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    Tribune

    Protection des données à caractère personnel/«Privacy by Design»: Bien penser le «faire», pour éviter le coût du «défaire»

    Par Omar SEGHROUCHNI | Edition N°:5592 Le 13/09/2019 | Partager

    Père du concept de la «gouvernance des transformations», Omar Seghrouchni préside les deux Commissions, la CNDP et la CDAI. Il a deux volets très différents de formation. Il est diplômé de l’Ecole Mohammedia d’ingénieurs (1986, automatique et informatique industrielle), assorti d’un DEA de maths à Paris (Dauphine et Mines). Et en parallèle, il a fait un master de Diplomatie et Stratégie, au Centre des études de diplomatie et stratégie et un autre master en intelligence économique, à l’Ecole de Guerre. A 25 ans, il entame sa carrière professionnelle par la recherche puis s’occupe de conseil en organisation et créee son propre cabinet. (Ph. L’Economiste)  

    L’actualité nous annonce régulièrement de nouvelles technologies pouvant faciliter notre quotidien… au prix de la manipulation de nos données à caractère personnel: empreintes digitales, reconnaissance de l’iris, reconnaissance faciale, analyse vocale, palpitations cardiaques, et biométries diverses. Il sera même possible de vous identifier en fonction de la dynamique de manipulation de votre clavier, ou de la façon avec laquelle vous manipulez votre navigateur internet (fingerprint browser).

    Les «crétins digitaux»

    Depuis les années 80, les concepts ne cessent d’évoluer. Au-delà de la protection de la donnée, c’est celle du citoyen numérique dont il s’agit.

    Un adolescent peut devenir addict des réseaux sociaux et perdre sa capacité de rédiger des analyses, des synthèses, de lire et de se cultiver, du fait, par exemple, du format d’échange imposé, un nombre de caractères limité dans les SMS, et les tweets… Comment éviter que nos enfants deviennent, comme aurait dit Michel Desmurget, des «crétins digitaux». Quelles sont les bonnes pratiques à proposer aux enfants, parents et éducateurs?

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    Les axes du programme digital du Maroc. La protection des données personnelles doit être organisée dès la conception du système, y compris pour éviter les addictions. La CNDP prend le parti de recenser tous les sujets et thèmes qui ne sont pas encore réglementés afin d’initier des consultations structurées avec les acteurs

    Protéger le citoyen dans le monde mondialisé et numérique c’est le prémunir des décisions automatisées, prises à son insu et à l’insu de la raison humaine. Souhaitez-vous que votre crédit soit accepté en fonction de votre activité sur les réseaux sociaux ? Est-ce cela être moderne? Protéger le citoyen, c’est aussi protéger sa personnalité, sa biométrie, bien plus que ses mots de passe. Car quand votre mot de passe est «hacké», la solution peut exister: vous demandez à le changer. Mais si vos empreintes digitales sont volées? Que devez-vous faire? Changer vos doigts, acheter une prothèse? Abandonner l’accès au service? Si notre corps est transformé en «mot de passe», que se passe-t-il en situation de brèche informatique?
    Il ne faut donc pas trop s’emballer. La problématique n’est pas que technique ou économique. Elle est aussi sociétale.

    Le principe de «Privacy by Design» (protection dès la conception) a été créé, au début des années 1990, principalement par Ann Cavoukian, qui a été, par ailleurs, présidente de l’Autorité de protection des données à caractère personnel au sein de la province de l’Ontario. Ce principe est aujourd’hui repris dans l’essentiel des réglementations internationales.

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    Le logo de la Commission nationale de contrôle de la protection des données personnelles, CNDP. La CNDP possède une bibliothèque en ligne avec notamment un document sur la protection des données pour la sous-traitance offshore

    Il s’agit de penser la vie privée en amont et ne pas considérer celle-ci comme la dernière roue du carrosse. Il faut la traiter au moment des réflexions amont sur les projets, sur les lois, et pas comme une simple formalité à faire valider par une quelconque chambre d’enregistrement, une fois que tout est déployé.

    Entrer de plain-pied dans l’économie numérique, c’est faire que la confiance numérique existe, qu’elle soit réglementée, assurée et garantie à la cadence des évolutions nouvelles.

    Depuis quelques années, le sujet n’est plus la mondialisation d’un côté et la digitalisation de l’autre, mais plutôt une mondialisation outillée par le digital. Il ne s’agit pas de freiner le progrès, mais d’arriver à bon port en évitant des accidents de digitalisation non réfléchie. Comme sur toute route sinueuse, fût-elle digitale, le plus important n’est pas le premier virage, mais le dernier.

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    Logo de la Commission du droit d’accès à l’information CDAI.  De par la loi, les deux commissions ont le même président

    La CNDP prend le parti de recenser tous les sujets et thèmes qui ne sont pas encore réglementés afin d’initier des consultations structurées avec les acteurs publics, économiques, politiques, syndicaux, de la société civile, experts nationaux et internationaux, etc. L’objectif est d’élaborer des délibérations permettant d’encadrer ce Far West technologique et le prémunir de visions parfois peu stratégiques, souvent portées, à des fins peut-être intéressées, par différents vendeurs de solutions ou de projets.

    Le moratoire de 7 mois concernant la reconnaissance faciale n’en est qu’une première étape.

    Raisonner en amont

    Une réflexion et une évaluation de la situation impliquant les différents acteurs et personnes concernés sont nécessaires.
    La question est de trouver le bon compromis entre efficience économique, service de proximité et respect de la vie privée. Il ne s’agit pas de pencher vers l’une ou l’autre des extrêmes mais de définir, en respect des lois, de la bonne gouvernance et des intérêts légitimes des citoyens et de leurs Etats, le bon compromis entre les différentes options possibles. Il s’agit de disposer de lois qui répondent aux choix sociétaux des citoyens. Et d’aller au-delà de lois qui ne se seraient pas adaptées au monde d’aujourd’hui, et qui ne se projetteraient pas dans le monde de demain.
    Dans le jargon de la protection des données à caractère personnel, cela peut être assimilé à une «analyse d’impact sur la vie privée».
    Cette façon de faire doit être systématisée.

     

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