attention, le gouvernement chinois ne fait rien sans des études préalables initiées par les centres de recherches et les universitaires», indique Nasser Bouchiba, président de l’Association de coopération Afrique-Chine pour le développement. En ce sens, la Chine mise sur les think-tanks, les médias et les jeunes. C’est ce qui ressort du dernier «séminaire de la presse africaine en Chine», tenu du 24 août au 4 septembre 2019. Au total, 21 journalistes (dont L’Economiste) venant de 8 pays d’Afrique (Maroc, Sénégal, Bénin, Cap Vert, Ile Maurice, Guinée Equatoriale, Iles Comores et Seychelles) y ont participé. A Pékin, Wuhan, Xiaogan, et Guangzhou, les universitaires, élus, chefs d’entreprises et journalistes chinois ont montré leur enthousiasme quant à l’instauration d’une coopération sino-africaine fructueuse.

    ■ Quid de la distance géographique et économique
    Si la Chine veut acter son rapprochement avec le Maroc, le Royaume reste loin géographiquement et surtout économiquement. Pour ce dernier volet, les villes chinoises émergent dans différents secteurs. A Wuhan, ville de 12 millions d’habitants située au centre du pays, le PIB de 2018 s’établit à 130 milliards de dollars. Ce volume est réalisé grâce aux secteurs tertiaire, BTP, industrie et nouvelles technologies. Signalons que la recherche occupe une place de choix, surtout dans cette ville qui compte 1,5 million d’étudiants et 86 universités. Ailleurs, à Xiaogan (5 millions d’habitants), le pari économique est gagné. Mais pas pour tous. Ainsi, les autorités sont en guerre contre la pauvreté qui touche certaines localités. Grâce à l’agriculture (riz, légumes, fruits et produits aquatiques…), les 2.395 habitants (643 familles) du village de Chaoyang ont un revenu quotidien de 14 dollars. Travaillant pour des coopératives et des sociétés agricoles, ces personnes sont bénéficiaires du programme d’éradication de la pauvreté (2014-2020). Un programme qui intègre aussi bien l’éducation (obligatoire et gratuite pour tous), la santé, l’aide à l’emploi, l’industrie et l’infrastructure. Plus au sud, Guangzhou est une vaste ville portuaire qui accapare plus de 25% des exportations de la Chine vers l’Afrique. Avec près de 12 millions d’habitants, cette ville a une économie très dynamique et prospère, essentiellement basée sur l’import-export, l’industrie, le commerce et la technologie. Guangzhou est d’ailleurs l’une des premières régions manufacturières de Chine. Son PIB s’élevait à plus de 1.810,04 milliards de yuans (250 milliards de dollars) en 2017. La ville abrite plusieurs zones économiques qui s’emploient au développement des dernières technologies et intègrent des entreprises travaillant dans la céramique, les biotechnologies, l’assemblage de pièces automobiles, les industries lourdes, etc.

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    Les transactions avec ces cinq pays représentent plus de 50% des échanges extérieurs. En revanche, on constate que les échanges avec la Chine sont déséquilibrés: Les importations ont augmenté de 62% sur les 4 dernières années, alors que les exportations marocaines enregistrent à peine 9% sur la même période. Et attention, la Chine arrive avec une enveloppe de 60 milliards de dollars au continent africain sous forme d’implémentation de projets souvent dans des secteurs stratégiques...

    ■ Carton plein pour le Forum Chine-Afrique

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    La 8e réunion du Forum Chine-Afrique des think-tanks, qui s’est tenue du 26 au 27 août à Pékin, a fait le plein. En effet, près de 400 personnes dont des ambassadeurs de pays africains, des représentants du ministère chinois des Affaires étrangères, des experts des think-tanks (groupes de réflexion) et des représentants des médias des deux parties ont assisté à cette rencontre. L’ambition étant de pousser vers une discussion sur la promotion globale de la mise en œuvre des résultats du Sommet de Pékin afin de consolider les relations entre la Chine et l’Afrique. Aussi, les participants se sont-ils penchés sur des thèmes comme «Construire ensemble une communauté de destin plus étroite entre Chine-Afrique », «Connecter l’initiative «Une ceinture, une route» et l’Agenda 2063 de l’UA», et «Les échanges et la coopération des think-tanks et médias sino-africains et le renforcement de la voix au chapitre de l’Afrique et de la Chine». «C’est de cette manière que l’on peut créer un mécanisme fixe du dialogue civil sino-africain en vue d’établir une feuille de route spécifique pour la route de la soie et la route de l’or», explique Bouchiba qui «déplore l’absence d’officiels marocains».

    ■ La jeunesse invitée au carrefour des cultures

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    Vieilles de plusieurs siècles, les relations entre la Chine et le Maroc n’ont jamais été aussi fortes qu’au cours des quatre dernières années. La visite du Souverain à l’empire du Milieu a impulsé ces relations et accentué les échanges dans divers domaines. L’annulation du visa pour les touristes chinois a encouragé ces derniers à venir de plus en plus nombreux découvrir le Royaume. De son côté, la Chine a engagé une offensive à la fois par les entreprises publiques et privées, les décideurs politiques et les diplomates. Elle est autant le fruit d’actions spontanées que d’une stratégie bien orchestrée par Pékin. Laquelle stratégie met la jeunesse au centre des relations avec l’Afrique. Initiées sous forme de «voyages d’échanges culturels», plusieurs opérations de ce genre sont organisées annuellement en Chine. Les décideurs chinois estiment que l’engagement des jeunes est indispensable au renouveau des pays africains. Et ils ont raison. Ils déploient énormément d’efforts pour se rapprocher de la jeunesse africaine. En témoigne la tenue récemment du 4e festival des jeunes d’Afrique invitant plus de 400 personnes de différents pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Egypte, Côte d’Ivoire…). Selon les estimations des Nations unies, l’Afrique est le continent qui compte le plus de jeunes, puisque l’âge médian y est de 19,4 ans en 2019, contre 29,6 ans au niveau mondial. Si elle est correctement valorisée, la jeunesse devrait constituer une source de richesses inépuisable pour le continent, alors que ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

    ■ Emploi et formation professionnelle

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    Dans l’édition 2019 de son rapport annuel «Tendances mondiales de l’emploi des jeunes», l’Organisation internationale du travail (OIT) révèle que le chômage élevé y persiste, tout comme le manque de travail décent. Le taux prévu de dépendance chez les jeunes en Afrique subsaharienne en 2020 est de 53,4 %, ce qui représenterait presque la moitié de la population. Le taux d’emploi des jeunes dans le secteur informel s’est élevé jusqu’à 80% en Égypte et en Tunisie en 2016. Le chômage et la précarité accentuent la pauvreté. Le taux de pauvreté au travail était de 69,6% en Afrique subsaharienne en 2018, touchant 54,4 millions de jeunes. L’OIT a identifié plusieurs facteurs responsables de cette situation. Les systèmes éducatifs sont entre autres accusés de ne pas préparer de façon adéquate les jeunes au monde du travail. L’absence de mécanismes d’information sur le marché du travail et de services d’orientation professionnelle pour les demandeurs d’emploi est aussi pointée du doigt. Pour Nasser Bouchiba, «la Chine pourrait inspirer le Maroc pour son nouveau modèle de développement économique ou la formation professionnelle». A noter que le gouvernement de Xi Jinping s’est fixé 2020 pour éradiquer totalement la pauvreté. En ce sens, la politique adoptée (2014-2020) a priorisé l’agriculture comme vecteur de développement dans les centres ruraux mitoyens des villes. Et le résultat est palpable puisque plus de 90% de la population est «hors pauvreté». Ce grâce à l’insertion dans les filières du riz, pastèque, melon et thé, entre autres.

    ■ Une coopération élargie avec les médias

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    La Chine veut booster la coopération entre les médias africains et leurs homologues chinois. L’essentiel pour le pays-continent est d’améliorer sa réputation, «noircie par les stéréotypes véhiculés par les médias occidentaux». En ce sens, l’Université de communication de Chine (UCC) veille sur ces échanges. Créée en 1954, l’université, qui a formé la plupart des journalistes chinois, présentateurs de TV et radios, reçoit annuellement des étudiants et journalistes d’Afrique. Intégrée dans des programmes d’échanges financés par le ministère des Affaires étrangères, l’UCC offre des bourses d’études et de recherches aux doctorants et masters africains. «Nous initions également des recherches sur les médias africains ainsi que des actions de renforcement de capacité et invitons des élèves africains à visiter la Chine», indique Pr Zhang Yanqiu, directrice du Centre de recherche sur l’Afrique, Institut d’études en communication de l’UCC. Selon elle, «près de 230 journalistes africains ont été formés à l’UCC entre 2012 et 2019». L’ambition du centre qu’elle dirige est de «développer et promouvoir la coopération sino-africaine». Signalons que les programmes d’échange permettent aux journalistes de mieux connaître la Chine, un pays en passe de devenir le premier partenaire économique de l’Afrique. Une position qu’il entretient avec l’octroi annuel de quelque 30.000 bourses aux étudiants africains, outre l’ouverture de centres culturels chinois un peu partout en Afrique.

    ■ Concertation, engagement et partage des intérêts
    Pour Xu Weizhong, directeur de l’Institut des relations internationales modernes de Chine, «la coopération sino-marocaine (africaine aussi) est basée sur les principes de concertations réciproques, engagement commun et partage des intérêts». Pour la réussir, il faut miser sur une compréhension mutuelle des peuples. Booster les échanges politiques et économiques n’est pas en reste. «Surtout si l’on sait que la Chine est une puissance émergente, un nouveau partenaire économique, une nouvelle alternative diplomatique et une expérience du développement qui peut être une référence», indique Weizhong. Selon lui, «avant d’adopter un nouveau modèle de développement économique, la Chine a essayé les modèles de la Hongrie, la Yougoslavie et les 4 dragons (Singapour, Hongkong, Corée du Sud et Taiwan)». Le pays a ensuite créé sa zone économique spéciale. Il a construit les routes pour se développer et choisi ses interconnexions d’ouverture. La stratégie «la ceinture et la route» envisage dans cette optique la création de corridors de développement au Maroc comme porte de l’Afrique, mais aussi porte de l’Europe. Pour y parvenir, le tourisme, l’industrie, l’éducation, la culture et le sport constituent des vecteurs de coopération. Le partage des expériences de la cyber-sécurité et le data-journalisme fait partie également du programme.

    ■ Les entreprises marocaines doivent se réveiller
    Si dans la ville du détroit, il y a des efforts inlassables pour concrétiser le projet de la cité industrielle Tanger Tech Mohammed VI, avec le concours d’une société chinoise. D’autres régions du Royaume veulent attirer des partenaires chinois pour des projets d’envergure. C’est le cas de Fès-Meknès qui recevait dernièrement une mission d’hommes d’affaires chinois, à l’initiative de la CCIS. Tourisme, industrie et artisanat figurent parmi les secteurs à développer en commun. En attendant, il faut multiplier ces rencontres pour mieux se connaître. Pour Li Li, ambassadeur de la République Populaire de Chine au Maroc, «des entreprises marocaines sont certes habituées à travailler avec leurs partenaires traditionnels, mais elles ne connaissent pas ou ne sont pas très motivées à prospecter le marché chinois...». «Avec le changement du modèle de croissance chinois axé désormais sur la demande interne, des débouchés vont s’ouvrir pour les exportations marocaines. Il est très important de creuser ces pistes», renchérit le diplomate. Selon lui, «le plus important est d’avoir une confiance mutuelle entre les opérateurs des deux pays». Il y a une connaissance des uns et des autres à approfondir. La Chine a réalisé d’importants investissements ailleurs sur le continent et a développé une certaine façon de travailler avec ces pays. Au Maroc, ces méthodes ne fonctionnent pas parce que le contexte est différent. Il faudra améliorer la visibilité de chacune des parties. «Dans la coopération entre la Chine et le Maroc, il faut avoir une synergie entre les atouts des deux pays. C’est la condition préalable pour la réussite», estime Li Li.

    ■ Monnaie chinoise

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    Pour échanger le dollar ou l’euro contre la monnaie chinoise (le yuan), il faut s’armer de patience. Car, l’opération peut trop durer ou ne jamais aboutir. Signalons que de nombreuses banques refusent les opérations de change et orientent les demandeurs vers l’aéroport. Ceci du fait que la réglementation en vigueur sur le système de change de la République Populaire de Chine n’autorise que deux moyens légitimes pour la transaction entre les devises étrangères et le yuan. Les banques fournissant les affaires des opérations de change et le Centre des opérations de Chine et son système. Les opérations de change privées sont des ordres financiers perturbateurs illégaux et sont interdites par la loi sur le territoire de la Chine. A noter que les Chinois ont opté depuis quelques années pour le paiement électronique via les applications WeChat et AliPay.

                                                                                   

    Souriez, vous êtes filmés!

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    La Chine reste le pays le plus sécurisé au monde. En fait, grâce à un système de vidéo surveillance, les autorités chinoises contrôlent tout... Chaque fait, chaque geste, est scruté par des centaines de millions de caméras. A ces équipements de dernier cri s’ajoute un énorme dispositif policier. Lequel est mis en œuvre un peu partout dans le pays, et surtout dans les sites touristiques, comme la Cité interdite à Pékin, qui reçoit quotidiennement quelque 400.000 visiteurs, et où l’accès se fait après contrôle obligatoire d’identité. Ainsi, les caméras permettent d’identifier les délinquants, lutter contre les incivilités et préserver le «crédit social» des habitants. In fine, ce système encourage l’intégrité, la discipline et le travail.

    Pollution

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    A Pékin ou Beijing, une ville de plus de 21 millions d’habitants, les chantiers de construction sont à l’arrêt pendant l’hiver (3 mois). En fait, les autorités ont décrété cette mesure afin de réduire la pollution. Elles encouragent par ailleurs les citadins à se déplacer dans les transports en commun ou bien opter pour les véhicules électriques. A ce titre, 60% des nouvelles plaques d’immatriculation autorisées en 2018 appartiennent à des voitures électriques. A noter que pour les moteurs essence, les automobilistes doivent participer à un tirage au sort mensuel pour l’obtention d’une plaque d’immatriculation…

     

     

     

     

     

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